Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Souper de famille
27 décembre 2010, 22:05
Filed under: MELS, persévérance scolaire | Étiquettes: , ,

Le lundi 20 décembre dernier, je prends connaissance de cette initiative, entre mille et une choses à faire avant Noël.

Pas le temps de m’y attarder, mais l’occasion d’y revenir s’est présentée d’elle-même quelques jours plus tard…

Julien a toujours, au primaire comme au secondaire, super bien réussi dans ses études.Curieux, allumé, comme on dit. Il s’intéresse à tout. Il m’avait captivé, l’an passé, par sa description de ce qu’est la médecine nucléaire, technique à laquelle il était alors inscrit au cégep. J’avais très hâte de savoir où il en était rendu dans ses études, mais, en réponse à ma question, il m’annonce qu’il n’y est plus.

Ses plus belles expériences de vie,  c’est en tant que moniteur en colonie de vacances, qu’il les a connues. Quand il faut se donner sans relâche pour un groupe d’enfants, être à la fois la référence, le coach, le parent substitut et l’ami.  Un bien beau potentiel, en tous cas. C’est pas parce que c’est mon neveu, mais…  C’est quelqu’un de très bien 😉

Toujours est-il que je lui parle de cette dernière tentative, faites par le Ministère de L’Éducation, du Loisir et du Sport. Il en avait vu la publicité lui aussi, à la télé, sur RDS.

On a bien rigolé, tous les deux. Voyez-vous, sur le site en question, on trouve quelques arguments semblables à celui-ci:

« Tu n’y as peut-être jamais pensé, mais les filles, elles, sont à l’école. Donc, si tu veux avoir plus de chances de rencontrer ta future blonde, tu ferais mieux de t’asseoir sur le banc d’école à côté d’elle. »

Sa blonde, Julien l’avait bien collée sur lui… Normal, avec ses deux p’tites jobs, il a les moyens de sortir un peu plus que quand il était étudiant à temps plein.
Ma tante, qu’il me dit, je pense que je vais attendre encore un peu avant de raccrocher. Parti comme c’est là, avant longtemps, ils vont nous offrir la bière, en plus ;-)))

Je me tapais sur les cuisses, c’est pas mêlant !  Des fois, comme ça, on rit même si c’est pas drôle. Parce que là, ça l’est pas pantoute.

Quand ce n’est pas Jean Charest qui,  le mois passé, exhortait les parents à veiller tous les jours  aux études de leurs enfants, avant d’ajouter: «Je sais que ça ne se fait pas assez.» Ben non. Comme dans le fameux message, vous savez, où le prof explique l’équation gagnante, je ne sais trop, qui enchaîne sur une scène où un père s’enquiert des résultats de son fils.
Charmante image, tant que ça va bien.

Mais comme le mentionne  Rima Elkouri, dans un percutant article publié dans La Presse, dont je cite un extrait :
« Parlez-en à tous ces parents d’élèves en difficulté, à bout de souffle à force de se battre contre le système pour obtenir des services adéquats. Parlez-en aussi à tous ceux qui n’ont pas les moyens de se battre et dont les enfants finissent par tout abandonner faute de soutien… »

Faisons le calcul:
Si les élèves en difficultés d’apprentissage, ayant ou pouvant obtenir un diagnostic, se chiffrent autour de 10%, et qu’on y ajoute un autre 10% d’élèves qu’on appelle « à risque », auxquels on offrirait, selon les besoins, des mesures préventives et correctives adéquates, mettons qu’on permettrait alors à la moitié, seulement la moitié, de réussir.  Ce serait déjà ça de pris.

Mais plutôt que de s’attaquer à ces véritables besoins, le Ministère nous démontre, par une autre de ces campagnes de publicité à la gomme, son ignorance de la situation réelle.  Sans compter qu’il fait un bien mauvais calcul.

M. Égide Royer, spécialiste en la matière, commente d’ailleurs la sortie de cette campagne publicitaire et semble se désoler, lui aussi, de cet autre coup d’épée dans l’eau. Il en fait l’analyse et relève avec brio ce qu’elle a  d’incongru.

Mais revenons à Julien. Pour l’instant, il se cherche, et j’ai confiance qu’il va trouver.

Son séjour au cégep lui laisse cependant certains souvenirs décevants. Quand, entre autres, il rencontrait un enseignant « éteignoir » qui, devant ses questions, lui répondait qu’il n’aurait pas besoin de connaître toutes ces réponses. Quand l’odeur du moindre effort flottait autant dans les classes que dans les locaux des enseignants.

Il a passé plusieurs semaines à tenter de s’accrocher. Il a glissé lentement sur la pente, sans que personne ne l’importune le moindrement.

Bien sûr, il est encore temps. Il pourra raccrocher. Mais il sait maintenant à quoi s’en tenir.

Ce n’est pas à l’école qu’il pourra acquérir autre chose qu’un bout de papier. Le plaisir d’apprendre, ce n’est pas là qu’il le connaîtra. Les connaissances qui l’intéressent, ce n’est pas là qu’il les fera. C’est dans la vraie vie. On ne pourra pas le leurrer, car il l’a compris, les apprentissages qu’on lui impose de faire n’ont que peu de liens avec celle-ci.

Il aurait eu besoin de trouver un sens à ce qu’on lui demandait d’apprendre.

Peut-être y en avait-il un, mais on a oublié de lui montrer. On a omis de l’aider à faire des liens entre les matières disparates, apparemment toutes indépendantes les unes des autres, qu’il devait assimiler. Quand il a voulu comprendre, personne n’était au rendez-vous.

Si le Ministère croit pouvoir éviter la remise en question du système actuel ou avoir trouvé les solutions au problème du décrochage  avec ce qu’on trouve sur  jefinis.com , moi,  jesuisbiendécouragée.com.

Mise à jour du 3 janvier 2011:  Je viens de prendre connaissance de ce beau papier de Jean-Simon Gagné, dans le Soleil.
Je l’ajoute ici, en complément.  Bien dit, M. Gagné! 

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com

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2 commentaires so far
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Si chacun des profs cessait d’être un technicien de l’éducation et devenait un enseignant à l’écoute des enfants, à l’affût des intérêts des enfants pour accrocher la matière sur ce qui intéresse les enfants, déjà on irait loin!

J’ai dévoré un livre de la Chenelière pendant mes premières journées de vacances (Être prof, moi j’aime ça!) et c’est exactement ça: savoir son programme et savoir comment greffer les apprentissages à réaliser aux éléments apportés par les enfants pour les amener plus loin.

Les manuels sont beaux, colorés mais nous enferment dans des carcans plutôt que d’être des supports aux apprentissages.

Commentaire par Émilie

On touche ici une évidente incohérence du système. On prétend que l’élève est au centre des apprentissages. Allons donc! On enseigne à partir de ce que les maisons d’éditions ont choisi de nous faire enseigner.Pas moins et pas plus. Et surtout pas autre chose…

Commentaire par mariellepotvin




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