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Vendredi dernier, je me suis rendue à la projection de "Waiting for Superman", un film dont je vous ai parlé récemment.
On y décrit une recette infaillible pour fabriquer (comme en usine) des générations de décrocheurs.
Il n’y avait peut-être pas grand chose de nouveau, mais le traitement qu’on en faisait l’était.
Prenez cinq jeunes issus de régions différentes, aux États-Unis.
Faites-les naître dans des milieux défavorisés, mais pour lesquels l’éducation est une valeur importante, dans la famille.
Envoyez-les chaque jour dans des écoles-usines où ils recevront une éducation de qualité médiocre, dans des classes sales et surpeuplées.
Des écoles où ils n’auront aucune chance de réussir.
Protégez leurs enseignants par un syndicat en béton armé.
Qu’ils soient bons ou piètres, croyez que personne ne verra la différence.
Laissez-les croire que le rôle qu’ils tiennent n’est pas un privilège , mais un droit.
Bâtissez, près de cette école, une prison où la plupart aboutiront, de toutes façons.
Ce sera pratique pour ceux qui iront visiter papa, la fin de semaine.
Oubliez qu’il en coûte plus à l’état d’entretenir ces établissements carcéraux que de modifier le système d’éducation.
Ne tenez pas compte que les détenus de produisent pas, et ne paient pas de taxes.
Faites circuler les croyances selon lesquelles les enfants issus de milieux pauvres ne peuvent pas apprendre.
Au nom de l’harmonie entre adultes, tolérez l’intolérable.
Prenez cinq jeunes issus de régions différentes, aux États-Unis.
Permettez-leur maintenant de rêver à ce dont ils ont droit: la meilleure éducation possible.
Pour cela, ouvrez des écoles KIPP (Knowledge is Power) où des conditions gagnantes sont réunies: un enseignement de qualité dans un environnement stimulant.
Des écoles où n’œuvrent que les meilleurs enseignants, de ceux qui se définissent autrement que par leurs conditions de travail. Ceux qui acceptent que leur travail soit évalué. Ceux qui acceptent que leur formation continue ne soit pas seulement un vœu pieux, mais une réalité de tous les jours. Ceux qui stimulent et motivent les enfants et qui savent qu’une école ne peut être meilleure que l’ensemble des enseignants qui la composent.
Pour y accéder, les parents devront soumettre la candidature de leur enfant à la loterie des écoles KIPP.
C’est bien de cela qu’il s’agit, aussi invraisemblable que cela puisse paraître. Sur des milliers d’élèves, beaucoup seront appelés, mais peu seront tirés au sort, lors d’une cérémonie que vous ne pourrez visionner sans chercher où peuvent bien être ces foutus papiers-mouchoirs…
Les parents de ces enfants n’ont pas les moyens financiers de les envoyer à l’école privée, alors cette loterie pour les inscrire dans les écoles à charte est leur seule chance, croient-ils.
Je vous laisse deviner ce qu’il adviendra des élèves dont le numéro n’a pas été tiré.
Mieux, allez vous en assurer par vous-mêmes. Comme vous le verrez, le système d’éducation en prend un coup.
Mais tout cela se passe aux États-Unis, direz-vous.
Prenez ma parole que le mouvement est amorcé. Ici comme ailleurs.
Et qu’il n’y aura pas de marche arrière.
À lire, en complément, l’excellent article de Pierre Dubuc, dans L’Aut’Journal.
Il y met en évidence l’influence sur le Québec qu’aura cette campagne. Celle-ci vise à changer radicalement le système d’éducation aux États-Unis.
C’est à suivre…
Marielle Potvin, orthopédagogue
8 Commentaires actuellement
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Ma recette pour créer un décrocheur ou à tout le moins un élève démotivé:
-Enseigner la peur de l’erreur.
-Croire qu’un bon climat de classe est celui où les élèvent remplissent une feuille en silence.
-Percevoir les remises en question d’un élève comme une confrontation.
-Rehausser l’écart entre les statuts des élèves par des interventions humiliantes.
-Préférer les sanctions illogiques à la réparation.
-Avoir des idées préconçues sur les élèves dès la rentrée à partir des commentaires des autres enseignants.
-Donner du renforcement positif axé seulement sur les résultats scolaires.
-Se questionner en toute honnêteté sur les raisons pour lesquelles nous faisons ce travail et que les seules réponses qui nous viennent en tête soient celles qui NOUS favorisent plutôt que celles qui favorisent les enfants.
Ton billet me donne encore plus le goût de voir le film. J’aurais aimé être des vôtres vendredi mais ma petite puce de 3 semaines avait besoin de moi. Ce n’est que partie remise!
Commentaire par Lucie Voyer 10 octobre 2010 @ 20:31Merci Lucie d’être venue enrichir ce billet d’une si belle façon.
Commentaire par mariellepotvin 10 octobre 2010 @ 21:42Profite bien de ton bébé, nous aurons sûrement la chance (on va la créer) de se rencontrer et de continuer cette conversation.
Au plaisir !
J’ajoute à la liste de Madame Lucie:
- Enseigner de manière uniforme
Commentaire par Emilie 10 octobre 2010 @ 21:43- Passer son programme sans égard aux besoins des élèves
- Valoriser uniquement les élèves "parfaits"
- Avoir une quantité indénombrables de cahiers et de manuels à faire remplir par les élèves
- Mettre de côté les problèmes des élèves pour se concentrer sur la job à faire à l’école
Et tu m’inspires aussi :
-Arriver le matin en souhaitant que 4h arrive,
_Continuer encore et toujours même sans plus de passion,
-Omettre de se renouveler,
-Faire le minimum…
Quelqu’un veut poursuivre cette triste liste?
Commentaire par mariellepotvin 10 octobre 2010 @ 21:48- Reprendre année après année le même matériel (triste en soi pour l’enseignant et encore plus pour les doubleurs!)
Commentaire par Emilie 10 octobre 2010 @ 22:11En tant que victime du système scolaire, j’ose partager une perception réelle ou fausse que j’ai toujours eu envers 90% des profs. Plusieurs se croient parfaits et profitent de ce qu’ils croient être notre ingnorance. Avoir un baccalauréat ne te donne pas le droit de regarder et de parler à l’autre avec condescendence et mépris. Je ne suis pas aussi instruit qu’un prof. J’ai appris à l’école de la vie. Cette école m’a appris de peine et de misère à ne pas me sentir caller parce que l’autre en sait plus que moi mais de profiter de son expérience pour les greffer à mes connaissances. Cette école m’a appris à me servir de mon jugement pour différencier les bonnes connaissances et les mauvaises qui nuisent à l’équilibre mental. J’ai 31ans, j’ai un secondaire 1 en math et 4 en français. J’écris dans un vocabulaire d’ancien de la rue qui s’est botté le cul pour s’en sortir. Aujourd’hui, je sais que j’aurais pu m’en sortir si le système de l’éducation aurais été fait pour moi. Je serais capable de faire une formation professionnelle mais je ne peux pas parce que j’ai des difficulté en math et c’est pour ça que je ne suis pas capable d’obtenir mon 5.
Le système est faite ainsi pour satisfaire aux exigences des entreprises qui font du savoir le meilleurs moyens de ne pas avoir à former des employés. Je ne dis pas que les médecins et ingénieurs, les banquiers, les caissiers et tout ce qui prend un cinq ou de longues études ne devrait pas passer par un dîplome de 5 mais pour laver de la vaisselle, faire du porte à porte, conduire des autobus et des camions, devenir cuisinier , pompier, policier et autre franchement ce n’est pas parce que je ne suis pas très bonne en math que je ne serai pas capable de lire, écrire, compter et suivre des directives et obéir à des ordres. J’ai réaliser tard à 25ans les capacités que j’ai en moi. Je me suis faite trop dire que j’arriverai à rien maintenant j’essaye de renverser leurs verdict maudit.
Commentaire par barbara gagnon 19 octobre 2010 @ 01:14Bonjour Barbara,
Commentaire par mariellepotvin 19 octobre 2010 @ 06:42Surtout, surtout ne jamais abandonner…
La vie vous a montré à quel point il est important d’utiliser vos forces. À vous de jouer, maintenant. À 25 ans, il n’est certainement pas trop tard pour continuer votre parcours scolaire, même si ce n’est que pour décrocher un diplôme. S’il est vrai que plusieurs des connaissances qu’on vous demendera d’acquérir ne vous seront pas utiles dans la vraie vie, le diplôme vous ouvrira bien des portes, si tel est votre souhait.
Maintenant que vous reconnaissez vos forces, ne laissez pas les souvenirs amers vous gâcher l’avenir.
Maintenant que vous connaissez votre valeur, foncez et allez chercher ce que la vie a pour vous de meilleur.
Bonjour,
Commentaire par Françoise 26 octobre 2011 @ 19:56J’ai bien aimé ton article et je le trouve très pertinent. Une autre partie de la recette pour toi. Humiliation des élèves devant leur pairs. Envoie d’élève en classe de réclusion à répétition au lieu de chercher le problème. Faire doubler une année scolaire complète à un jeune qui a échoué dans seulement une matière sans même communiquer avec les parents et offrir d’autres solutions. Voici la recette qui a fait décrocher mon adolescent. Je me bats aujourd’hui pour valoriser un retour au étude.
Je publie ton lien sur l’Association des décrocheurs du Québec qui me tient à coeur