Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


La vérité au sujet des entreprises de soutien scolaire.(4ème partie)
21 septembre 2010, 21:20
Filed under: ressources | Étiquettes: , ,

Un mal nécessaire?

On le sait, les devoirs constituent pour beaucoup de familles une véritable corvée. L’école continue de fonctionner comme à l’époque où les mamans attendaient leurs enfants à la maison, à 16h, avec des biscuits frais sortis du four.

La préoccupation majeure autour des devoirs est de faire un pont entre l’école et la maison. Soit. Il y a d’autres moyens d’assurer ce pont, mais l’école ne semble pas pouvoir se départir si facilement de ses traditions, même si la société, elle, a bien changé. 
J’ai  fait état de cette situation et de possibles moyens alternatifs pour informer les parents de ce que leur enfant fait et apprend (ou en quoi il a des difficultés) dans ce billet.   Parmi les commentaires qui ont suivi, on fait état que la répétition est nécessaire aux apprentissages. Je suis parfaitement d’accord.

Mais où est-il dit que cette pratique nécessaire à l’intégration d’une notion doit se faire à la maison, après une journée d’école ?  Si l’enseignante ne devait pas prendre tant de temps, en classe, pour gérer les devoirs (les donner, les expliquer, les corriger-habituellement en groupe, gérer ceux qui les ont fait-ou pas) ne resterait-il pas du temps de classe pour, justement, pratiquer la répétition de certaines notions ?  

Or, comme l’école continue d’adopter des façons de faire dépassées, le parent, débordé, demande de l’aide extérieure pour le seconder dans cette tâche.

Sentiment d’incompétence des parents devant une terminologie étrangère à ce qu’ils connaissent, dynamique familiale explosive, ou simplement par manque de temps ou d’énergie après la journée de travail, ils sont prêts à payer quelqu’un pour les aider dans cette tâche, comme on engage une femme de ménage.

S’il est vrai, cependant, que certains élèves ont besoin d’explications supplémentaires, ne serait-ce pas à son enseignante de lui en fournir?  Si elle n’avait pas de devoirs à corriger durant les récrés ou à l’heure du dîner, pourrait-elle garder le petit Philippe quelques minutes pour lui donner un complément d’explication ?

S’il est vrai, aussi, que certains élèves, malgré ce supplément d’explications n’accèderaient pas au succès, ne serait-ce pas  un indice d’un quelconque trouble d’apprentissage ?  Celui-ci ne sera possiblement pas dépisté par son enseignante ou par son tuteur. Il se retrouvera donc chez l’orthopédagogue, mais souvent après des années d’échecs. On n’aura qu’aggravé le problème. 

On l’a vu, ce secteur est encore dominé par le travail non déclaré. Pour le parent, donc, cette dépense ne peut être déduite de sa déclaration de revenu, ce qui ne fait qu’encourager ceux-ci à recourir aux services de personnes trouvées un peu partout, qui dispensent un enseignement de qualité très variable. Bien sûr, on y retrouve des perles, là n’est pas la question.

Et ailleurs ?

Mon lectorat à l’étranger  pourra nous fournir des informations complémentaires, mais mes recherches  m’ont permis  d’apprendre ceci : en France, un plan de Cohésion sociale, adopté au milieu des années ’90 fait en sorte que les familles sont incitées à déclarer les personnes qu’elles emploient à domicile. Les parents peuvent ainsi déduire de leurs déclaration de revenus 50% du salaire qu’ils versent aux professeurs particuliers de leurs enfants. On a donc trouvé ici une solution pour assurer la rentabilité de ces entreprises.

Reste que la qualité du service est un enjeu majeur. On ne pourra la contrôler qu’en règlementant ce marché. 
Le Ministère de l’Éducation semble bien indifférent à cette question
.
Se pourrait-il qu’en fermant les yeux sur celle-ci, il espère en retirer un quelconque bénéfice ?
  

Demain, 5ème et dernière partie:  Les alternatives possibles.

Vous avez une expérience à partager en lien avec ce sujet ? N’hésitez pas nous le faire connaître par le biais des commentaires. Merci !

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
438 886-8141

 

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5 commentaires so far
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Cette série d’articles devrait être publiée dans un quotidien et placardée sur toutes les publicités longeant l’autoroute ! Ainsi, plusieurs parents, profs et toute autre personne se sentant le moindrement responsable de la vie de nos enfants pourraient se rendre compte combien nous sommes endormis dans ce système scolaire…. merci Mme Potvin. Je suis entièrment d’accord avec vos principes et vos idéaux. J’appuie votre idée d’un encadrement des services en soutien scolaire mais je me dis que le Ministère n’est pas prêt tant que le contexte scolaire n’aura pris un autre virage.

Commentaire par Marlène Paquin

Endormis, vous dites? Il est parfois bien confortable de le rester. Puisque les parents engagent des enseignants pour pallier aux lacunes du système (les classes trop nombreuses,entre autres), il est beaucoup plus pratique pour le Ministère de garder les yeux fermés. Je ne sais pas. Mais je me pose la question. Je suis même allée jusqu’à rencontrer Mme Courchesne, il y a quelques années, pour lui faire part du problème. Comme réponse, je n’ai reçu que la recommandation de dénoncer, quand j’apprenais qu’un enseignant ne déclarait pas son revenu !!! Or, ce n’est pas dans mes intentions de chasser les sorcières. Je n’ai senti aucune préoccupation de sa part de creuser la situation un peu plus pour éventuellement faire en sorte qu’il en soit autrement. Comme si cela ne la concernait pas.
Bien triste.

Commentaire par mariellepotvin

Bonjour Marlène,
Alors, toujours intéressée de démarrer un service de tutorat? 😉

Commentaire par mariellepotvin

En France, la réduction fiscale de 50% accordée aux familles dans le cadre des emplois à domicile a conduit à la multiplication d’enseignes de soutien scolaire, dont l’objectif premier est la rentabilité et non l’apport pédagogique…

Une famille qui fait appel à une de ces sociétés devra généralement débourser des frais de dossier, des frais d’inscription, des frais de bilan pédagogique,…, plus un forfait de dix, vingt,…, heures de cours avant même de connaître le « professeur » qui se rendra à son domicile.

De nombreux reportages télévisés ont montré la piètre qualité du recrutement des intervenants (essentiellement des étudiants recrutés par des commerciaux), quand ce n’est pas l’ordre à ces mêmes étudiants de mentir aux familles en se prétendant enseignants en activité…

Quelques liens vers des reportages – il en existe d’autres qui pointent les mêmes dérives :

http://www.cours-de-maths-78.fr/blog/2009/01/envoye-special-france-2-soutien-scolaire/

http://www.cours-de-maths-78.fr/blog/2010/06/video-arnaque-au-soutien-scolaire/

Je vous laisse tirer les conclusions par vous-même.

Commentaire par Didier Kropp

Merci de cet apport très éclairant. Plus nous mettrons en commun nos expériences respectives, plus nous nous approcherons des solutions à proposer. À ce que je vois, nous n’avons pas encore trouvé de solutions miracles, que ce soit d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique.

Commentaire par mariellepotvin




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