Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Faire encore + de ce qui marche le – = ?
14 juin 2010, 21:48
Filed under: influences, ressources | Étiquettes: , ,

Une école publique comme les autres. Un quartier un peu plus défavorisé que la moyenne. Beaucoup de familles allophones.
Quelqu’un de l’équipe avait lu ce billet et avait été sensible aux propos que j’y tenais.

On m’avait donc invitée pour accompagner l’équipe-école dans une démarche réflexive au sujet des devoirs et leçons.
Bien souvent, la simple évocation de ces mots suffit à provoquer  un sentiment d’aversion chez bien des enfants… et de parents.

Je voyais dans leurs yeux qu’elles étaient assises entre deux chaises …

D’une part,  mon propos semblait les intéresser, mais d’autre part, si elles croyaient que je n’aurais qu’ apporté des alternatives pour continuer de faire encore plus de ce qui ne marche pas, c’était manqué.

Je voyais dans leurs yeux qu’elles n’en croyaient pas leurs oreilles…
D’une part, on constate que le souci premier des enseignantes est la réussite de leurs élèves, mais nous avons exploré ensemble où s’arrête celle-ci et où commence le désir de contrôler, jusque dans les foyers, ce que leurs élèves font à la maison. Nous avons parcouru un chemin peu exploré, le temps de relativiser tout ça, de remettre en perspective notre rôle, dans le cadre scolaire et de lâcher prise lorsque cela nous semblait le plus favorable, pour nous ou pour nos élèves.

Quelqu’un a dit que nous sortions de notre zone de confort.  Bien…  Très bien!
Ce n’est qu’à cette condition  que nous pourrons progresser, avancer et trouver, pas à pas, ce qui convient pour chacune.

Le conflit cognitif engendré permettra de réfléchir à ce qu’elles mettront en place, en septembre, en terme de travaux à faire à la maison par leurs élèves. Après avoir constaté que plusieurs éléments de cette question sont maintenant devenus dépassés, ne restait bien sûr qu’à trouver par quoi les remplacer.

La contestataire que je suis ne laisse pas les gens en plan. J’y suis donc allée de mes suggestions, et de pistes pour qu’elles en explorent de nouvelles, aussi.

D’abord, j’ai voulu partager avec elles mes signets favoris, question de leur proposer une alternative pour proposer à leurs élèves de retravailler certaines notions à la maison.
Certaines en feront un carnet de ressources destinées aux parents, classées selon leur niveau d’enseignement et par sujets. L’élève qui s’absente, comme celui qui veut aller plus loin, aura de quoi se mettre sous la dent.

J’aurais aimé leur proposer de créer un blogue de classe, comme le font Marie-Claude, Pierre et bien d’autres.  Mais comme vous vous en doutez, les blogues sont de prime abord considérés comme étant…  je ne sais pas… comme étant… soit dangereux, de mauvaise influence ou nocifs… je ne sais trop. J’espère vous avoir donné le goût d’en visiter, parce qu’à l’école, c’est bloqué !

Bon. La directrice trouve que c’est une bonne chose. Soit.  C’est vrai que ça nous évite d’éduquer, interdire.
Je n’ai donc pas pu présenter le mien, qui est, comme vous le savez, bien inoffensif  ;-))

Ensuite, le carnet d’apprentissage dans lequel l’élève pourra inscrire ses moments magiques ou les difficultés de sa journée, en vue de les présenter ou de faire la démonstration d’une nouvelle notion à ses parents semble aussi avoir trouvé preneurs.

Je voyais dans leurs yeux que le plus difficile, c’est de trouver un autre chemin.
De sortir des sentiers battus, des traditions établies depuis toujours. De comprendre que les apprentissages faits par coeur ne s’inscrivent que dans la mémoire de travail, et ne sont mémorisés qu’à court terme. Est-ce cela et seulement cela que l’on vise?  Faire mémoriser des notions qui seront oubliées aussitôt le contrôle du vendredi passé ?  Évaluer la capacité à mémoriser ?  Évaluer l’implication des parents et faire pression sur eux, peu importe leur réalité, dont nous sommes parfois si loin ?

Le temps a filé à toute allure, pour moi comme pour elles, d’après ce qu’on m’a dit. Maintenant qu’elles ont découvert que de nouvelles voies pouvaient être empruntés, je suppose qu’elles s’y risqueront.
Je voyais dans leurs yeux qu’elles s’y risqueront  😉

J’aimerais donc dédier, aux enseignantes rencontrées ce matin et à toutes les autres,  une légende dont j’ai oublié tous les détails, mais qui ressemble à ceci:

Une jour, une mère et sa fille se retrouvaient dans la cuisine à préparer un repas du dimanche. Un beau gros jambon qu’on mettait à cuire.
La mère expliqua à sa fille l’importance de couper les os de jambon, à chaque bout. Ce serait bien meilleur, disait-elle à sa fille.
Sa fille fit de même avec la sienne et ainsi de suite de génération en génération…

Un jour, une des descendantes de la famille en question devint anthropologue et fit des recherches au sujet des façons de faire de l’époque de ses ancêtres.
On découvrit alors que si les aïeules coupaient les bouts des os de jambon, c’était simplement parce que les récipients de l’époque étaient faits de terre cuite, et de plus petite dimension…  Rien à voir avec le goût du jambon .  Pourtant, d’une génération à l’autre, les mères transmettaient, avec la meilleure volonté du monde, une vérité qui n’en était pas une, et ce, longtemps après que de nouveaux chaudrons, plus grands, aient été mis à la disposition des ménagères.

Il en est de même de tant de choses en enseignement.
Tant de bonnes gens sont des gens bons 😉

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181

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5 commentaires so far
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Marielle, un autre bel article qui souligne les bêtises qui passent d’une génération à l’autre, même en éducation 😦

Commentaire par anne

Il est toujours plus difficile d’aller vers l’inconnu que de faire du sur-place. C’est humain et je le comprends. Ça prend du temps, à changer, ce qu’on appelle la culture d’une organisation.
Ce que je retiens des échanges de ce matin, c’est surtout le positif. Des moments bien agréables en compagnie de personnes ouvertes au changement.
Je comprends que pour toi, qui est la maman d’une élève en difficulté, ces changements auraient dû survenir bien plus tôt, mais bon, on dit qu’il vaut mieux tard que jamais. C’est ce qu’on appelle l’évolution.
Ça se fait lentement… Patiemment.

Commentaire par mariellepotvin

L’atelier qui a eu lieu à cette école publique m’a donnée la confiance de faire autrement. Je veux essayer le carnet de bord à la place du devoir et je garde le sac de lecture(une pratique que j’ai déjà) Je retiens l’idée d’ajouter aux élèves des outils(dictionnaire Eureka et de conjugaisons)pour mieux écrire et les dictées se feront sans apprendre des mots à la maison. Il existe différentes façons de donner les dictées en permettant aux élèves de réfléchir et de nous poser des questions. Reste les jeux de nombres…alors voilà! Je pense que si on veut, c’est facile de changer des choses…Pas tout en même temps. J’avais déjà commencer à changer des choses depuis que j’enseigne(25 ans déjà) et je suis ouverte à sortir de ma zone de confort.

Commentaire par Christine Rochette

Votre commentaire fait plaisir à lire et je constate que vous adoptez la politique des petits pas… Chacune y va à son rythme et c’est très sage comme ça. Quand vous modifiez quelque chose,c’est après réflexion et en en comprenant les tenants et les aboutissants. Il est possible, cependant, qu’en cours de route, les choses ne se déroulent pas exactement comme prévu. N’hésitez pas à me demander de faire un suivi avec votre équipe-école.Ce serait pour moi un grand plaisir.

Commentaire par mariellepotvin

L’atelier qui a eu lieu à cette école publique m’a donné la confiance de faire autrement. Je veux essayer le carnet de bord à la place du devoir et je garde le sac de lecture(une pratique que j’ai déjà) Je retiens l’idée d’ajouter aux élèves des outils(dictionnaire Eureka et de conjugaisons)pour mieux écrire et les dictées se feront sans apprendre des mots à la maison. Il existe différentes façons de donner les dictées en permettant aux élèves de réfléchir et de nous poser des questions. Reste les jeux de nombres…alors voilà! Je pense que si on veut, c’est facile de changer des choses…Pas tout en même temps. J’avais déjà commencé à changer des choses depuis que j’enseigne(25 ans déjà) et je suis ouverte à sortir de ma zone de confort.

Commentaire par Christine Rochette




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