Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Yes you can !

C’est en ratissant les feuilles, cet après-midi, que me sont venues ces pensées.  En novembre dernier, la mère d’un de mes élèves a dû être hospitalisée. Tommy s’est présenté à son rendez-vous habituel accompagné de son père.  8 ans, le p’tit gars.  Trouble d’apprentissage en écriture, selon ce qu’on m’a dit.  Je le voyais pour la troisième fois, et après avoir appris la nouvelle, j’ai pensé lui proposer de faire une carte pour sa maman.

Moi :  Qu’est-ce que tu aimerais lui dire ?
Lui: Je ne sais pas, Madame.
Moi: As-tu le goût de la voir guérir vite ?
Lui:  C’est sûr.
Moi: Alors, dis-lui…
Lui: Je ne peux pas.
Moi: Pourquoi donc ?
Lui: Parce que je peux pas écrire tous les mots.
Moi: Il y a des mots que tu ne peux pas écrire?   (Ici, feindre l’innocence… 😉
Lui: Oui, ceux que la maîtresse m’a pas encore montrés.

J’observais, et pas pour la première fois, qu’ un élève n’avait pour tout bagage que les mots que son enseignante lui avait donné à apprendre. Il ne lui viendrait pas à l’esprit d’écrire quelque chose qui n’était pas inclus dans les listes hebdomadaires de mots à apprendre. (C’est pas fort, si on tient compte que ces mots ne sont, pour la plupart, qu’enregistrés dans la mémoire de travail, et donc envolés comme feuilles au vent dès la prochaine liste de mots à apprendre. )
Le risque de faire une faute, vous comprenez. J’ai vérifié. Plutôt que de risquer, il s’abstient.
Même aujourd’hui, alors qu’il aimerait bien souhaiter à sa maman de guérir rapidement.

Tommy, comme tant d’autres, se trouve tout à fait démuni quand vient le temps d’écrire un message de son cru.
Il faut absolument défaire le discours intérieur que se fait cet enfant. Lisez qu’il n’a le droit que d’écrire des mots qui lui sont donnés en dictée ou qui lui ont été prescrits.
Si c’est pas du nivellement par le bas, ça …

Un peu jeune encore, il n’a pas encore fait connaissance avec Le Petit Robert.  C’est pas grave.

Je lui présente  le dictionnaire EurékaSi je n’avais qu’un seul outil à suggérer pour le développement des compétences à écrire, ce serait celui-là.

Son papa, qui assiste à la rencontre,  se rend compte que son fils a accès, en moins de 30 secondes (ça viendra avec un minimum d’entraînement), à 10 000 mots.
J’ai pas dit la définition de 10 000 mots. Il n’a pas besoin de savoir ce que signifie le verbe souhaiter. Il a besoin de savoir l’orthographier.
Alors qu’on le laisse tranquille avec les impératifs de chercher dans le dictionnaire pour trouver l’orthographe d’un mot. Une bien bonne façon de décourager n’importe quel élève.

Laissez-moi partager avec vous un petit morceau de mon expérience d’enseignante:
Hélicoptère….   MadaAammm…  Yé pas dans le dictionnaire…
Pharmacie…..    MadaAammm…  Yé pas dans le dictionnaire…
Ben non, ces mots-là sont pas là … (!!!)   Regardant au-dessus de leur épaule, un cherchait Hélicoptère dans la section E, et l’autre le mot Pharmacie dans les F.

Tommy a reçu un diagnostic de dysorthographie, en mai de l’année précédente. Ce diagnostic a été émis suite à une batterie de tests passés en neuropsychologie.
Son enseignante est au courant de ce diagnostic, et Tommy obtient les services d’une orthopédagogue, à l’école.
Pourtant, il n’avait jamais été mis au courant de l’existence de l’Eurêka et bien sûr, n’avait pas appris à s’en servir.

On commence donc à structurer oralement la phrase qu’il aimerait écrire en premier. Je souhaite que tu guérisses vite.
Vous devinez que le mot « souhaite » va poser une difficulté. On s’y attend, même chez un enfant sans trouble d’apprentissage.
Or, avec ce dictionnaire, qui fonctionne de manière phonétique, l’élève cherche le mot à partir de la façon la plus simple d’écrire le son.
S-OU-È-T   et vous arrivez directement à souhaite.
Le seul pré-requis nécessaire est de posséder une conscience phonologique minimale. La conscience des sons et de l’ordre des sons dans les mots, si vous voulez.
Si ce n’est pas le cas, on peut travailler cet aspect avec un logiciel très efficace à ce niveau: Le Phono-Quizz. 

En moins d’une heure, ils sont repartis. Le papa avec un Eurêka sous le bras et Tommy, une nouvelle confiance en lui.
Quand il sera plus grand, il pourra accéder au dictionnaire Eurêka pour le secondaire. 30 000 mots, celui-là. Ça lui laissera plus de temps pour chercher les définitions des mots dont il ne connaît pas le sens, plutôt que de perdre son temps à en chercher l’orthographe.

Je continue de ratisser quand tout à coup je fais le lien. C’est bien à cette période, l’an passé , que Barack Obama  nous avait tous épatés.
Un slogan puissant:  Yes we can.

Des mots qui parlent de la dignité et du pouvoir de chacun.  Des mots qui permettent de s’exprimer, peu importe ce qui était prévu au programme cette semaine. Des mots que je souhaite à Tommy.

En mettant les gros sacs au bord du chemin, j’aurais bien aimé y mettre aussi toutes ces fausses idées qui persistent,  au sujet du processus d’apprentissage de l’écriture. Et y donner quelques bons coups de pied !

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com

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