Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Minuit moins cinq …

Au  début de ce  mois d’octobre, j’ai promis de refiler des informations à tout mon lectorat au sujet des troubles d’apprentissages.  Or, le mois est presque terminé. Je dois donc respecter cette intention. Il est primordial que les informations circulent davantage à ce sujet, pour la réussite de TOUS les élèves.Parce qu’ils peuvent TOUS réussir.  C’est pas moi qui le dit, c’est Antoine de la Garanderie.
 
Dans sa pédagogie des gestes mentaux, il déclare que  Tout enfant peut réussir.
Je suis de son avis,  et j’ajouterais même   »à condition de ne pas nuire »…
Mais, je vous entends d’ici, ne me dites pas que l’école nuit à certains enfants, voire même qu’elle fabrique des difficultés !   
Désolée de vous placer devant un tel dilemme, mais c’est exactement ce que je prétends

Il serait bien plus confortable de prétendre que les retards d’apprentissage de nos élèves sont le fruit de facteurs comme l’implication des parents, la motivation des enfants, ou quoi que ce soit qui nous est extérieur. Plus confortable, mais…

Après plus de vingt ans de pratique en orthopédagogie, il ne m’est arrivé qu’à quelques dizaines de reprises de rencontrer de véritables cas d’enfants atteints de tous les DYS que vous voulez.
Dyslexie, dysorthographie, dysphasie, dyscalculie…  La plupart du temps, quand le potentiel intellectuel est près de la moyenne , l’atteinte neurologique est bénigne , ou peut être surmontée avec des interventions bien menées. En enseignant à l’élève à connaître son trouble, son profil d’apprentissage et à développer des habiletés compensatoires pour y pallier.  C’est possible.  La plupart du temps.
Toujours.   Vous avez bien lu.

Mon expérience m’a démontré que nombreux sont les élèves incapables d’exploiter leurs potentialités tout simplement parce qu’ils s’épuisent à appliquer des techniques d’apprentissage ne correspondant pas à ce que l’on nomme leur « langue maternelle mentale ». 
Si cette prise de conscience était faite, tout changerait dans la relation pédagogique. Devant un élève qui connaît des difficultés, l’enseignant ne réagirait plus en sanctionnant l’échec mais en interrogeant l’élève dans un « dialogue pédagogique » qui cherche à mettre à jour les éventuelles déficiences dans les méthodes d’apprentissage.

L’élève est ainsi respecté dans sa personnalité propre, même lorsque des difficultés se font jour, ces difficultés constituent ainsi une occasion de diagnostic en matière de gestion des gestes mentaux.
La mise en œuvre effective de la gestion mentale suppose une très solide formation des maîtres, que cette approche remet profondément en question. Elle implique aussi, de la part de l’élève, un effort supplémentaire d’analyse, puisqu’il est constamment invité à veiller non seulement à atteindre un objectif, mais aussi aux moyens concrets à mettre en œuvre pour réussir.

On est bien loin ici des obligations qui leur sont imposées, encore de nos jours, et malgré tout ce que l’on connaît au sujet du processus d’apprentissage.

Des exemples ?   Copier 3 fois un mot mal orthographié dans une dictée.  Mais qu’on se le dise enfin !!!  Ça marche pas !!   Pas plus que l’absolution après les trois  » Je vous Salue Marie » de mon jeune âge. À  la première occasion, on refaisait le même péché (lire la même faute ) .

Autre exemple: apprendre par coeur une série de mots prescrits, chaque semaine. Mais qu’on se le dise aussi !!!  Ça marche pas !!    On connait maintenant les mécanismes de la mémoire et on sait pertinemment que ces mots, prescrits et obligatoires, seront évacués, envolés, volatilisés de la mémoire de travail dès qu’il faudra étudier une autre de ces listes.  Je ne retrouve plus cette étude qui montrait qu’un groupe ayant réussi à plus de 80% une dictée orthographique échouait cette même dictée trois semaines plus tard… 

On connait les gestes mentaux à enseigner pour que l’élève transfère ses connaissances dans sa mémoire à long terme. Il s’agit, en gros, de lui demander de s’imaginer en train d’en avoir besoin.  De lui enseigner comment sa mémoire fonctionne: mémoire sensorielle, mémoire de travail et mémoire à long terme. Ce qu’il faut faire, concrètement, pour arriver à y faire coller les informations que l’on veut retenir.   On est bien loin des  ‘Forcez-vous !’   et autres impératifs stériles.  

Je demande aux élèves que je rencontre individuellement de me parler de leur style d’apprentissage . Qu’ils soient au primaire ou au secondaire, ils n’ont aucune idée de ce à quoi je fais allusion. Leurs parents non plus.  Nous devons alors faire ensemble un cheminement qui leur est bien éclairant. Comment apprennent-ils le plus facilement?   Quand, de quelle façonComment leur mémoire fonctionne-t-elle?    Mais  ils n’en ont aucune idée
  
Quand étudier se résume  à balayer visuellement des informations, peut-on être surpris du peu de résultats obtenus ?  Même épeler et copier ne convient pas à tous pour mémoriser l’orthographe. Il faut, bien souvent, se parler au sujet du mot étudié.  Une technique somme toute assez simple à enseigner, mais encore peu populaire.

Que dire aussi des réponses que me donnent les enfants quand je leur demande combien de mots ils peuvent étudier à la fois. Des fois c’est cinq, dix et même jusqu’à quarante mots!

Personne ne leur a donc dit qu’on n’étudie qu’un seul mot à la fois ?  Non. Personne ne semble connaître combien d’informations le cerveau peut enregistrer d’informations à la fois. N’importe quel psychologue vous dira que c’est sept, plus ou moins deux.  Or, un mot moyen comporte déjà plusieurs graphies.  On l’apprend, puis on passe au suivant.  Dans la mesure où on en connaît le sens, au préalable. Toujours bon de s’en assurer.  Très étonnant le nombre de mots dont l’enfant ignore le sens, mais qui doivent tout de même être appris.  J’ai observé à maintes reprises cette situation lorsque, par exemple, une thématique est abordée en classe. S’il s’agit du Moyen-Âge, l’élève aura, dès le lundi, à apprendre des mots comme catapulte, alors qu’il n’en connaîtra le sens que le mercredi. L »art de leur faire perdre leur temps…

Mais on se donne bonne conscience, on va les chercher avec de beaux projets.
Mesdames et Messieurs, on n’a pas besoin d’aller chercher l’intérêt des enfants.  On peut le stimuler, le susciter, mais on doit surtout écouter.

J’ai connu il y a quelques années un jeune garçon qui échouait justement en orthographe d’usage. Dans ce temps-là, j’exerçais ma profession au domicile de mes élèves. Dès la première rencontre, je sus que ce petit s’intéressait vivement aux papillons. Il fallait voir sa collection!  Il me présenta chacun d’eux. Je voulais le nom en français ou en latin ? Son grand rêve était de devenir entomologiste comme M. Brossard, qu’il me disait. Je ne tarderais pas à savoir qui était M. Brossard  😉       
Un chausson avec ça ?
Quand j’ai parlé de Simon à son enseignante, vous n’imaginez pas ma surprise d’apprendre qu’en novembre, elle ne savait encore rien de cette passion.

Elle était à jour dans son programme, par exemple. Curieux, quand même comme il a pu progresser en se référant aux noms des papillons. Madame a tout mis sur le compte du fait que je voyais Simon individuellement. Dommage.

On leur demande de savoir écrire, mais  la plupart n’ont fait, dans la journée,  que  copier les devoirs et les leçons dans leur agenda. Je ne suis pas épatée.

Comment procèdent-t-ils pour résoudre un problème?     Structurer une phrase ?      Trouver une cooccurrence ?   Aucune idée !  Pourtant, on leur demande tous les jours de résoudre des problèmes, de construire des phrases et des textes, d’enrichir leur vocabulaire.    Mais on ne leur donne pas souvent les moyens.Aucun des élèves rencontrés en consultation ne m’a  dit que sa pensée s’organise AVANT  l’ écrit. Alors il commence à écrire une phrase à la va-comme-je-te -pousse,  sans qu’il en ait d’abord construit le sens. On le place en situation de surcharge cognitive, la plupart du temps, car il doit se préoccuper tout à la fois  de la structure de sa phrase, de l’orthographe des mots, des accords des adjectifs et des participes, de la bonne conjugaison des verbes. etc.      Jusqu’au jour où il sera évalué …

Alors ce soir, plutôt que de vous décrire ce que sont les troubles d’apprentissage,  j’ai choisi de décrire, mais si peu, ce qui  favorise les difficultés et les retards d’apprentissage. 
Quitte à me changer en citrouille …

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181 

 

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4 commentaires so far
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Bonjour,
j’ai beaucoup aimé votre texte. Je suis au tout début de ma carrière comme enseignante en adaptation scolaire et je suis tout à fait d’accord avec vous. Seulement c’est tellement difficile de faire comprendre ces faits aux enseignantes des classe régulières. J’occupe présentement un poste comme enseignante en orthopédagogie dans une école privée et je vois plusieurs comportements que vous avez cités dans mon école. Ça m’a fait bien rire. J’aimerais savoir comment vous vous y prenez pour discuter avec les enseignantes de leur pratiques dans le but de les faire évoluer?
Sur ce, bonne semaine!

Commentaire par Véronique

Je pourrais faire ça court. Quelques conseils, une petite tape dans le dos…
Je t’invite plutôt à lire l’excellent billet de Martin Bélanger que tu trouveras ici: http://j.mp/4bQOAg
Comme plusieurs autres personnes, j’y ai ajouté mon commentaire, qui répond, du moins en partie, aux questions que tu te poses.
Aussi, laisse-moi tes coordonnées sur mon gmail, si tu veux. On en reparlera 😉

Commentaire par mariellepotvin

Encore un billet qui me fait réfléchir sur ma pratique… j’enseigne en classe régulière et je me sens mal outillée pour répondre aux besoins des élèves ayant des besoins particuliers.

Commentaire par Isabelle

Puisque tu es ici, je t’invite à lire la réponse que j’ai laissée hier à Véronique.

Écoute, je songe sérieusement à organiser des groupes de rencontres, des cafés pédagogiques, je sais pas comment on pourrait appeller ça, mais un moyen quelconque de vous supporter dans ce que vous faites. Des Véronique et des Isabelle, j’en ai rencontré des dizaines tout au long de ma carrière. Des profs qui ont adopté une pratique réflexive de leur profession et qui en arrachent. D’abord parce que leur formation initiale les a mal préparés. Ensuite parce que la formation continue offerte par leur commission scolaire ne répond pas toujours à leurs besoins immédiats, qu’il y a un manque de suivi ou je ne sais pas.
Parce qu’ils se sentent seuls et que c’est difficile.
On va inventer quelque chose, o.k.?

Je sais pas quoi, mais je sais qu’on va inventer quelque chose qui pourra répondre à ce que j’entends en te lisant.
J’en suis rendue à vouloir partager mon expérience, et disons-le, mes compétences avec la belle relève que vous formez, et je cherche. Je cherche la façon de répondre à cet élan.
Peux pas enseigner à l’Université, j’ai juste un baccalauréat. Même si je n’ai jamais cessé de me former, de façon très continue, durant plus de vingt trois ans maintenant. Que j’ai une expérience bien personnelle et professionnelle de ce que sont les troubles d’apprentissage… J’entends dire, bien souvent, que les profs à l’Université n’ont pas le bagage que j’ai, mais je peux rien y changer.
Veux pas être CP. J’aimerais, mais je n’aimerais pas composer avec la résistance que manifestent certains enseignants. Pus capable!
Aussi, je veux continuer d’exercer ma profession d’orthopédagogue, comme je le fais en pratique privée.
Même si trop souvent, je ramasse des pots cassés. Des troubles ou des retards qui auraient pu être prévenus ou même évités, par une approche pédagogique adéquate.
Écrire un livre? J’y pense. Mais quel prof aura le temps de le lire ?

On trouvera. Je te promets qu’on trouvera.

Commentaire par mariellepotvin




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