Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Allez donc savoir…
2 mars 2011, 23:27
Filed under: Non classé | Étiquettes: , ,

C’est pas grave, je les achète au Costco… 
Une montagne de papiers-mouchoirs chiffonés s’accumule près d’elle. Encore bouleversée par sa rencontre d’hier avec la direction de l’école de son fils, elle me raconte en pleurant son parcours du combattante  . Elle ne voit pas la fin de ce chemin, qui a commencé quand le petit avait quatre ans.

Je vous le raconterais ici que vous diriez que j’en invente, tant c’est invraisemblable. Alors je vous en conte juste quelques petits bouts…

À quatre ans, donc, le petit reçoit un diagnostic de déficience auditive modérée. Il est appareillé en fonction de son état et il est inscrit en maternelle quatre ans, dans une classe spéciale pour élèves malentendants.  Tout se passe bien, le personnel est formé à ses besoins et il va même au camp de jour durant l’été avec ses nouveaux amis.

Maternelle cinq ans, pas de problèmes.  Tout le monde aime Julien et il leur rend bien. 

La maman me montre les travaux qu’il faisait cette année-là et croyez-moi, c’était digne d’un enfant de son âge, malentendant ou pas. Il est fier de lui, et ses parents aussi. Ils rament tous très fort pour concilier travail, école, suivis en audiologie, en orthophonie et en psychologie, question de lui donner toutes les chances de réussir et d’accepter son handicap.

En première, voilà qu’il tombe sur une, enfin, ce que j’appelle une vieille grébiche. Pour en dresser un portrait rapide, disons qu’elle arrive enragée le matin et qu’elle repart de très mauvaise humeur. Entre-temps, elle a le goût de tirer sur tout ce qui bouge.   Vous vous en faites une image ? Voilà. Exactement comme celle-là. Peut-être même pire…

 Les notes de Julien sont en chute libre, autant que son estime de lui.  Il devient nerveux, agité.
Cette enseignante recommande la prise de psychostimulant pour Julien. Les parents consultent en pédiatrie, le processus suit son cours et il prend la médication de mars à juin, avec des effets secondaires terribles, au niveau de la perte d’appétit et de sommeil. Il maigrit de plusieurs kilos en quelques mois et en accord avec le pédiatre, les parents cessent de donner la médication. 

 Comme on s’en doute, il répète sa 1ère année.

 Dès la première rencontre, elle avise les parents. C’est sa première année d’enseignement, et les troubles auditifs, elle n’y connait rien. Elle apprendra, qu’elle dit.
Insécure, cette nouvelle enseignante fonctionne  de façon rigide et ne tient pas compte du rythme d’apprentissage des élèves. 
Une année d’enfer, vous dirait la maman. Un congé-maladie de la nouvelle enseignante suivi d’un congé maternité de la remplaçante, puis par deux autres enseignantes. Tout ça, avant la fin de cette même année.    

 Je passe plusieurs autres détails pour vous dire que tout à coup, en deuxième, on observe beaucoup d’améliorations. Tout est mieux et plus facile, on dirait.
Je regarde les travaux de cette année-là, que la maman me montre avec fierté. Les petits mots d’encouragements et les bravos ont enfin pris la place du rouge rageur des dernières années.  Cette enseignante propose même une intégration en troisième régulière, pour l’an prochain. Le soleil après la pluie, comme on dit.

 Mais voilà que se glissent des grains de sable dans l’engrenage. La direction de son école refuse qu’il soit intégré en classe régulière.
Les parents font appel au Protecteur de l’élève de sa commission scolaire.  Ici, je vais faire une parenthèse pour écrire que celle-là, je ne l’ai jamais comprise.

Selon mes recherches, il n’est pas un employé de la Commission scolaire. Il relève, dit-on, du Conseil des Commissaires. Mais dites-moi, qui donc paye son salaire?
Sur quels critères est-il désigné? Est-il si impartial qu’on le prétend?  Ses mains sont-elles liées à celles qui le nourrit?  Allez donc savoir !

Toujours est-il que ce Protecteur ne peut transgresser une décision prise ici par la direction d’une école, semble-t-il. Les motifs invoqués sont acceptés, puisque la direction affirme ne pas avoir les services nécessaires pour favoriser l’intégration de Julien.

Si je comprends bien,  plutôt que les services soient centrés sur les besoins de l’élève, c’est l’inverse qui se produit, non? 
L’élève a pourtant les acquis d’une fin 2ème année.

 Comme le processus décisionnel est très long, Julien est entre-temps inscrit en 3ème année, toujours en classe spéciale.  Son enseignante a des élèves de 1ère, 2ème et 3ème, avec différents handicaps sensoriels.  Elle partage son horaire à trois jours/deux jours, avec une autre enseignante.

 C’est cette année-là que j’ai rencontré Julien. Il n’apportait jamais rien à la maison et il était bien difficile de savoir ce qu’il apprenait en classe. Évidemment, il fallait utiliser des moyens très visuels pour l’aider à comprendre certains concepts, mais le TBI a fait merveille. 
 
Je m’informe cependant de ce qu’il en est du plan d’intervention en milieu scolaire.  À ce moment, la mère de Julien n’avait jamais entendu parler de ce document.
Quand elle questionne la direction à ce sujet, celle-ci dit qu’elle en fait un, mais avec l’enseignante seulement. Ben voyons, pas de plan d’intervention !

 On vient d’apprendre à la maman que son fils répétera possiblement sa 3ème année. 

 Elle se pose beaucoup de questions.

 A-t-elle raison? 

 Allez donc savoir…

Faudrait pas, mais des fois, je me demande s’ils vendent des briques, au Costco.


Marielle Potvin, orthopédagogue
 

 

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11 commentaires so far
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On devrait toujours pouvoir se plaindre d’une direction, ou d’un enseignant, qui ne s’occupe pas des besoins des élèves en priorité. Maudite administration, ça prend toute la place. Exit didactique, pédagogie, temps de qualité, chaleur humaine, développement intégral.

Merci de partager cette histoire avec nous, même si c’est enrageant.
Il est chanceux le petit d’avoir une mère aussi dévouée. Et maintenant il t’a toi!
Bravo.
Marc-André Caron

Commentaire par Marc-André Caron

En fait, je ne suis pas prête à dire que cette famille est chanceuse. Le petit est plutôt grand pour son âge. Reprendre une 3ème année, avec tout ce que cela implique à long terme, n’est peut-être pas une bonne idée…Sa motivation est en chute libre, depuis qu’il a appris la nouvelle. La mère, épuisée, tend maintenant à regarder vers le privé (secteur de l’adaptation scolaire). Vous connaissez des ressources qui pourraient les aider? Merci de nous en faire part.

Commentaire par mariellepotvin

Ça me met hors de moi des situations comme celles-là… j’aimerais bien que tous les profs comprennent que la réussite des élèves en difficulté d’apprentissage dépend de leur façon d’enseigner, de communiquer avec les parents. C’est à eux de donner les stratégies appropriées.

Commentaire par Isabelle

la réalité est bien loin de ce qu’elle devrait être, dans certains cas. ;-(

Commentaire par mariellepotvin

Voilà une situation typique de ce que vivent plusieurs parents d’enfants en difficulté un peu partout au Québec… Le système basé par échelon de paperasserie ainsi qu’un milieu éducatif malmené font qu’on a encore oublié l’ultime raison de notre présence en classe: les enfants.
Heureusement pour Julien, sa mère le soutient et ils sont tombés sur une personne extraordinaire: Marielle Potvin! Bonne chance au nouveau trio!

Commentaire par Marlene Paquin

Merci Marlène. Dans un monde idéal,cependant, je pourrais me consacrer à temps plein à la formation des enseignants et des orthopédagogues. Ces petits n’auraient pas besoin de moi. Ça peut paraitre curieux que je dise ça, mais c’est pourtant vrai !

Commentaire par mariellepotvin

Bonjour

Sur le site de la cs des Draveurs il y a un onglet pour le protecteur de l’élève… les informations sont abondantes…

TBI? puis-je savoir la référence svp…

au plaisir

Diane

Commentaire par Diane

Merci beaucoup pour les infos concernant le protecteur de l’élève… Je n’ai pas encore lu tout ce qui y est indiqué, mais je le ferai.
En ce qui concerne le TBI, il s’agit du Tableau Blanc Interactif: http://bit.ly/c9Xtri

Full visuel, comme dirait Julien 😉

Commentaire par mariellepotvin

Ça m’attriste… ou me fâche, plutôt. Le cas de Julien est triste lui aussi, mais ce n’est pas ce dont je parle. Je commente le cas du Protecteur des élèves.

En effet le Protecteur des élèves (depuis la loi 88, qui a mis beaucoup de temps à se faire appliquer, preuve du jemenfoutisme) est nommé par le Conseil des Commissaires et n’a aucun pouvoir. Par exemple, si je crois que mes droits ne sont pas respectés à l’école, je peux me plaindre à ma direction, puis à la direction générale de l’école, puis à la direction générale de la Commission scolaire, puis au Protecteur des élèves… mais attention, il ne peut pas prendre de décision, il a comme unique droit d’étudier le cas et d’aller le présenter au Conseil des Commissaires, avec ses suggestions. C’est finalement eux qui prennent la décision.

Comprenons ici que tout est fait pour éviter de déranger ce dernier échelon… Qui est assez tenace pour ça? Juste pour dire, la dame qui est Protectrice à ma Commission scolaire est à temps partiel (et moins encore, je dirais plus occasionnel!). Ses coordonnées sont censées être clairement indiquées sur le site de la CS, et pourtant, voyez par vous-même, je ne trouve pas la mention nulle part : http://www.csdecou.qc.ca/fr ! Le seul truc que j’ai déniché, c’est ce PDF trouvable via Google (n’essayez pas autrement, je doute que vous puissiez!), qui explique la procédure : http://is.gd/9dHJIJ .

La loi 88 était une erreur, en réalité : pour ajouter de la bureaucratie, rien de mieux que ça! On y a ajouté un nanane, et c’est ce que les médias (donc le peuple) ont vu… une illusion, au fond, on le remarque bien. Ce qu’il faudrait vraiment? Déjà, un vrai ombudsman qui représenterait la clientèle, ce serait pas pire. Pour aller plus loin, un comité jeunesse! Oui oui : pleins de groupes d’influence tournent autour des décideurs (trois syndicats, des comités de parents, un comité de parents EHDAA, les directions, les Conseils d’établissement…), mais aucun qui ne représente la clientèle directe! Une entité de jeunes représentants de chaque école, pas nécessairement pour aller au bat pour un cas en particulier, mais bien pour exiger et conseiller en général. (Certains pensent que les Conseils étudiants font déjà ça… hahaha! Voyons donc, ça fait des années que, pour ne plus les avoir dans leurs jambes, ils les ont chargés d’organiser des activités qui sont très prenantes en temps et en énergie…)

Maudite merde, tout ça… merci Marielle de m’avoir donné un prétexte de tout sortir ça de ma tête. Ma Relâche aura un nuage de moins!

Commentaire par Félix GG

Ben ça alors! Mon pressentiment s’avère donc exact. Me semblait bien que c’était plus ou moins de la frime. Les parents qui ont utilisé ce recours ont tous, à ma connaissance, été déboutés.
Je poursuis mes recherches. Tiens, ça me donne une idée… Je vais en glisser un mot à la Coalition pour l’avenir du Québec.
Juste pour voir.
Merci Félix 😉

Commentaire par mariellepotvin

Surement à cause du lien Is.gd… souvent utilisé pour spammer! J’ai aussi publié mon commentaire directement sur mon blogue : http://felixgg.qc.ca/blogue/2011/03/516/ 🙂

Commentaire par Félix GG




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