Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Les points sur les i
7 octobre 2009, 22:38
Filed under: influences, plaisir de lire | Étiquettes: , ,

Depuis la rentrée , cette année, la commission scolaire au Coeur-des-Vallées a mis en place un nouveau programme de lecture obligatoire dans ses écoles. Jusqu’à maintenant, 6000 élèves de cette commission scolaire de tous les niveaux participent au programme.

Je lisais ça sur Twitter.  Radio-Canada  en a fait mention aujourd’hui.  C’est loin d’être le premier programme du genre à être mis en place, et pourtant, y a encore des gens qui y croient…

Le nouveau programme, appelé Cultivons la lecture à l’école, vise à inciter les élèves du primaire et du secondaire à s’intéresser à la lecture. C’est aussi une façon de lutter contre l’analphabétisme.

Ben voyons.    Inciter ?    Lisez obliger.   À les intéresser ? Vous voulez rire…  Bien qu’il soit vrai que le niveau d’habiletés en lecture ait une incidence directe sur le taux d’ analphabétisme, on voit ici un lien qui relève d’un pur sophisme. Comme si la coercition avait la moindre chose à voir avec le développement du plaisir de lire.
Et sans plaisir, il n’y a que peu de développement de ces habiletés, comme chacun le sait. 
Ça m’a toujours fait réagir, moi, ces mesures. À une certaine époque, on avait lancé dans mon école le 15 minutes de lecture du matin. À la base, je sais bien que l’intention était bonne… Le chemin vers le décrochage est pavé de bonnes intentions.  

Tout le monde dans l’école lisait durant cette période.  Mais vous ne voulez pas que je vous parle du climat tendu qui régnait dans certaines classes. 
Non, je suis sûre que vous voulez pas.

Je sais pas pour vous, mais si j’aime faire une activité, mettons tricoter. N’importe quoi. Si, avant de m’absorber dans cette ativité, vous me prévenez que dans 15 minutes on arrête tout, j’ai même pas le goût d’être dans le bain. Mais non, je ne tricote pas dans mon bain, mais je sais d’avance que je serai frustrée de me faire couper le sifflet.
Enfin,  vous comprenez. 😉

Si j’y suis obligée, je vais faire semblant de tricoter. Et j’attendrai un meilleur moment (encore heureux si la motivation me revient) pour commencer à compter mes mailles et mes rangs.

Parlant de rangs , l’histoire ne dit pas si la lecture en question est imposée ou pas. Je serais prête à parier que oui. Tu es obligée de lire (mais on ne te le dira pas comme ça), et en plus, tu devras lire ce que je choisis que tu peux lire. J’ai déjà abordé cette question ici.   (Vous êtes ici témoin de mon premier lien vers un autre article de mon blog. Merci à Stéphane Brousseau. J’ai fait ce nouvel apprentissage sans que personne ne me l’impose, juste par besoin. C’aurait pu être parce que j’en avais le goût, aussi. Ou un combo des deux. Y a que ça de vrai. Le goût et le besoin, pour apprendre.)

Et on continue:

« S’il n’y a pas de difficultés d’apprentissage en lecture, il y a moins de décrochage dans ce sens. Donc, encore là, l’enfant s’en va vers la réussite. C’est motivant puis c’est bon sur leur confiance en eux-mêmes aussi », souligne la conseillère pédagogique Sonia Labelle.

Traduction libre: Si,  malgré tout notre travail de sabotage , l’enfant ne s’en tire pas trop mal, il y a de fortes chances qu’il ne décroche pas. Il sera rentré dans les rangs, sera docile et deviendra un bon petit soldat. Nous appelons cela la réussite. Il se sentira fier de correspondre à ce qu’on attend de lui, jouera son rôle dans la société et comptera les dodos avant sa retraite comme bon nombre d’enseignants le font. Heureusement qu’il aura aussi appris à compter.  

Tous les trucs sont bons pour intéresser les jeunes à la lecture. « Je me sers de la force des [élèves de] deuxième année, qui savent déjà lire au moment où on en parle au début de l’année, pour intéresser mes élèves de première année à la lecture », explique l’enseignante Johanne Clément.
Traduction libre: Tous les trucs sont bons. Malgré ce que l’on sait maintenant au sujet du processus d’apprentissage de la lecture, on continue de faire comme en 1960, à quelques variantes près.

Ce que la commission scolaire souhaite avant tout, c’est de développer le plaisir de lire. Une évaluation des progrès en lecture aura lieu à la fin de chaque mois.
Quand nos élèves auront passé au travers une première année, qu’ils commenceront à maitriser le décodage et la globalisation, on évaluera ces habiletés. Rien à voir avec le plaisir de lire.

Dans son ouvrage, ‘ Au bonheur de lire’, Dominique Demers nous propose d’offrir à nos enfants tout ce dont ils ont besoin pour découvrir le bonheur de la lecture. Des secrets précieux, des méthodes infaillibles, des coups de coeur…   Vous ne trouverez pas de suggestions de programmes de lecture obligatoire dans cet ouvrage.

Merci à Daniel Pennac, qui, dans son livre ‘Comme un roman’, nous rappelle avec pertinence les droits imprescriptibles du lecteur:

Le droit de ne pas lire

Le droit de sauter des pages

Le droit de ne pas finir un livre

Le droit de relire

Le droit de lire n’importe quoi

Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)

Le droit de lire n’importe où

Le droit de grapiller

Le droit de lire à voix haute

Le droit de nous taire

Daniel Pennac

Mise à jour du 25 octobre 2009 :   Il me plaît d’ajouter un lien  à ce billet, vu la pertinence de son sujet  :    http://j.mp/3NfExO 

Pour continuer la réflexion…

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181

 

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12 commentaires so far
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J’aime bien les questions que soulève cet article ! Il faut oser se les poser et ne pas fonctionner constamment sur un pilote automatique de bones intentions sans vérifier les effets de ces mesures…

Commentaire par Sylvain(B)

Merci Sylvain pour ton commentaire.Le véritable plaisir de lire se développera quand le réflexe enseignant de contrôler le quand, le quoi et le comment lire se sera estompé.

Commentaire par mariellepotvin

A l’époque où j’étais enseignante auprès de jeunes en grande difficulté scolaire, ma façon de leur faire aimer la lecture était de leur faire aimer l’écriture. Cela peut paraître une double gageure, mais ce n’est pas le cas. J’explique : j’avais soin de leur présenter l’écriture (pas « la rédaction »)comme
– l’expression de soi -« vos textes sont le reflet de votre originalité ! » Après ça, essayez d’écrire des lieux communs…
– Une communication réelle : pas un texte voué à être lu par une personne unique, le prof, dans le but d’obtenir une note. Non : le texte était lu en classe. Et commenté par les pairs. Bien plus stimulant que toutes les notes du monde.

Et à la fin, alors que chacun venait de lire son texte sur la liberté, la mort ou l’amour, je déposais sur une table inoccupée des photocopies : Eluard, Rimbaud, « au cas où vous voulez voir ce que d’autres ont écrit sur le sujet… ».

J’avoue que le rush sur la pile de photocopies est l’un de mes meilleurs souvenirs de prof 🙂

De cette expérience, j’ai retenu qu’on lit avec plus d’ardeur lorsqu’on lit, non en tant que lecteur, mais en tant qu’auteur.

Commentaire par Emmanuelle Erny-Newton

Je m’accorde tout à fait avec ce que vous exprimez. La lecture et l’écriture, ça s’apprend de façon concomitante. On sépare beaucoup ces deux activités d’apprentissage, à l’école et on en fait des situations artificielles. Les évaluations qui s’ensuivent sont à l’avenant, bien entendu! Je dirais aussi que si nous pouvons offrir à l’élève de publier ses écrits, sur le web, par exemple, la motivation à écrire et à bien le faire est encore plus forte.
Le point de vue que vous apportez est vraiment intéressant. Merci !

Commentaire par mariellepotvin

Bonjour Madame Potvin,

Comment pouvez-vous critiquer un si beau projet suite à un petit article que vous avez lu sur le site de Radio-Canada. Je dois vous dire que ma rencontre avec M. Petit a duré plus d’une heure et que nous avons discuté du projet Cultivons la lecture à l’école pendant 45 minutes. J’étais très déçu de voir le résultat du topo à la télévision. Je pensais que M. Petit montrerait des parties de l’entrevue qui parlait du projet en soi et qu’il mettrait en évidence que nous voulons développer chez les jeunes le goût et l’habitude de lire.

Nous n’avons pas réinventé la roue en mettant sur pied ce projet de lecture. Les 19 enseignantes qui ont participé à la création de CLÉ voulaient développer le goût et l’habitude de lire chez leurs élèves. Oui, chaque école va avoir une période de lecture obligatoire à un temps déterminé par l’équipe-école, mais nous incitons tous les enseignants à l’animer de différentes façons (lecture à voix haute, lecture à l’unisson, lecture théâtrale, lecture en dyade, lecture individuelle, etc.) justement pour amener les élèves à vivre la lecture et non la subir.

Je crois qu’il aurait été sage de votre part de vous informer à la source (nous à la CSCV) avant de détruire un projet mobilisateur et de vous fier à un article qui ne racontait pas tout ce que le projet comportait. Il ne faut pas toujours se fier sur ce que disent les médias, car comme je l’ai constaté après avoir visionné le topo aux nouvelles, ils montrent bien ce qu’ils veulent montrer.

Commentaire par Sonia Labelle

Je comprends votre frustration et votre indignation. Mon but n’était pas de vous viser personnellement. Et je n’ai pas vu le topo dont vous parlez. Mes infos proviennent de l’Infobourg.
Ce que j’ai voulu mettre en évidence, c’est que les études portant sur le processus d’apprentissage de la lecture ne favorisent pas les programmes de lecture obligatoires comme principaux moyens pédagogiques efficaces.
Une de mes inspirations: ‘Enseigner la lecture: revenir à l’essentiel’, par Regie Routman, chez Chenelière/Éducation.
Il y a , de toute évidence, une belle intention derrière votre projet, et loin de moi l’idée de détruire quoi que ce soit. Mais n’est-ce pas en échangeant entre nous que nous trouverons ensemble la lumière?

Commentaire par mariellepotvin

Les barres sur les « t »

Je n’ai vraiment pas l’habitude de visiter les blogues et encore moins d’y participer, mais quand on veut mettre les points sur les « i » d’un projet CS que j’ai coordonné en collaboration avec une collègue, je tiens à ce qu’on le fasse de bonne foi et surtout en toute connaissance de cause, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici. Je me dois donc d’y mettre les barres sur les « t ». Après, vous y donnerez les suites que vous voulez, libre à vous.

Le topo visionné sur CLÉ mentionne effectivement que la CSCV a mis en place un nouveau programme de lecture obligatoire dans ses écoles. Mais vous devez savoir que ces propos sont tenus par des journalistes et non par le projet lui-même, encore moins par ses concepteurs. Nulle part ne trouverez-vous le mot « obligation » dans quelconque document le décrivant. Les médias ont trop souvent cette façon de traduire nos propos quand vient le temps de parler d’éducation. La plupart du temps, ils errent et nourrissent par le fait même l’errance subséquente de leurs destinataires, le public, monsieur et madame tout le monde. La réforme en est un triste exemple…

En ce qui a trait à la nouveauté du projet, je suis tout à fait d’accord avec vous, on repassera. Par contre, la CSCV n’a jamais eu la prétention de sortir des sentiers battus avec un tel projet de lecture puisque ça se faisait déjà dans certaines de ses écoles. On n’a qu’étendu la façon de faire à l’ensemble de la commission scolaire, mobilisant alors l’ensemble des élèves et du personnel autour de l’importance de lire souvent et de le faire dans le plaisir. C’est pourquoi le mot « obligatoire » est totalement banni du discours à tenir par rapport au projet. Toutes les propositions, les suggestions faites se montrent adaptables, flexibles, question de correspondre aux modalités de chaque école, voire de chaque équipe-école, chaque équipe cycle, chaque enseignant. Aux enseignants de chaque établissement de choisir le moment de partager un moment de lecture, que ce soit en situation autonome, en groupe, en sous-groupe, la variété des types de textes auxquels on veut exposer les élèves en sus. Bien sûr, quand on mobilise ainsi toute une commission scolaire autour d’un projet commun, il faut dresser certaines balises, sinon on risque de voir le tout rapidement s’effriter. Si vous voyez là des obligations, j’abdique, mais des efforts concertés ont été voués à les rendre les moins impératives et les plus élastiques possible.

Vous vous riez ensuite de notre naïveté à encore y croire, mais j’estime que l’erreur serait de ne plus essayer! La CSCV foisonne de différents projets de lecture, tous plus vivants les uns que les autres, lesquels reposent souvent sur les épaules de quelques enseignants dynamiques, passionnés, que certains qualifieraient péjorativement de zélés, mais bon… On a juste décidé d’en étendre un à la grandeur du système, espérant ainsi créer une vague de fond qui pourrait entraîner la grande majorité, tant chez les élèves que chez les enseignants. Mais de là à croire rejoindre la totalité absolue… Personne n’est aussi dupe! Notez que « pourrait » est conjugué au conditionnel… Naïfs, nous le sommes probablement, parce que dépassés ou désabusés, ce serait pire…

De plus, le topo mentionnait effectivement que CLÉ voulait inciter les élèves à s’intéresser à la lecture et contrer l’analphabétisme. Par rapport à ce dernier objectif, avouons que ça ne se retrouve dans aucune ligne décrivant le projet. C’est une conséquence possible, mais certes pas un objectif. Seuls deux objectifs sont poursuivis par CLÉ : développer l’habitude de lire (lire plus fréquemment) et susciter le goût de lire (que chacun trouve ce qui l’allume). Vous ramenez encore là la thèse de l’obligation, même de la coercition. J’ignore où vous allez chercher toutes ces menottes, mais encore une fois, j’abonde dans le même sens que vous pour ce qui est de l’opposition polarisée qui existe entre la coercition et le plaisir. Ça va de soi.

Vous devez savoir que le projet se veut avant tout une réponse aux problématiques soulevées par SIAA, stratégies d’intervention agir autrement, programme institué par le MELS pour aider différemment les élèves issus de milieux défavorisés. Ce programme provincial est né d’un autre appelé L’école montréalaise. Les études sur lesquelles SIAA s’appuie affirment que les jeunes issus de milieux défavorisés accusent en entrant à la maternelle un retard de deux mille heures d’exposition à la littératie par rapport aux autres. Or notre commission scolaire renferme quinze écoles SIAA sur vingt et une… Comprenez-vous mieux pourquoi exposer les élèves à la lecture s’avère aussi capital à la CSCV? Pour le bien des jeunes, on a du rattrapage à faire! Par CLÉ, nous désirons donc favoriser le temps d’exposition des jeunes à la littératie en outillant les enseignants pour qu’ils jouent un rôle actif pendant la lecture et pour qu’ils se présentent comme des modèles. Bref, pour qu’ils prennent toute la place qui leur revient à cet égard et pour rendre cette période consacrée à la lecture animée et basée sur un plaisir partagé.

Vous soulignez d’autre part le climat tendu qui régnait dans les classes de l’école où avait été lancé un projet similaire. À cet égard, le topo montrait avec justesse des jeunes engagés dans leur lecture, mais il ne faudrait pas croire qu’aucun ne perd jamais son temps à compter ses doigts pour se rendre compte que d’une fois à l’autre, d’un jour à l’autre, il en a toujours dix… surtout les jours où la lecture s’exerce de façon autonome! Cela dit, personne n’a encore décrié le temps de lecture comme un moment tendu. Non, personne…

Quant à la prescription de quinze minutes de lecture, elle est là à titre indicatif. Ce temps peut être plus court, ou plus long, il appartient à l’enseignant de l’ajuster au niveau de ses élèves. Michelle Drolet, responsable du Continuum en lecture au MELS, stipule que le nombre de minutes d’attention réelle d’un élève sur sa lecture correspond à son âge. Les quinze minutes devraient donc se montrer fort élastiques selon le groupe d’âge. Ça peut s’avérer trop long pour certains et trop court pour d’autres, aux enseignants de se servir de leur gros bon sens. Comme vous l’affirmez vous-même, le goût et le besoin, il n’y a que ça de vrai! Mais pour développer un goût, il faut se donner l’occasion de goûter, non? Voilà la raison d’être de CLÉ. Pour faire écho à votre analogie sur le tricotage, manger quatre litres de glace à la vanille, ça ne donne pas le goût, ça écoeure! « Goûtées » avec parcimonie, peut-être que les minutes consacrées à la lecture auront un goût de vanille, la crise de foie en moins!

Je vous cite : « …l’histoire ne dit pas si la lecture en question est imposée ou pas. » Ne pariez pas sur la réponse, vous l’affirmez haut et fort en début de billet : l’obligation est votre thèse. En fait, les élèves seront libres de lire ce qu’ils veulent, mais recevront quand même des suggestions. On veut quand même leur permettre de découvrir des univers qu’ils ne connaissent pas encore. Il faut quand même se mettre la bouchée de sushi dans la bouche pour savoir ce que ça goûte! Il s’agit juste de créer l’opportunité.

Dans votre traduction libre, je le souligne, des propos de Mme Labelle, vous faites carrément preuve de mauvaise foi. On doit comprendre dans les propos de Sonia qu’un lecteur compétent possède de meilleures chances de réussite et diminue par le fait même celles de décrochage. Pourquoi chercher à tout prix un autre sens à donner à ses mots? Serait-ce de la démagogie?

Quant à votre autre traduction libre des propos de Mme Clément, vous avez là une stratégie utilisée par une enseignante dans un contexte de classe multiniveau, ce qui a été filmé au moment où Radio-Canada était là, un point c’est tout. Il ne faudrait pas croire que c’est la seule stratégie utilisée. Répéter bêtement ce qui se faisait dans les années 60 nous exigerait que nous nous en souvenions parce qu’à 42 ans, j’étais un des doyens de l’équipe de vingt et une personnes qui a pondu le projet… Je le répète encore, à défaut d’être novateur, CLÉ désire créer un moment de plaisir partagé entre élèves et enseignants. Rien de plus, rien de moins. De toute évidence, il y a un problème avec le dictionnaire de traduction! Certains politiciens ont eu des problèmes semblables à Ottawa avec leur logiciel de traduction il y a quelques années… En fait, il vaudrait mieux arrêter de chercher à continuellement traduire ce qui est dit ou écrit en français… franc et honnête, sans arrières pensées machiavéliques! Encore notre naïveté je suppose…

Autre erreur grotesque dans le topo sur lequel vous basez votre billet : l’évaluation mensuelle des progrès des élèves en lecture. Seuls quatre critères d’évaluation sérieux prévalent pour évaluer les retombées de CLÉ : le nombre d’œuvres empruntées dans nos bibliothèques scolaires ; le montage du carnet d’appréciation qui suivra l’élève tout au long de son parcours scolaire ; la compilation des textes lus sur un document à cet effet ; la variation du nombre de lecteurs assidus dans nos classes. Pas d’examen ; pas de questionnaire mensuel ; pas de test de décodage, de vitesse de lecture ou autre bête du même acabit. Non, rien de tout cela… Mais il est vrai que le topo le dit. L’erreur appartient ici à M. René Petit, le journaliste intervieweur. Il avait sa propre grille de compréhension, ses propres schèmes de pensée et son entrevue avec Mme Labelle n’a pas permis de les abattre. Sa « traduction libre » errait et en a fait errer d’autres… malheureusement.

Merci pour la référence au Bonheur de lire de Dominique Demers, on en prend bonne note. On se fait un devoir de le lire.

Et quel bonheur de vous voir citer Les droits imprescriptibles du lecteur de Pennac : ils sont la pierre d’assise de tout notre projet. Par malchance, M. Petit se trouvait bien loin de là lors de son entrevue… Imaginez-vous donc que sa première question fut de demander à Mme Labelle les retombées qu’avait jusqu’à maintenant le projet CLÉ, projet à peine implanté dans quelques écoles de notre commission scolaire, pas encore dans d’autres… C’était bien mal parti… Les journalistes des fois…

Je vous entends déjà répliquer avec ironie : « Pauvres vous! Vous aussi faites partie du club des mal cités… » Et moi de vous répondre que non, qu’il ne s’agit pas des mal cités, mais des pas cités du tout, des galvaudés en fait. Pour pallier l’impair et vous permettre de critiquer le projet sous un autre éclairage, je m’engage à vous envoyer tous les documents d’accompagnement du projet CLÉ par courriel. Vous aurez alors tout le loisir de critiquer vertement le projet, mais avec tout en main pour que la critique soit appuyée et prise au sérieux, pas basée sur un mauvais topo de quarante secondes, un document truffé de leurres créés par les filtres de son concepteur… Parce que dois-je vous l’avouer, je suis d’accord avec l’ensemble des concepts ou arguments que vous soulevez, mais vous prêtez au projet des intentions malveillantes, voire pernicieuses à partir d’une source beaucoup trop maigre pour représenter quelque valeur. Je me montre très ouvert à la critique, mais pas à la gratuite. Voilà pourquoi je devais réagir. Il en était de notre crédibilité de même que de la vôtre…

Commentaire par François Bolduc

Bonjour Monsieur Bolduc,
À la lecture de votre réponse, je me sens bien attristée qu’on ne puisse échanger des perceptions, ou remettre en question quelque pratique sans déclarer l’ouverture des hostilités. Comme je le mentionnais à Mme Labelle, je n’AI PAS VU LE TOPO DONT VOUS PARLEZ.

Cependant, à la lecture d’un article au sujet du projet CLÉ, m’est revenu en mémoire certaines pratiques, du temps où j’enseignais, qui ne donnaient pas les résultats escomptés, malgré les nobles intentions qui les sous-tendaient.
Si on pouvait, l’espace de quelques instants, transcender nos susceptibilités réciproques et tenter d’objectiver votre démarche, il me semble que nous y serions tous gagnants. Dans ce NOUS, j’inclus ces petits, qui vous arrivent en classe avec si peu de bagages. Je me demande si votre communauté fait en sorte de minimiser le retard que ces élèves ont, par rapport à d’autres milieux. Je parle ici des CPE, des bibliothèques publiques et bien entendu du préscolaire. On s’entend tous pour dire que les interventions précoces ont un impact encore plus grand que tout ce que vous tentez de mettre en place une fois le retard installé.
Bien entendu, vos actions sont valables, dans la mesure où elles s’inspirent des recherches récentes au sujet du processus d’apprentissage de la lecture. Ce qui n’est pas nécessairement le cas en ce qui concerne les recommandations dont vous parlez. Les progrès observés suite à la plupart des mesures mises en place par Agir Autrement sont très mitigés, comme vous le savez.
C’est en tant qu’orthopédagogue que je me prononce ici.

Je préconise, si vous me permettez, d’allier toute la communauté au projet de réussite que vous escomptez. Il existe des ouvrages, outre celui de Mme Dominique Demers, qui sont d’excellentes sources d’inspiration à cet effet.
Un billet comme celui-ci pourrait parvenir aux parents de votre communauté :

Si vous avez besoin d’idées autour du livre pour remplir votre quotidien et celui de votre enfant, voici quelques suggestions d’ouvrages qui regorgent d’activités, de trucs et de conseils :

Au bonheur de lire. Comment donner le goût de lire à son enfant de 0 à 8 ans de Dominique Demers, Québec Amérique, 2009, 263 p.

Le Plaisir de lire expliqué aux parents de Christian Poslaniec, coll. Éducation, Retz, 2006, 174 p.

1001 activités autour du livre de Philippe Brasseur, coll. Références, Casterman, 2007, 125 p.

10 astuces de parents pour donner envie de lire à ses enfants de Emmanuelle Rémond, Fleurus, 75 p.
Source : http://www.librairiemonet.com/blogue/

Peut-être même ces livres pourraient-ils être mis à la disposition des parents… en complément, bien sûr, des actions que vous posez à l’école.

Aussi, je n’ai rien perçu, dans cette démarche, qui fasse appel à la lecture à l’écran. Pourtant, nous savons aussi qu’il s’agit d’un aspect qui peut favoriser l’apprivoisement à la lecture des plus rébarbatifs.
En voici un exemple : http://www.iletaitunehistoire.com/

Bref, mis à part la façon dont mon petit côté rebelle s’exprime parfois, il serait dommage de ne pas percevoir toute l’admiration que je voue aux enseignants dont vous décrivez si bien les qualités. À preuve, le temps que je consacre à ce blog, tout à fait bénévolement (mais avec grand plaisir) afin que nous ayons l’occasion d’échanger entre nous et peut-être contribuer, chacun à notre façon, à s’assurer que nos élèves développent un véritable goût pour la lecture.

Après plus de vingt trois années à enseigner et à œuvrer en tant que spécialiste des troubles d’apprentissage, je me permets de partager. Avec la barre sur le T.

Bien à vous,
Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com

Commentaire par mariellepotvin

Il aura suffi d’un malheureux mot, « obligatoire » en l’occurrence, pour générer un billet et des commentaires qui en contiennent jusqu’à présent plus de 4 100. Ne laissons pas ce seul mot tant envenimer une action qui vise la lecture.

Qu’on se le tienne pour dit : la notion d’obligation est regrettable dans une perspective d’apprentissage et on gagnera à en limiter toute expression. Plus particulièrement, nul besoin de recourir à l’obligation dans le cas d’une activité aussi agréable que la lecture. Trouvons plutôt des moyens de motiver à la lecture.

Commentaire par François Guité

Comme c’est bien dit, M. Guité. Votre contribution vient ici ajouter, d’une pertinente façon, la barre sur le T et les points sur les i du mot OBLIGATION.
Tout le sujet de la discusiion y est. Merci.

Commentaire par mariellepotvin

Bonjour Madame Potvin,

Loin de moi l’idée d’ouvrir les hostilités, ça ne servirait la cause de personne. Mais je tenais à rectifier les faits parce que je n’aime justement pas qu’on remette en question des pratiques en se basant sur des perceptions.

Vous dites ne pas avoir vu le topo, mais ce que vous avez lu sur Infobourg provient du topo, lequel informe mal sur ce qu’est CLÉ. À partir de là, on fait dire au projet ce qu’il ne dit pas, on dit qu’il fait ce qu’il ne fait pas, on dit qu’il est ce qu’il n’est pas. Or j’estime que si la source de l’information se montre peu ou pas crédible, le débat qui s’en suit ne peut l’être davantage.

CLÉ ne vise pas le développement de la compréhension de la lecture. Ça, c’est en classe de français que ça se fait. Parce que disons-le franchement, c’est souvent là qu’on tue le plaisir de lire. CLÉ, c’est une occasion quotidienne de lire dans le plaisir, où l’enseignant(e) lit avec ou comme ses élèves, partageant alors un court moment privilégié qu’on veut répéter le plus souvent possible, un point c’est tout.

Je vous envoie dans les prochaines heures, sinon les prochains jours les documents composant la trousse d’accompagnement du projet.

En vous remerciant pour les références bibliographiques,

François Bolduc
CP à la CSCV

Commentaire par François Bolduc

Dans un environnement complexe, la perception d’une situation fait appel à une intelligence globale. La perception de ce qui est, correspond (au sens philosophique), à accorder une faculté à la perception.
La perception du réel se modifie à chaque instant.
La perception d’une situation complexe peut être entravée par des biais cognitifs comme la pensée, l’ignorance et les croyances. Le phénomène qui peut entraver la perception juste d’une situation est particulier à la mémoire et à l’illusion. Ce peut être aussi d’autres formes de biais cognitifs (dissonances cognitives) ou des sophismes, de la part des personnes qui échangent leur point de vue sur une situation – ce qui correspond plus à des opinions qu’à une perception.

Pour se prémunir contre tous ces risques, s’il en est, il est important de croiser les sources d’information, et de croiser les interprétations de ces sources.
Ainsi, les situations du monde réel qui apparaissent complexes demandent une attention pour qu’une qualification plus coordonnée des informations, dans laquelle interviennent différentes opinions, offre une prise dans la réalité.
Source: déf. du mot perception (au sens philosophique) Wikipedia

D’autre part, si on attend de connaître tous les tenants et les aboutissants d’une situation, on ne se prononcerait pas souvent…
On hésiterait à échanger nos opinions. Ce qui serait vraiment dommage, non ?

Commentaire par mariellepotvin




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