Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Dis, tu veux jouer à l’ortho ?


Source de l’image : http://j.mp/bVFPc0

Trois cas, rien que cette semaine !!
C’est une véritable épidémie, on dirait. Les parents me téléphonent, me décrivent les symptômes, réclament un rendez-vous, pour aujourd’hui, évidemment !
C’est toujours pareil à cette période de l’année.

J’essaie de les rassurer, mais la situation semble si alarmante qu’ils semblent ne rien entendre de ce que je dis… Ils ont fait le tour. Ils sont bien informés. Ils ont parlé à l’enseignante de 1ère année, à la belle-soeur. Ils ont même cherché sur Internet !

Leur enfant est dyslexique. DYSLEXIQUE, je vous dis !!!  D’abord, il inverse certaines lettres et puis, il n’arrive pas, à cinq ans et demi, à lacer ses chaussures… Il a du mal à retenir les mots nouveaux et ne lit pas encore parfaitement.  Il sera en retard et peut-être même qu’il doublera … Son estime de lui en souffrira, c’est certain. En plus, il est gaucher.  Il perdra vite le goût de la lecture et deviendra sûrement un décrocheur. Comme s’il n’y en avait pas assez !!! Vous savez, son père a déjà eu des difficultés, et comme c’est héréditaire…

Madame, donnez-moi un rendez-vous. Je ne peux pas attendre qu’on le voit à l’école. Puis-je vous rencontrer ce samedi ?

Non seulement c’est complet, ce samedi, mais aussi, je passe en revue les indices qui lui font croire que son enfant est dyslexique.   Puis, voilà que le chat sort du sac: L’enseignante de première année ou de 2e, croyant bien faire, a suggéré que peut-être…

Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres.

La mère a alors une poussée d’angoisse, la fièvre de la culpabilité monte en flèche, elle essaie tous les cataplasmes, cherche la pilule, la petite granule ou l’antibiotique qui éloignera ce poison.
La panique, quoi !

Qu’une enseignante suggère à un parent de consulter en orthopédagogie, c’est bien, si elle a des doutes concernant le développement  d’un enfant, au niveau de ses apprentissages,
mais qu’elle suggère qu’il soit atteint de telle ou telle forme de trouble d’apprentissage constitue un manque d’éthique.
D’ailleurs, elles mettent souvent tout pêle-mêle, dans la catégorie de la dyslexie. Il existe pourtant de multiples autres troubles spécifiques d’apprentissage.
On va jusqu’à dire aux parents, des fois, que ce pourrait être « une petite dyslexie temporaire »…
C’est n’importe quoi!

Normal. Ce n’est pas leur profession. Le rôle de l’enseignant est de déterminer si oui ou non, l’enfant les inquiète et pour quelles raisons. C’est ici que s’arrête son expertise.
Il est désolant, j’en conviens, que rien de mieux ne soit fait pour préparer les enseignants à dépister les troubles d’apprentissage, lors de leur formation initiale.
C’est aujourd’hui que la Ministre Line Beauchamp entreprend une série de « Rencontres des partenaires« . Je me demande s’il en sera question… 
Quelqu’un pourrait lui dire que c’est important?

Souvent, j’accepte de rencontrer l’enfant, et avec le parent, nous faisons le tour de ses forces et de ses faiblesses. Nous décidons d’investiguer davantage qu’une fois sur quatre, environ.
Le plus souvent, le problème est présent, sous une forme ou une autre, mais n’est pas en lien avec une dyslexie.

Ce ne serait qu’un moindre mal si, d’autre part, de nombreux cas de dyspraxie, de dysphasie , de trouble de l’audition centrale ou des fonctions exécutives, entre autres,  seraient aussi référés. Mais les autres troubles font figure de parent pauvre, si on les compare à la popularité de la dyslexie. Ce terme est si galvaudé que même une inversion des lettres à boule entraîne des soupçons qui pointent vers
l’objet de cette épidémie.

Je vais vous dire.  Si votre enfant inverse les b-d-p-q , restez calme et dessinez, sur un carton a-b-c-d .

Placez-le devant lui et demandez-lui de lever les pouces, comme sur cette image:

Il aura forcément les pouces devant lui, avec la barre en haut et la boule à droite du b

Inversement, il aura la barre en haut et la boule à gauche du d

Vous  pourrez faire de même avec les pouces en bas.  m-n-o-p-q-r- s-t

Ça se règle en cinq minutes, ce genre de choses.

Contrairement à la dyslexie, qui dure toute la vie.


Marielle Potvin, orthopédagogue

marielle.potvin@gmail.com


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5 commentaires so far
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Marielle, voici un billet que j’aime vraiment beaucoup !! (tu avais peut-être même parié quelques sous que j’y réagirais…)

Depuis treize ans maintenant que je suis enseignante au secondaire. Depuis trois ans maintenant que je suis une maman jouant dans la cour des dys- (pas toutes, mais certaines…).

Je ne suis pas devenue une détectrice de dys- suite à mon expertise de maman. Mais j’ai appris à mieux comprendre l’élève. Et surtout, mieux comprendre les parents et savoir comment leur parler.

J’ai s-o-u-v-e-n-t entendu des conversations téléphoniques dans ma salle de prof. Des profs qui disaient à des parents de faire prescrire du Ritalin à leur enfant. Des profs qui n’appellent que quand ça va très mal. Des profs qui n’appliquent pas en classe les modalités du plan d’intervention. Et il y a des profs qui n’appellent tout simplement pas à la maison.

Cela tend heureusement à diminuer, au fil des rencontres de niveau que nous avons. Au fil des formations que certains prennent, contaminant par la suite leurs collègues.

Mais il reste quand même beaucoup de parents qui sont dans le déni ou pensent que leur enfant « est de même, on ne peut rien changer ».

Commentaire par Isabelle

Tout cela résulte d’un grand manque d’informations, d’un côté comme de l’autre.
S’il est normal que les parents, qui sont souvent dans un domaine tout à fait différent, n’y comprennent pas grand chose, l’enseignant a le devoir de s’informer et de faire les mises à jour que requiert sa profession. Vivement un Ordre professionnel, si vous voulez mon avis, qui s’assurerait que chaque enseignant puisse bénéficier d’une formation continue. Les premiers cours pourraient très bien porter sur la sensibilisation aux troubles d’apprentissage; le deuxième, malheureusement, devrait avoir pour sujet l’éthique professionnelle…

Commentaire par mariellepotvin

Que voilà un beau billet ! Enseignants mal informés et/ou sans expérience, parents qui veulent un enfant performant autant que leur blackberry (sur lequel ils ont fait leur recherche pour savoir ce qu’est la dyslexie, mais ils ne sont malheureusement pas tombés sur ton blog..;-) est-ce qu’on a pris le temps de vraiment échanger avec le ti-loup en question ? et après tout « On ne peut pas faire pousser une petite fleur plus vite qu’elle peut… » est-ce que tout le monde DOIT être prêt à apprendre à lire en même temps ? Hum ! Là est la question, mon cher Watson ! …;-)

Commentaire par Marlène

Merci! Merci! Merci!

Je vais lire, relire, partager et repartager.

Commentaire par mamanbooh

Tout le plaisir est pour moi … 😉

Commentaire par mariellepotvin




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