Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Les chemins de la connaissance
18 août 2010, 21:10
Filed under: écriture, ressources, une école pour la vie | Mots-clefs:

C’était un samedi comme les autres.

Quelques élèves qui venaient me voir dans le but d’améliorer leurs compétences en écriture.  Jusque là, rien de bien particulier.

Je commence donc la leçon en les prévenant. Ne vous en faites pas, leur dis-je, il n’y aura ni cahier d’exercices ni feuilles à compléter.

Voilà qui était déjà mieux. Je pouvais constater, jusque dans leur posture, que ce ne serait pas si douloureux…

Avant de les inviter à un ordinateur, il ont eu ma parole qu’ils sauraient ensuite se débrouiller pour écrire tout ce qu’ils voudraient.
Ils ne sauraient pas tout, mais ils sauraient comment tout savoir. Voilà qu’ils étaient intrigués bien plus encore…

Je commence donc en m’informant de ce qu’ils connaissaient, en lien avec certaines habiletés de base : sauvegarder un site dans ses favoris, en faire des dossiers ou créer des raccourcis sur le bureau… Des petites choses comme ça, projetées au TBI.   Le premier vingt  minutes était déjà écoulé. Des élèves de 3e cycle du primaire.
Ils venaient de cesser de vérifier l’heure .

Je poursuis en les installant  à un ordinateur pour  leur permettre de pratiquer leurs nouveaux acquis.

On simule donc des phrases à écrire, toutes plus farfelues les unes que les autres. Je n’y vais pas de main morte avec un vocabulaire assez relevé. Qu’importe, ils venaient de découvrir la merveille des merveilles :   Les aides à  l’écriture en ligne.

Nous n’avons pas vu le temps passer. Le conjugueur, les dictionnaires, le plaisir de découvrir Bon Patron…

Ce ne sont que de simples outils accessibles à tous, facilement et gratuitement.  Jamais entendu parler à l’école.
Pas plus que de la Bibliothèque virtuelle de Allô prof .
Les dictées virtuelles pour s’exercer ?     Connais pas .
Des exercices interactifs ?    Non plus…

Ben voyons !

Tout à coup, une impression de clandestinité flottait dans l’air,  je sais pas, quelque chose comme si on défiait un interdit… Les élèves m’ont clairement demandés si je le dirais à leur prof… parce que si leur prof savait… pas sûr qu’il serait content.   Tiens donc .

On a fait des phrases, pour vous dire la vérité, sur ce que leur prof dirait ;-)))

N’empêche. Va-t-elle persister encore longtemps, cette culture qui nie de grands pans de la réalité des natifs du numérique ?  Je les ai invités à en parler à leurs enseignants. Peut-être ne seraient-ils pas si contrariés, finalement. Du moins, seraient-ils ouverts à explorer et considérer ces nouveaux outils.  À les diffuser, dans le meilleur des cas.

Un élève qui produit un texte en sciences, peut-il se centrer sur les informations qu’il a à écrire et utiliser les correcteurs?
Personnellement, je n’y vois aucune objection. Ni pour aucune autre matière d’ailleurs.  Ils auront beau utiliser tous les correcteurs du monde, cela ne créera pas une production écrite à leur place. Ce sont les idées, la communication et l’expression d’une personne, qu’on traduit en texte,  pas celles de la machine.

D’ailleurs, il s’agit de s’approprier ces aides pour réaliser qu’ils font apprendre, justement. La mémoire est ainsi faite que lorsqu’on cherche une information, que ce soit pour la deuxième ou la quinzième fois, c’est selon, on l’imprime pour de bon.

Si ces outils peuvent encourager les apprentis rédacteurs à rédiger, ils les feront du même coup apprendre.
Quiconque croit le contraire entretient des préjugés qui gardent les élèves dans un illettrisme dont ils lui tiendront rigueur, inévitablement.

Trois heures ont ainsi passé. Déjà !!!  Se sont-ils exclamés 😉

Leur restait beaucoup à apprendre.  Mais ils connaissaient le chemin. N’est-ce pas ce que nous devons leur montrer, le chemin ?

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com

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9 commentaires so far
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Bon, j’ai failli laisser un commentaire dans l’anonymat… mais j’y vais.

Cette année, j’ai fait écrire un texte à mes élèves. Et ils avaient le droit de garder leurs copies. Il y avait simplement une date de remise.

Et là, ça a commencé, les regards, puis une question.

«Mais madame, si on l’apporte à la maison, on pourra le corriger.»

«Mais oui, c’est ça le but !» ai-je répondu, toute calme mais voyant des élèves se sentant quasiment tricher pour une évaluation d’écriture !!

Commentaire par Isabelle

Toi aussi, Isabelle, tu nageais presque dans la clandestinité… Hon!!!
Je suppose donc, mais ce serait à vérifier, qu’il n’est pas habituel de procéder de cette façon. Mais quelles en sont donc les raisons?
Faut-il absolument « coincer » les élèves, ne leur donner aucune chance de vérifier et d’apprendre, chasser le plus d’erreurs possibles, et dans quel but ? Nous savons tous que dans ces cas, ce n’est que la mémoire que nous évaluons. Est-ce bien ce que nous voulons ?

Merci de signer tes commentaires. Par principe, je ne publie pas les commentaires anonymes…

Commentaire par mariellepotvin

et pourquoi, aussi, dans les évaluations de bilan et ministérielles, ne laisse-t-on seulement aux élèves ayant un plan d’intervention dans lequel c’est spécifié le droit, par exemple, au Grand Euréka ?

Beaucoup de mes élèves sans diagnostics l’utilisent…

Commentaire par Isabelle

Telle est la question… Pourquoi ? On croit à tort que cela rendra l’élève paresseux. Balivernes! Ce qui le découragera, ce sera plutôt de chercher « chrysanthème », par exemple, dans le dictionnaire habituel. Très souvent, il ne le trouvera pas, et abandonnera. Le grand Eurêka est un outil papier si mal connu… Pourtant, c’est l’orthographe de 30 000 mots, accessibles facilement, bien souvent en moins de 30 secondes…Sans les définitions, mais si, par la suite, l’élève désire l’avoir, il tombera dessus beaucoup plus rapidement . Ne serait-ce pas de cette façon que nous pouvons AUSSI leur montrer le chemin ?

Commentaire par mariellepotvin

Oui, mais le MELS et sa loi (554?, je ne sais plus, ce dossier est à l’école!!) nous impose cette contrainte.

J’ai mis les liens de ton billet dans mes signets et j’entends en faire profiter tous mes élèves cette année. 🙂

Commentaire par Isabelle

Tant mieux 😉 À quel degré enseigneras-tu cette année? Si tu me le précises, je t’en enverrai plusieurs autres…

Commentaire par mariellepotvin

J’enseignerai encore en secondaire 1.

Commentaire par Isabelle

Tu connais mon site de signets partagés?
http://www.delicious.com/mariellepotvin
Sers-toi !
N’hésite pas à me contacter si tu n’es pas familière avec ce site et que tu as des questions. 😉

Commentaire par mariellepotvin

Amen!

Commentaire par Patrick Giroux




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