Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Pour le meilleur et contre le pire.
21 juin 2010, 20:31
Classé dans : santé mentale | Tags: ,

En faisant le bilan de l’année scolaire qui s’achève, je revois plein de beaux souvenirs d’élèves, mais aussi de collègues et de personnes inspirantes. Tous ces gens avec lesquels j’ai pu échanger, que ce soit dans des écoles, des congrès, dans les réseaux sociaux.

Des gens qui m’ont aidés à grandir, qu’ils soient grands ou petits.
Des exemples de détermination et de courage.

Je revois des parents, leur sentiment d’impuissance, parfois.
Le parcours que nous avons fait ensemble.  Tous, la même mission, le même but …

Ça, c’est le meilleur.
S’il n’y avait que le meilleur…

Hier encore, un enseignant (Pierre Poulin) me faisait parvenir un commentaire, à la suite d’ un dernier billet.  Il y relate des situations proprement  odieuses, qui se rencontrent malheureusement beaucoup trop souvent dans nos écoles.  Ça m’a décidé.

Le pire souvenir que je garde de cette dernière année scolaire est sans conteste celui qui me ramène à cet après-midi où j’avais été invitée par des parents  à participer à la réévaluation du plan d’intervention de leur fils.

J’avais rencontré ce jeune à quelques reprises. Un dossier épais comme ça!
Des problèmes de santé mentale si complexes que les parents, en désespoir de cause, avaient dû se résoudre à demander un placement volontaire en centre d’accueil.  Je le rencontrais les vendredis, quand les parents allaient le chercher pour la fin de semaine. On travaillait ensemble et j’ai appris à la connaître et à m’y attacher. Il me parlait de plus en plus souvent de ce qu’il vivait en classe…

Il avait beau me dire que les enseignants semblaient le traquer pour qu’au moindre écart de sa part, on le retourne à l’unité, je ne pouvais croire cela.
Il avait beau m’assurer qu’il devait accumuler des dizaines de points pour bénéficier du siège ergonomique qui l’aidait à se concentrer (la faible concentration étant un de ses problèmes), j’avais encore du mal à le croire.

source :http://j.mp/9WuRfd

Malgré mes demandes, et celles de ses parents, il ne m’avait pas été permis de visiter la classe de cet élève, et de constater comment il agissait en contexte de groupe. J’en avais pourtant vu d’autres, j’avais été titulaire de classes TC, quand même… Mais sous prétexte que voyez-vous, certains élèves se désorganisent au moindre changement… et bla bla bla…

Quand vint le moment, donc, de me présenter à cette rencontre, je le fis tout de même avec l’espoir de pouvoir échanger avec les intervenants en place.  Je ne trouve même pas les mots pour vous décrire le climat. Carcéral, vous dites ?

Si je prenais pour acquis que les enseignants, de prime abord, faisaient tout , ou essayaient de tout faire pour favoriser la réussite et protéger l’estime de soi des jeunes, j’étais à la bonne place pour me détromper. Autour de la table, on parlait tous le même langage, en principe, mais dans les faits, nous étions à des années-lumière. Si je croyais qu’on pouvait échanger, oubliez ça. Le plan était déjà fait, et on devait  le perpétuer, à quelques virgules près.

Perpétuer un modèle d’intervention dépassé. J’ai osé soulever qu’il serait peut-être plus approprié d’adopter une logique axée sur les apprentissages plutôt que sur la production. Parce que c’est de cela qu’il s’agit. Faire compléter des feuilles d’exerciseurs à longueur de journée sous la menace, sans faire d’apprentissages véritables.
Non seulement ils m’ont alors perçue comme une menace, mais après de brefs échanges, il a fallu que je me rende à l’évidence: nous ne pourrions échanger ensemble.

Comment échanger avec une enseignante de français qui prétend être d’accord avec le fait que donner le choix de l’activité à l’élève se résume à lui donner le choix entre deux feuilles d’exerciseurs ? Ça faisait partie du  plan d’intervention du jeune, de pouvoir, de temps en temps, exercer un choix… Voilà qui était fait. Misère !

Comment partager quoi que ce soit avec les deux enseignants qui s’échangeaient des clins d’oeil complices, se moquant de certains tics d’un autre élève de la classe, sous le regard de la direction, qui a feint de ne rien voir…

Comment apporter la moindre contribution quand le plan se résume à ce que doit faire l’élève, mais que l’approche pédagogique n’est en rien adaptée à celui-ci?
Il était inscrit que l’on ferait usage des TIC, pour encourager l’élève à progresser dans certains apprentissages.
Il avait 14 ans, le gamin. On lui faisait faire de l’ADIBOU!     Merde. De L’ADIBOU !!! On n’avait rien trouvé de mieux.

L’élève m’avait pourtant dit que ça l’humiliait.  Mais comment ne pouvaient-ils pas s’en rendre compte ?
Et le directeur, bien oui, de me dire que des milliers de dollars avaient été consacrés récemment à l’achat de logiciels adaptés. Big deal!  Il était incapable de m’en nommer qu’un seul.

Longtemps, je me suis demandée si c’était moi…

Mais en cette fin d’année, en ayant pris du recul, je peux affirmer que certaines situations existantes sont proprement indignes de la profession.

Je connaissais depuis longtemps les écoles-usines.

Cette année, j’ai fait la connaissance d’une école-prison.

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181



Sa propre école…
13 novembre 2009, 23:13
Classé dans : ambiance, influences | Tags: ,

prison

Des murs écaillés longent de grands couloirs sales qui ne mènent nulle part…
Des portes fermées qui prétendent s’ouvrir sur leur avenir…

Entre ce monde et l’extérieur,
Des années-lumière de noirceur…

Apparence de bunker.
Fermeture d’esprit.

5 ans de froideur.
Aucun sursis.

 

En France comme ici, voilà ce qu’on en dit.
Quelques réformes à deux balles, pour ne pas voir le plus urgent.

Comment peut-on faire des économies sur l’avenir de nos enfants?

Si tout se joue à l’école, il est temps d’entendre le S.O.S.
Ne laissons pas se creuser le fossé d’un enseignement à deux vitesses…

Pour commencer, on devrait tous lire Sauvez cette école, S.V.P.  un excellent texte de Rina Elkouri.
Je l’ai relu plusieurs fois.   Je ne comprends toujours pas…

Aussi, ce qui m’a poussée à écrire cet article, ce sont des raisons bien personnelles. Mais pourquoi, dans une école secondaire publique normale, ne peut-on disposer de savon et de papier à mains, ou de séchoirs qui fonctionnent, dans les salles de toilettes des élèves, qu’avant une visite des parents?  Pourquoi certaines écoles sont si sales, si déprimantes ?  Comment peut-on espérer que les élèves soient heureux quand ils n’ont pour salle de classe que des locaux de bétons privés de toute lumière naturelle ?

Marielle Potvin, orthopédagogue
Marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181




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