Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


By the book
12 octobre 2009, 20:41
Filed under: discipline scolaire, influences, une école pour la vie

policier_dos_2
Il est de ces situations, en éducation comme en tout autre domaine, où le discernement pourrait régner davantage. Le problème, avec certains événements, est qu’on a tellement peur de créer un précédent, que de différencier nos interventions ressemble à un défi impossible à relever…

C’était un  froid matin de  novembre. Les élèves de cette école primaire avaient commencé à jouer au hockey durant les récrés. Olivier était le gardien de but de notre classe.
Il était un jeune garçon de 3ème année, atteint d’un trouble neurologique affectant grandement sa capacité à écrire. Depuis septembre, je m’étais attachée  à cet élève.  Je voyais qu’il faisait de son mieux, même si  certains jours, l ‘intérieur de ses mains devenait si couvert d’eczema qu’ écrire devenait très difficile.  C »était encore pire quand il ne les protégeait pas du froid, ou quand il était très stressé .

J’avais une entente avec sa mère concernant les travaux à faire à la maison. Elle lui faisait construire des phrases à l’oral et les écrivait pour lui, entre autres moyens. Je n’y voyais aucun problème et nous entourions Olivier de notre belle complicité. 

Au retour de la récré,  Olivier s’est présenté en classe le dernier,  les larmes aux yeux, tenant ce qu’on appelait alors un billet de contravention. Il avait peut-être tardé à rentrer après le son de la cloche, me dis-je. C’était sa première contravention de l’année.  J’en pris connaissance et je m’empressai de le rassurer. T’en fais pas, ça va s’arranger. Je vais parler à Mme Monique et on va ajuster tout ça…

Mme Monique lui avait donné cette contravention parce qu’après être sorti sur la cour, il s’est empressé de retourner dans l’école y chercher ses gants. L’équipe l’attendait, il n’a fait ni un ni deux (les minutes sont précieuses, à la récré)  et est ressorti quelques minutes plus tard en arborant ses gants de gardien.  Mais l’enseignante qui surveillait sur la cour ne l’a pas vu du même oeil. Olivier était entré dans l’école sans permission, ce qui lui méritait une copie X 10 du règlement. Pour le lendemain. 

Il me fallait prendre une décision. Je n’avais pas revu Mme Monique cette journée-là, alors j’ai écrit dans l’agenda d’Olivier qu’entre 3 et 5 fois conviendrait, pour la copie. 

Or, être solidaire dans l’application des règlements fait partie des obligations, dans une école.  Quand Olivier a remis la copie incomplète à Mme Monique, le lendemain, celle-ci l’a doublée. J’ai profité de la pause suivante pour aller la voir, convaincue qu’on en arriverait facilement à une entente. Nenni !   Ton élève connait le règlement comme tout le monde, me dit-elle.  C’est vrai, et il l’avait enfreint.
Mais on pourrait peut-être ajuster la conséquence, vu que… 
Pas question. Ce serait injuste. On commencera pas à faire du cas par cas, et puis, me dit-elle, ce n’est pas de l’aider que de le surprotéger.

Très bien. Olivier se mit donc à la copie,  et comme il y avait rencontre de parents ce soir-là, c’est son frère  jumeau (qui était dans la classe de Mme Monique) qui a fait en grande partie la copie d’Olivier 😉    C’est pas terminé. Et c’est pas si drôle…   La mère d’Olivier a bien vu, par mes réponses qui, même si elles se voulaient diplomates, étaient trahies par l’expression de mon visage, que je n’endossais pas totalement la décision de ma collègue.  Et comme elle la rencontrait quelques minutes plus tard … elle lui a fait savoir ce qu’elle en pensait aussi.

J’ai eu droit à la montagne de sermon (ne dit-on pas sermon sur la montagne, enfin…) le lendemain.  J’avais trahi la loi de la soidarité. J’allais avoir droit à toute la gamme des représailles, et il faut savoir (et j’ose le dire)  qu’un groupe de femmes n’a pas son pareil quand il s’agit de faire comprendre une semblable leçon.

Et quand Mme Monique s’est aperçue que la copie venait… en deux copies…ben elle a pas trouvé mieux que de la…doubler. Pour le lendemain.
On parle ici de faire écrire un enfant de 8 ans durant près de deux heures,
comme conséquence à ce qui a été décrit plus haut.  Il l’a fait.  Je m’en sens encore coupable.

Et en tombant sur cet article, aujourd’hui, j’ai secrètement souhaité qu’Olivier ne soit pas devenu policier…

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181

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5 commentaires so far
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Quelle horreur! Cette loi tacite de se tenir entre profs et de ne jamais au grand jamais critiquer la décision de l’imbécile de la classe d’à-côté ne dessert pas la réputation de la profession. Va dans le même sens que cette peur frileuse de toute évaluation du travail accompli. Je souhaite à madame Monique une punition à la mesure de sa tranquille cruauté.

Commentaire par une femme libre

C’est vrai, l’histoire ne le disait pas; Mme Monique dirige maintenant une école primaire. Faut croire qu’on lui a reconnu de grandes qualités d’efficacité. C’est important, dans une école publique, l’efficacité…

Commentaire par mariellepotvin

J’aime bien ce qui est dit dans ce commentaire. Comme si la solidarité sous-entendait qu’on acquiesce à tous les gestes d’un collègue, qu’on soit d’accord ou non avec lui, sans regard critique sur les interventions faites. Au contraire, il me semble que la solidarité, à mon avis, se rapproche justement plus des échanges critiques entre les collègues, dans le but de faire avancer tout le monde…

Il est d’autant plus dommage d’adopter un tel mode de pensée puisque cela peut mener à des situations d’incohérence entre les intervenants et c’est l’élève qui peut finir par en vivre les conséquences.

Je te comprends d’avoir agi ainsi. J’aurais sûrement fait de même.

Déjà que j’ai un peu de difficulté avec la copie… hihi.

Commentaire par anne_ortho

Il y a malheureusement des gens qui hantent nos écoles pour assouvir leur soif de pouvoir, leur Power Trip! Heureusement, ils sont minoritaires.

Commentaire par Marc-André Caron

Minoritaires? Faudrait faire une étude là-dessus 😉 Dans le profil de personnalité qui correspond aux enseignants, je pense que le power trip est toujours présent. Mais pas toujours géré de la même façon.
C’est une opinion, comme ça, mais qui expliquerait pas mal de choses. Je ne sais pas… Je m’interroge.

Commentaire par mariellepotvin




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