Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


La Déséducation Les directions d’écoles
25 novembre 2010, 15:40
Filed under: ambiance | Mots-clefs: ,

Le désormais démasqué Mathieu Côté-Desjardins en a commis un autre…
Cette fois, il nous amène à réfléchir sur le rôle des directions d’école en tant que leaders pédagogiques et soutien aux enseignants.
En regardant cette nouvelle vidéo,  certains souvenirs me sont revenus en  mémoire et avec eux, l’envie de les partager.
Il s’agit d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître…

En ce temps jadis, le rôle du ¨principal de l’école » était d’assurer la discipline dans  son établissement;  je me souviens, entre autres, d’un certain Monsieur Thétrault, du temps où Longueuil s’appelait Ville Jacques-Cartier.

Tous les vendredis, au retour du dîner, toute l’école était convoquée au gymnase pour le « Salut au drapeau ». Durant cette cérémonie, le directeur faisait les cent pas sur l’estrade en nous parlant des événements marquants de la semaine. Nos enseignantes, pendant ce temps, se tenaient à la droite du rang, toutes au garde à vous.

Avait-il reçu un appel d’un parent qui était au désespoir face au comportement de son enfant, un élève avait-il eu un accident, qu’il nous en faisait part dans les détails, tout cela, sans micro et devant toutes les classes alignées en rangs par ordre de grandeur, de la première année A jusqu’à la septième année B.
Certains s’étaient-ils chamaillés, que toute l’école en entendait parler, sans que jamais leurs noms ne soient prononcés. Ils étaient néanmoins couverts de honte, et tous savaient le châtiment qui leur avait été réservé.

Parfois, il s’agissait au contraire d’un honneur, et l’élève à qui il était décerné avait l’insigne privilège de monter sur l’estrade aux côtés de ce personnage que d’aucuns  craignaient mais que tous vénéraient. Il avait plus ou moins droit de vie ou de mort sur chacun de nous.

Ça pouvait durer comme ça une bonne demi-heure, sans qu’on entende une mouche voler. Si, d’occasion, un éternuement se faisait entendre, trois cent vingt quatre têtes se retournaient en signe de désapprobation…  Faut-il ajouter qu’il était un orateur hors pair, ce monsieur Thétrault.

Il nous faisait part de la vie de l’école et de celle de l’église d’à côté, qui y était intimement liée.   M. Le Curé venait parfois nous visiter, à cette occasion, nous informant du nombre de petits chinois vendus (c’est une longue histoire, mais pour 5 sous, il paraît qu’on pouvait en sauver un…),  de l’importance de se confesser avant la Première et toutes les autres communions qui suivraient.   Ah, si ce confessionnal pouvait parler, il dévoilerait tous les mensonges qu’on lui a conté!!

Quand, reprenant la parole, M. Le Principal nous exhortait à obéir à nos parents et à nos enseignantes, on croyait bien que ces mots provenaient directement du « Bon Dieu ».  Avec la peur qui s’y rattachait. Comme la fois où il nous avait confié qu’un élève de l’école avait visité une maison en construction et qu’un tuyau lui avait traversé le thorax quand il était tombé… C’était donc ça, l’hélicoptère qui avait survolé nos toits quelques jours auparavant.  Il était à Ste-Justine.  Allait-il s’en sortir?  Seulement si on priait pour lui et que par dessus tout, nos agissements étaient sans reproches en classe… Imaginez, à sept ou huit ans, se faire dire des affaires de même!!

Je n’ai jamais entendu dire que des parents avaient reçu un appel de M. Le Directeur. Si d’aventure c’était le cas, l’enfant, jamais ne s’en vantera. C’était l’époque où le moindre signe d’insubordination était puni en double à la maison.

Flanqué du drapeau canadien, il aura bien essayé d’influencer notre fibre patriotique, mais quand nous entonnions en chœur le Ô Canada, si je ressentais une grande joie, c’est que je savais que la cérémonie tirait à sa fin.  Il nous invitait à la prudence dans nos jeux, à être obéissant et studieux, et à la crainte de Dieu, n’hésitant pas à brandir le crucifix pour appuyer ses dires.
Puis, une classe à la fois, on finissait toujours par se retrancher dans nos locaux, en rangs et en silence. Les classes des filles, puis les classes des gars. Pendant qu’on faisait ensuite le ménage de nos pupitres et de notre classe, on avait tout le loisir de méditer les bonnes paroles de ce monsieur, qu’on ne reverrait plus jusqu’au vendredi suivant,
sauf en cas de force majeure. Comme le jour où il s’est pointé à la porte de notre classe, en plein cours de bienséance.
Il était accompagné d’une fillette de notre âge qui s’appelait Solange. Elle souffrait d’une quelconque malformation, et portait aux pieds des chaussures orthopédiques. Nous ne l’avons pas connue beaucoup.   M. Le Principal nous a tellement averti, ce matin là, de ne jamais au grand jamais se moquer de cette enfant que personne n’a osé lui parler du reste de l’année.

Comme vous verrez, les temps ont bien changé.  Vraiment ?

Je vous laisse regarder…

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com

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