Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


La vérité au sujet des entreprises de soutien scolaire.(2ème partie)
19 septembre 2010, 19:43
Filed under: services privés aux élèves | Étiquettes: ,

Note importante:

Cette série d’articles a pour but d’éclairer les parents qui voudraient avoir recours aux services de soutien scolaire, de les aider à y voir clair et de diffuser des informations aux nombreuses personnes qui me demandent mon avis à ce sujet.  Je le fais au meilleur de mes connaissances, et les observations dont je fais mention ne sont que le fruit de mon expérience personnelle.

Un monde parallèle…


Curieusement, on parle très peu de ces services dans les écoles. On sait bien que certains enfants reçoivent des cours particuliers, mais sans plus. Les enseignants ne sont pas systématiquement  informés du fait  qu’un élève reçoit cette aide extérieure.  Parfois, les parents s’abstiennent d’en parler au titulaire de leur enfant, craignant que celui-ci ne lui accorde moins d’attention par la suite, ou même qu’il ne le réfère pas au service d’orthopédagogie de leur école, puisqu’il a déjà de l’aide.  Parfois, surtout chez les adolescents, ce sont eux qui ne veulent pas que leurs enseignants le sachent.
Chaque cas est différent.

Reste que ce n’est pas monnaie courante qu’un enseignant réfère un élève à ce genre de service (à moins d’y détenir des intérêts, personnellement- ça arrive).
Concrètement, les cartes de visite ou les dépliants de ces entreprises ne circulent pas dans les salles des enseignants. Les directions d’établissements scolaires ne suggèrent pas aux parents d’y avoir recours. Ce sont très majoritairement les parents, de leur propre chef, qui décident d’offrir ce soutien privé (à leur domicile ou pas) à leur enfant, après avoir pris connaissance d’une publicité ou avoir fait une recherche dans les annonces classées.
Normal. Quel milieu scolaire, se targuant de posséder les meilleures ressources, et en quantité suffisante, tendrait un dépliant de services complémentaires privés aux parents, même quand ils en font la demande. On va plutôt reconsidérer les services qui sont offerts à l’école, quand c’est possible, et demander à l’élève de se forcer davantage. (Ben oui…)

Prétendre qu’une réelle collaboration existe entre ces deux mondes relève de la pure fantaisie. Il y aura, tout au plus, quelques échanges téléphoniques ou écrits entre les milieux publics ou privés. Rarement de rencontres en personne ou encore moins de participation au plan d’intervention de l’élève dans son milieu scolaire, quand il y en a un. Si chacun fait de son mieux pour aider l’élève, c’est souvent de façon parallèle.

…qui se développe de façon anarchique.

Depuis  une quinzaine d’années, on voit se développer au Québec des entreprises qui visent, prétendent-elles, à favoriser la réussite scolaire des élèves. Certaines ont pignon sur rue, et sont bien organisées, autant au niveau de leurs services que du marketing qui en fait la promotion.

Les parents prennent connaissance de leurs publicité, le plus souvent par l’entremise des journaux ou de sites web. Ensuite, ils font appel à leurs services, qui varient, tant par la panoplie des services offerts que par la qualité de ceux-ci.

 Comme vous le comprendrez , ce marché n’est aucunement réglementé. Il ouvre  la porte à quiconque veut, du jour au lendemain, démarrer une entreprise de soutien scolaire. L’éducation étant au cœur des préoccupations sociales actuelles, il est tentant, pour plusieurs, de profiter de la tendance. Car il s’agit, pour la plupart, d’organismes privés à but lucratif, qui pour l’essentiel, s’occupent de combler les lacunes de l’enseignement dispensé dans les écoles , et qui ne permet pas l’accès de tous à cette aide. Si certaines compagnies d’assurances collectives commencent à s’intéresser à ce service, ce n’est pas si courant, au Québec, d’en avoir une couverture , même partielle.  Le Ministère de l’Éducation semble ignorer ces entreprises, et rien n’a été tenté, selon mes recherches, pour réglementer ce marché.  On fait simplement comme si elles n’existaient pas.

De plus, ces entreprises auraient le plus grand mal à recruter des enseignants compétents. Ils sont recrutés sur des tests plus ou moins sérieux ou proposent (sans le dire) des étudiants quand ils prétendent ne recruter que des professeurs qualifiés. Il est vrai que les enseignants sont payés à des tarifs souvent ridicules, pour un travail qui grugera leurs soirées et leurs fins de semaine.
Dans ces conditions,  il est difficile d’avoir des professeurs qualifiés et expérimentés. Les vérifications des dossiers judiciaires, des références soumises et les entrevues prennent beaucoup de temps, et c’est parfois sur cet aspect qu’on fait les coins ronds. Un enseignant qui n’a pas réussi le test de français obligatoire pour être embauché dans une Commission scolaire, par exemple, pourra très bien se retrouver parmi le personnel de ces entreprises.

On peut donc comprendre que l’entreprise sérieuse qui fait un travail consciencieux aura du mal à compétitionner, puisqu’au bout du compte, elle fera une sélection plus rigoureuse, fidélisera son personnel avec des honoraires plus élevés, et devra donc facturer davantage aux parents. Ceux-ci, ne connaissant pas toujours tous les tenants et aboutissants de ce service, ne comparent ces entreprises entre elles qu’à partir de leurs tarifs. Ils ne demanderont que dans de très rares cas des références qu’ils pourraient vérifier eux-mêmes ou des preuves de la diplômation prétendue. Ils ont payé. Ils font confiance. Ils ont mandaté des personnes pour s’assurer de la qualité des services dispensés.  Je ne doute pas de la bonne foi de la plupart de ces personnes, mais la business étant ce qu’elle est, et la compétition de plus en plus forte, la tentation d’augmenter la marge des profits au détriment de la qualité se fera sentir, à plus ou moins long terme.
La rentabilité de l’entreprise en dépend.

Finalement, puisqu’on sait que la majorité de ces enseignants débutent dans la carrière et le font essentiellement pour boucler leur fin de mois, il y aurait lieu de leur fournir, au sein de l’entreprise, une formation continue, ou du moins des services de conseillers pédagogiques, ce qui est rarement le cas, vu les coûts que cela engendre et qui viendraient gruger, encore une fois, les profits.  Cette formation continue est à mes yeux primordiale, compte tenu que les élèves qui reçoivent ces services sont soit en échec, ou à risque de l’être dans une matière ou dans plusieurs d’entre elles.  Or, ce n’est pas le simple fait de répéter la matière, même individuellement, qui fera la différence.
D’autres de ces entreprises se spécialisent dans l’embauche d’enseignants à la retraite. On peut alors s’attendre à un enseignement dispensé de façon traditionnelle, basé sur des façons de transmettre les connaissances qui sont plus ou moins à jour.  C’est selon, et ça peut être très variable, il va sans dire.

Si l’élève n’apprend pas à apprendre, s’il ne connait pas les gestes mentaux nécessaires à sa réussite (voir à ce sujet l’excellent billet de Mila Ste-Anne) , faire encore davantage de ce qui ne fonctionne pas en classe, avec bien souvent les mêmes cahiers d’exercices,  n’avancera en rien sa capacité de faire des apprentissages durables. De plus, le fait que globalement, les enseignants, surtout les moins expérimentés, reconnaissent difficilement les signes d’un véritable trouble d’apprentissage qui pourrait causer les difficultés, persisteront à lui demander de travailler plus fort, d’étudier davantage et ne feront que retarder un diagnostic sans lequel on ne peut aider efficacement un élève à surmonter ses difficultés.

À suivre…

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Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
438 886-8141


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3 commentaires so far
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Un sujet d’importance que vous présentez ici, qui mérite une véritable analyse, profonde et rigoureuse. Les éléments que vous avancez pour le Québec ne sont guère éloignés de ce qui se passe dans l’hexagone.Encore et toujours se pose le problème de : qui fait quoi, comment, pourquoi, avec quelle formation, quels outils et pour quel ultime objectif ? Cette demande parentale est bien manifestement le révélateur du besoin, et même souvent de la détresse de familles qui ont besoin d’aide que les « services de l’éducation » ne leur apportent pas toujours et en tous lieux. Débat large et vaste que l’on ne peut esquiver tout particulièrement quand on a pour objectif, le vôtre, le mien, et celui de tant d’autres d’aider à APPRENDRE …

Bonne journée
Francis Ribano

Commentaire par Ribano Francis

Merci de votre commentaire, M. Ribano. Il sera intéressant de suivre le reste de ce dossier, puisque de mon côté, j’y vois des différences notables dont je ferai part dans un prochain billet.
Salutations !

Commentaire par mariellepotvin

Marielle, unfortunately in our case I have seen in the school files  » child receives services out of school » and she lost her priority for services within the system. By-the- way that is CHARETER OF RIGHTS vilation for those of you who have expertise that are uncontested.

Commentaire par anne perlo




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