Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


C’est pas un cadeau…
21 décembre 2009, 23:37
Filed under: formation, orthopédagogie | Mots-clefs:

On a l’air de s’étonner. Comme si le contraire allait de soi…

Je lisais ce matin cet article au sujet d’un diagnostic de dyslexie qui a pris trois ans à être posé, chez un élève du primaire.
Mais d’où sort-on ?  Ils courent les rues, les élèves en trouble d’apprentissage non diagnostiqués !
Les Associations de personnes en troubles d’apprentissage estiment que 10% de la population en est atteinte à divers degrés.  

Bon. Peut-être ma vision est-elle un peu biaisée, car je vois tous les jours des élèves atteint d’un trouble d’apprentissage qui sont passés, comme on dit, au travers les mailles du filet. Soit ils réusissent, de justesse, à force de travail, soit ils sont oubliés parce que l’enseignante à souvent beaucoup plus à faire avec les élèves qui présentent des troubles du comportement. 

Souvent, ce qui manque réside dans la formation des enseignants. Ce sont eux qui, les premiers, pourraient déceler les indices des troubles d’apprentissage. Ce sont souvent d’excellents didacticiens, mais  leur formation ne les a pas préparés à effectuer ce dépistage. J’ai eu maintes occasions de vérifier cette situation. Le prof soupçonne bien quelque chose, mais craint de tirer l’alarme, faute de connaissances en la matière. Quelques semaines passent…
Elle en parle, entre deux portes, à l’orthopédagogue de l’école, qui, avec un peu de chance, le verra quand l’enseignante aura complété le protocole d’ouverture du dossier d’aide particulière, et aura obtenu l’autorisation des parents.  Quelques semaines passent…
L’orthopédagogue peut enfin le recevoir, à raison d’une ou deux fois/semaine, le plus souvent avec deux ou trois autres élèves.
Quelques semaines passent…
On attend le prochain bulletin pour voir s’il y a amélioration.
Quelques semaines passent… Pendant ce temps, on continue de faire plus de ce qui, souvent, ne fonctionne pas. Ce n’est pas vrai qu’on peut véritablement aider un élève en trouble d’apprentissage en le voyant deux demi-heures semaine avec trois autres élèves. On peut peut-être lui enseigner quelques stratégies, mais en l’absence du parent, il sera bien difficile de les transférer dans d’autres contextes de travaux à faire à la maison.

J’ai toujours trouvé curieux que l’orthopédagogie soit perçue autrement que les autres professions reliées au développement de l’enfant. . Qu’un élève doive voir l’orthophoniste, l’ergothérapeute, le psychologue , il verra ce spécialiste en dehors des heures scolaires avec un parent. Et aucun de ces spécialistes ne penserait recevoir plus d’un enfant à la fois.
Mais je m’éloigne de mon sujet…

Je disais donc que les enseignants, formés pour le préscolaire et le primaire, n’ont pas une formation suffisante pour déceler les premiers indices de certains troubles d’apprentissage. Comme on le constate en faisant la lecture de l’article dont je vous parle, l’enseignante hésite. D’autres fois, on galvaude à qui mieux mieux le terme de dyslexie, l’invoquant dès qu’un élève inverse quelques lettres à boule. Oh lala !  Avec quelques techniques appropriées, il serait tellement facile de vérifier si ce genre de difficulté est récurrent ou pas…   

Le plus surprenant, c’est que l’orthopédagogue n’est souvent pas tellement plus avancée.
Pas plus tard qu’il y a six mois, je discutais avec l’une d’entre elle quand elle me demanda:  Coudonc, c’est quoi ça, la dysphasie ?? 
Je dirai simplement ici qu’il s’agit d’un des troubles d’apprentissage les plus courants.  

Ils ont bien effleuré le sujet à l’Université, mais sans plus.

Se dessine donc deux scénarios possibles:

A-  Le parent constate un problème et,  de sa propre initiative, emmène son enfant pour une évaluation en neuropsychologie. 
Comptez plusieurs mois d’attente et entre 600$ et 1000.00$ 
Si un diagnostic est posé, on en fera mention dans le plan d’intervention de l’élève et celui-ci recevra les services de l’orthopédagogue à l’école, 
en petit groupe et par des interventions plus ou moins diluées.

 B- Le parent, soit par manque de ressources financières ou de connaissances, confie à l’école le soin d’identifier le problème d’apprentissage.
Comptez plusieurs mois d’attente pour qu’il soit vu par le psychologue de la Commission scolaire, qui le reférera peut-être en orthophonie.
Comptez encore au moins quelques semaines, pour qu’on informe le parent d’un diagnostic, si tel est le cas.
En ce qui concerne les ressources qui lui seront offertes, elle varieront selon le milieu et les disponibilités des spécialistes concernés.

Dans tous les cas, le temps joue contre la réussite de l’élève.

Peu d’enseignants ont une connaissance suffisante des troubles d’apprentissage.   Mais quand, en plus,  on leur annonce qu’un de leurs élèves en est atteint, ils sont bien mal outillés pour lui venir en aide. Parce qu’il  s’agit de lui fournir des accomodements dont ils ignorent l’existence. Parce qu’il s’agit de modifier, dans l’approche pédagogique traditionnelle, ce qui ne fonctionne pas. Parce qu’il faudrait remettre trop de choses en question.

La copie des mots mal orthographiés ou en tant que mesure de discipline. La recherche dans le dictionnaire pour trouver l’orthographe d’un mot. Parce qu’il faudrait enseigner aux élèves comment mémoriser, être attentifs, se concentrer, utiliser leur imagination…  plutôt que simplement leur demander de le faire.
Parce qu’il faudrait revoir le bien-fondé de toutes ces évaluations des performances qui paralysent tant d’enfants dans leurs apprentissages.    

Parce qu’il faudrait faire appel aux outils que l’on connait maintenant.  Parce qu’il faudrait se tenir à jour quant aux résultats de recherches que nous livrent les neurosciences. Parce que la formation reçue est dépassée et prépare très mal aux défis qui  attendent les enseignants.

Parce que tout cela est beaucoup trop exigeant, quand on ne l’a pas reçu, dès notre formation initiale.

Je sais. Ce billet n’est pas exactement un cadeau.
Et loin de moi l’idée de critiquer pour critiquer.
J’aborderai sous peu des pistes de solutions, mais là, mon arbre de Noël attend ses décorations  😉

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181

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Ce qui est tout aussi frustrant, pour plusieurs enseignants, selon moi, c’est quand on se bat pour qu’un élève puisse avoir les ressources nécessaires pour combattre ses difficultés, mais que le parent refuse l’offre de services.

Lorsqu’on travaille avec une clientèle immigrante nouvellement arrivée, plusieurs parents craignent aussi d’être renvoyés dans leur pays d’origine si quelque chose « cloche » avec leur progéniture. Du coup, ils cachent parfois les difficultés vécues puisqu’ils ont peur qu’elles jouent en leur défaveur.

Commentaire par Angélique

Ça arrive…
Ce qu’il faut savoir, c’est que lorsqu’on annonce à un parent que son enfant présente des difficultés, il est normal qu’il passe par certaines étapes dont la première est le déni de la situation.Déni qu’il faudra respecter et qui sera plus ou moins long.
C’est le lien de confiance avec l’enseignante qui fait alors la différence, les informations fournies au parent dans le respect, et le temps.
Parce qu’ici s’arrête le pouvoir d’un enseignant. Les premiers responsables de l’enfant, ce sont les parents. Avec un peu de temps et d’informations, peu de parents refusent les services, en bout de ligne. Mais je conviens que le lien de confiance n’est pas toujours facile à établir.
Patience, patience et encore patience…

Commentaire par mariellepotvin

Je laisse un commentaire ici pour la 1ere fois car ce billet me fait réagir.

Je suis entièrement d’accord avec vous car il est encore plus surprenant de se rendre compte que l’élève se rend au secondaire sans qu’il y ait un diagnostic. Ça nous arrive régulièrement…

Par contre, lorsque les profs n’interviennent ou ne réfèrent pas, ou trop peu, j’aimerais nuancer. Ici, nous avons souvent demandé des formations sur les troubles d’apprentissage et leur dépistage précoce mais notre demande n’a jamais abouti. Et lorsqu’un élève est diagnostiqué, ça ne veut pas nécessairement dire des services. Comment une seule orthopédagogue pourrait-elle aider près de 180 élèves (calcul d’après les statistiques fournies dans ce billet). C’est impossible! Le problème, c’est aussi le manque de ressources. Ah, si le monde de l’éducation était différent, il serait possible de faire bien des miracles! C’est mon rêve de Noël.

Commentaire par Frisette

Au delà de ces souhaits très louables, j’ajouterais qu’il est temps que les enseignants cessent de compter sur leur Commission scolaire pour leur fournir les formations dont ils ont besoin.
Comme tout professionnel, l’enseignant n’a d’autres choix que de se responsabiliser face à sa formation continue, aller chercher les outils avec lesquels il développera de nouvelles compétences. Connaître les autres ressources qui existent pour ses élèves, aussi. Peu de choses existent actuellement en ce sens. Il faudra en créer.
C’est mon projet pour 2010.

Commentaire par mariellepotvin

Ma fille dysphasique et dyspraxique ne connait pas sa chance. Sa chance d’avoir eu son diagnostic de dysphasie à 3 ans 4 moi, puis celui de dyspraxie six mois plus tard. D’avoir profité d’ateliers d’habiletés sociales au centre de réadaptation quelques semaines avant son entrée à la maternelle. D’avoir une orthophoniste (au privé!) en or qui la suit régulièrement et qui fera un dépistage de dyslexie l’an prochain. D’être rencontrée par une neuropsychologue en 2010, quelque part à l’automne, pour son attention.

D’avoir des parents qui se démenaient ‘quelque chose de rare’ car ils savaient que justement, le temps jouaient contre eux.

De prendre en charge mon enfant, avec mes ressources et à ma vitesse, je suis capable.

Mais quand j’ai mon chapeau de prof… je trouve que 33 élèves dans mon groupe de français, c’est beaucoup. J’ai des élèves qui trainent de gros boulets (différents diagnostics de troubles d’apprentissage, d’attention,d’hyperactivité…), qui ont un support familial variable, c’est pas évident.

Commentaire par Isabelle

J’en conviens. Au secondaire, il est déjà tard. Il y aurait tant à faire pour éviter qu’élèves et enseignants se retrouvent dans ces situations! Il faudra prendre un virage important. Parce qu’on n’a pas le droit de ne rien faire.
Heureusement, certains enfants recoivent les services auxquels ils ont droit. Ne devrait-il pas en être ainsi pour chacun d’eux?
Joyeuses Fêtes à toute votre famille !

Commentaire par mariellepotvin




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