Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Rêvons M. Gagnon, rêvons !
22 février 2010, 13:26
Filed under: influences | Étiquettes: ,

J’hésite… J’ai bien de choses à vous dire. Tellement d’idées de billets ont traversé mon esprit cette fin de semaine…

Ce matin, pourtant, en prenant connaissance de la lettre que M. Luc Gagnon a fait parvenir au Devoir, rien d’autre ne me semblait plus important que de la conserver dans ce scrapbook que constitue ce blogue. Comme je comprends ce monsieur, qui n’a pas exctement l’air, je vous le dis tout de suite, de représenter du bois mort, comme on dit.

Articulé, passionné, aimant sa profession, vous verrez…
On va finir par le mettre K.O. comme tellement d’autres enseignants que j’ai connu.

Vous saviez que 20% de nos nouveaux diplômés en enseignement quittent cette magnifique profession dans les premiers 5 ans ?
Le découragement, l’épuisement, la pression, les non-sens imposés, les incohérences, le manque de formation et de support, la charge beaucoup trop lourde, pour ne nommer que ces facteurs. 

Si je vous disais… Pas plus tard que samedi dernier, je me présente à la caisse d’un magasin. Judith m’y attendait. Nous avions fait notre cours ensemble. Même cohorte, et tout. Allumée, créative et dynamique, elle avait tout pour plaire aux enfants qui le lui rendaient bien. Caissière chez Simons, maintenant.  

M. Gagnon décrit si bien ce qui a pu se passer, dans une lettre qu’il adresse à Madame la ministre de l’Éducation. Ce  qui se passe  trop souvent.

Je lui laisse donc la parole:

Libre opinion – Bénévoles à l’école
Luc Gagnon – Enseignant à la polyvalente Mgr Sévigny, Chandler  9 février 2010 

Madame la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne,

Vous nous invitez à nous prononcer sur un projet de règlement qui modifierait le calendrier scolaire pour en faire le calcul en heures plutôt qu’en jours. Selon vous, ces changements permettraient la tenue d’activités scolaires la fin de semaine. Est-il possible, madame, que vous soyez si loin de notre réalité?

Je suis enseignant au secondaire et suis en année sabbatique. J’avais grand besoin de cette année pour me refaire une santé. Je n’ai pourtant aucune maladie chronique, aucun syndrome ou quoi que ce soit d’autre. Non, je viens tout simplement de terminer une 14e année à titre d’enseignant au secondaire. Tout simplement. De l’épuisement professionnel? Je n’ai aucun diagnostic à vous offrir. Seulement 14 années au service de votre ministère.

Je n’ai jamais compris la façon de fonctionner de mon employeur. Vous avez gentiment déguisé les bulletins des élèves en y remettant des notes. Ce faisant, vous avez obligé tout votre personnel enseignant à expliquer une deuxième fois en quelques années [aux parents] que les notes qu’ils voyaient sur les bulletins n’avaient rien à voir avec les notes qu’ils retrouvaient sur les leurs alors qu’ils étaient étudiants. Évidemment! Nous enseignons et évaluons des compétences et non des connaissances, comme c’était le cas à l’époque. Vous étiez au courant, dites?

Juste au cas où ça ne serait pas arrivé jusqu’à vos oreilles, les parents ne sont pas plus satisfaits de cette version des bulletins. Il va de soi par contre que ce sont vos enseignants qui encaissent les reproches. Après tout, nous sommes les premiers répondants du système d’éducation. C’est nous aussi qui ramassons parfois à la petite cuillère des enfants qui vivent des choses difficiles, des parents aussi. Dites, dois-je comptabiliser en minutes ou en heures les appels que je fais ou que je reçois en dehors de mes heures normales de travail quand un parent inquiet me contacte?

Comme ballon d’essai, votre proposition est excellente. Vous nous proposez donc de calculer notre tâche en heures. C’est que, des heures, nous en faisons déjà beaucoup, vous savez. Seulement l’année dernière, j’en faisais en moyenne 60 par semaine. Est-ce que ces heures étaient comptabilisées sur une feuille de présence ou dans un registre? Non. N’allez pas croire que je suis en train de me plaindre. Après tout, j’ai choisi ce métier et j’aime beaucoup mes élèves. Il est triste d’avouer par contre que c’est tout ce qui est au-dessus de mon école dans la hiérarchie du système d’éducation qui me répugne.

Je ne comprends pas que les commissaires d’une commission scolaire aient tant de pouvoir quand une infime partie de la population se donne la peine d’aller voter. Je ne comprends pas que le ministère ne me consulte pas quand vient le temps de faire des changements aux bulletins. C’est quand même moi qui les utilise. Je ne comprends pas que le ministère ne me consulte pas pour savoir quels changements nous pourrions apporter pour améliorer nos écoles. Nous sommes près des élèves, des parents et savons comment fonctionne une école. Ne pensez-vous pas que nous sommes les mieux placés pour vous conseiller?

Les activités pédagogiques les fins de semaine sont déjà chose courante. N’allez pas raconter le contraire à la population qui, selon ce qu’on lit sur Internet ou qu’on entend dans les médias, ne veut rien savoir de votre proposition. Ces activités sont en partie compensées, mais jamais totalement, par un aménagement de nos tâches éducatives. Le reste est du pur bénévolat. Eh bien oui. Votre personnel fait du bénévolat. Vous savez pourquoi? Nous avons à coeur d’offrir ce qu’il y a de mieux à nos jeunes. Il y a une très grande dimension affective à l’enseignement, vous savez.

La proposition que vous faites aujourd’hui est encore une fois perçue comme une gifle au visage et n’aura que pour effet une démotivation du personnel. Pourquoi? C’est pourtant évident. Les enseignants, les employés de soutien et les directions donnent tout ce qu’ils ont et, encore une fois, on leur dit que ce n’est pas assez. Finalement, peut-être que la prochaine fois, je n’investirai pas dans une année sabbatique. Je remettrai peut-être tout simplement ma démission!

Merci de l’attention que vous porterez à ma réflexion. Peut-être ce courriel se rendra-t-il jusqu’à vous. Qui sait? Vous n’êtes peut-être pas si loin. On peut rêver…

*****

Luc Gagnon – Enseignant à la polyvalente Mgr Sévigny, Chandler

Merci M. Gagnon!MariellePotvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181

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2 commentaires so far
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Très bien écrit, ça fait beaucoup réfléchir. Y’a vraiment pas de moyen pour que des profs comme M. Gagnon puissent faire valoir leurs suggestions, leurs idées? Le syndicat? Une association quelconque? Un regroupement internet? Je pose des questions naives je sais mais me semble que…

Commentaire par michel plante

M. Plante, je ne vous connais pas, mais je peux d’ores et déjà affirmer que vous n’oeuvrez pas en enseignement.
Si les doléances des enseignants trouvaient une oreille qui les considère, si leur suggestions concernant la réussite de nos jeunes étaient prises en considération, si le syndicat pouvait y changer quoi que ce soit …
M. Gagnon n’aurait alors pas eu à écrire cette lettre, mon amie Judith ne travaillerait pas chez Simons et je serais encore dans le système scolaire québécois.
Ce système qui craque de toutes parts, sans que la ministre qui en a la responsabilité ne se doute de quoi que ce soit, et qui a encore moins l’intention d’y apporter les correctifs nécessaires.

Commentaire par mariellepotvin




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