Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Agir autrement ?
14 septembre 2009, 17:08
Filed under: une école pour la vie | Étiquettes: ,

On aura beau, ces jours-ci, défendre à qui mieux mieux telle ou telle mesure, tant qu’on ne comprendra pas comment et pourquoi on fait tel ou tel choix, on perd tous notre temps.

Personne n’est contre la vertu, bien sûr, alors en lisant les recommandations du plan que Mme Courchesne a proposé récemment, on peut certainement y voir de bonnes intentions.
Malheureusement, ça n’est pas suffisant ou en tous cas, pas suffisamment réformateur pour apporter les correctifs nécessaires.

Prenez le Renouveau pédagogique. On le condamne, on le malmène, mais ceux qui en connaissent les prémisses savent bien qu’en réalité, on a continué à enseigner de façon traditionnelle.
Or, il ne faut donc pas s’attendre à une guérison miracle. On ne respecte pas la prescription !

Il s’appuie sur  des récentes recherches en éducation, et représente un changement majeur dans la façon de concevoir l’éducation des jeunes.
Mais qu’est-ce qui a changé, dans la réalité ? Bien peu  de choses.

Il avait pour ambition, entre autres,  de changer le rapport à la transmission de la connaissance que les enseignants ont.  Cela prend du temps.
On ne change pas la perception qu’ont les enseignants de leur rôle sans les déstabiliser et causer beaucoup de résistances. Normal.

Le problème réside à mon avis dans la façon de mettre en place cette réforme. Et l’organisation scolaire actuelle s’y prête très peu. Surtout au secondaire.

Comme ce fait est en lien direct avec un virage important dans ma carrière, faut que je vous raconte pourquoi je suis « défroquée » du système public …

Vous vous souvenez du tsunami?  Ça nous ramène à décembre 2004.  J’avais été engagée dans le cadre du projet « Agir autrement » à la CSPI .  Responsable d’un groupe d’élèves de 1ère secondaire, je les suivais dans leurs cours et veillais à leur motivation et à leur réussite. Ils avaient pour la plupart des  difficultés qui hypothéquaient grandement leur espoir de réintégrer le circuit régulier éventuellement. De plus, comme cette école secondaire comptait plus de 66 nationalités différentes, la grande majorité d’entre eux étaient allophones.

Le tsunami ?   J’ y arrive…
Durant les vacances des Fêtes, j’avais compilé des informations, enregistré une vidéo explicative sur mon portable et constitué une revue de presse de tout ce qui concernait le tsunami. Je savais que ça intéresserait mes élèves, et qu’ils étaient concernés dans une certaine mesure, par cet événement.

J’avais mon plan:   Je demanderais aux élèves de lire des textes, parmi ceux que j’avais apportés, et d’écrire quelle a été leur réaction au moment où ils ont appris cette catastrophe.  Voilà pour le français.   On intégrerait forcément la géographie , puisqu’il fallait situer l’événement . Les sciences, aussi: la vidéo qui expliquait le chevauchement des plaques tectoniques qui a précédé le raz-de-marée était prête. Il fallait que les élèves prennent conscience que de telles catastrophes sont appellées à se répéter si le réchauffement climatique se poursuit, puisque c’est le contraste entre l’air chaud et la température de l’eau qui provoque les premiers mouvements des ouragans. Une ligne du temps qui répertorierait les ouragans des dernières années leur ferait voir à quel point leur fréquence est de plus en plus rapprochée. Il leur faudrait faire une petite recherche là-dessus, mais on devrait y parvenir. L’importance de faire notre part pour la réduction des gaz à effets de serre. En enseignement moral et religieux, on tenterait de voir ensemble comment on peut venir en aide , malgré la distance, aux gens qui ont subi cet événement. Qui sont les gens de La Croix Rouge et quel est leur rôle dans les circonstances. En maths, on ferait des comparatifs à partir de la hauteur et de la vitesse des vagues.  Et je pourrais continuer ainsi, les élèves auraient immanquablement alimenté le projet.  C’était mon plan. Ça ne changerait pas le monde, sauf que…

1ère station:  le prof de sciences. Lui parle de ce projet, demande ce qu’il en pense. Oups! C’était pas prévu, qu’il me dit…  Ben non, c’était pas prévu! En janvier, vous savez, on fait la dissécation du poisson. L’évaluation de fin janvier porte là-dessus. Pas le choix. Mais ne t’en fais pas, dit-il, nous aurons l’occasion de les étudier, les plaques tectoniques… C’est au programme. En mai.

2ème station: (entêtée? peut-être…) le prof de français. Bonne idée, me dit-il. Très bonne idée. Mais comment on va faire pour évaluer ça ? Que tu le veuilles ou pas, j’ai des notions à enseigner, moi. Et pas beaucoup de temps disponible pour ce genre de projets. Mais c’est une bonne idée…

3ème station: (persévérante? sûrement !)  le prof de géo.  C’est juste que… On voit présentement le milieu rural versus le milieu urbain. Je ne vois pas en quoi on peut faire des liens avec le tsunami. Si on prend une ou deux périodes pour ce projet, je serai en retard sur le programme.

4ème station : (optimiste? indécrottable!) le prof d’enseignement moral et religieux. Bon, en ce moment, ça tombe bien mal. On est à préparer une visite à Rome, voir Jean-Paul , alors tu comprends que je suis débordée et les élèves aussi. Va falloir trouver des fonds pour ce voyage, mais j’ai tellement hâte !

Moi, c’est à ce moment que j’ai commencé à avoir hâte.  Et que j’ai décroché.
Comment  Agir autrement ?
Ai-je besoin d’ajouter que je ne fus pas très surprise de lire que ce programme était loin d’atteindre le rendement espéré.
Difficile, agir autrement, sans rien changer…

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
438 886-8141

 

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8 commentaires so far
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Projet… non, connais pas… pas vu dans les écoles…

De toutes façons… le programme est ben’trop chargé pour amuser les jeunes…

Avez-vous pensé au temps qu’il faut mettre pour préparer ça… C’est pcq j’ai déjà ma correction qui occupe mes soirées…

(…)

Quand j’étais au primaire… il y a un quart de siècle, une prof. a été mise à la porte. Les jeunes n’apprenaient pas… ils jouaient disait-on!

Pourtant, lorsque nous passions en rang devant cette classe aux merveilles, nos têtes tournaient immanquablement. J’aurais tant aimé y passer un moment de répit.

Au départ de Claudine, mon frère pleura.
Ce fut la seule fois.

Commentaire par Alexandre Riopel

Si tous les prétextes sont bons, il n’en va pas de même avec les raisons invoquées, justement. Comme si c’était mal d,apprendre dans le plaisir. J’ai pas dit le free for all!! Mais c’est difficile de faire saisir cette nuance à certains profs ou à certains parents. Héritage judéo-chrétien qui décrétait que l’apprentissage devait se faire dans l’effort et la souffrance ? No pain, no gain ! Cet héritage nous colle encore à la peau, sinon, comment expliquer les résistances que cela suscite ?
Merci Alex de ce souvenir partagé. « Classe aux merveilles » hein ? 😉

Commentaire par mariellepotvin

Classe aux merveilles = lieu décoré et animé au gré des thèmes qui sont abordés. Interdiction de mettre les pupitres en rang d’oignons.

Commentaire par Alexandre Riopel

Pas étonnant que la Réforme tarde à arriver dans les écoles… comme finissant, on arrive (trop souvent en temps partagé) dans les écoles et on se fait rabrouer avec nos idées nouvelles en se faisant traiter de « petits spécialistes à la noix de coco »

Sans renier l’expérience des profs en place, c’est plutôt difficile de faire son chemin puisque ça fait des années qu’ils l’ont l’affaire…

(Mon nom est volontairement masqué…)

Commentaire par Anonyme

C’est sûr que les résistances prennent différentes formes. Ça prend alors une carrure pas mal solide pour persévérer.C’est long à changer, la culture d’un milieu, même quand tout crie que ça ne marche pas! Je te souhaite courage et détermination, dans un esprit ouvert.

Commentaire par mariellepotvin

Comme je vous comprends! Ce sont des constatations du même genre qui m’ont fait créer, en Belgique, Schola Nova, école internationale dans laquelle toutes les initiatives sont possibles à l’intérieur d’un horaire pourtant immuable.
Je vous souhaite plein succès dans vos initiatives.

Commentaire par Stéphane Feye

Vos encouragements ne peuvent mieux tomber. Merci. Je suis en recherche, ces temps-ci. Je me demande ce que je vais mettre sur pied…
Mon cœur balance entre une « école des parents » qui aurait pour mission de leur donner des informations sur, entre autres, le processus d’apprentissage, les facteurs de la motivation scolaire, les outils pour rendre les enfants autonomes dans leurs apprentissages, le fonctionnement de la mémoire, les contenus des programmes d’études, bref, plein d’infos dont ils sont souvent privés; et d’un autre côté, un service de mentorat pour les nouveaux enseignants qui n’osent pas faire appel à leurs collègues de travail, car bien souvent, le jugement qui est porté sur eux en vue de l’obtention de leur brevet d’enseignement, repose, justement, sur la perception de la compétence qu’ont les « maîtres-associés »…
Je profite de l’occasion pour vous inviter à nous en dire davantage, au sujet de l’école que vous avez fondée. Toute inspiration est bienvenue, présentement 😉

Commentaire par mariellepotvin

Ce n’est que maintenant, et par hasard, que je lis votre réponse. Vous trouverez tous les renseignements que vous voulez sur le site de Schola Nova. Vous y êtes d’ailleurs la bienvenue quand vous le désirez.
Bonne chance dans vos projets!

Commentaire par Stéphane Feye




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