Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Universels et intemporels paternels
18 juin 2011, 23:01
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Je l’avais mis de côté. En cette Fête des Pères, je ressors ce texte de Philippe Watrelot, qui m’avait bien fait sourire au moment où j’en avais fait la lecture.

Tellement universel, comme conversation. Le genre que j’aurais sûrement tenu avec mon père, à la table de ce dimanche, s’il était encore parmi nous.

Permettez que je vous en fasse part…

Conversation avec mon père

Jeudi dernier (le 8 septembre), mon père, 71 ans, me laisse un mot sur mon répondeur « salut mon grand (c’est moi, son grand…). Je viens de voir un type à la télé ce matin  et je voulais savoir ce que t’en penses. Son livre, ça s’appelle « la fabrique du crétin », ou quelque chose comme ça… Moi j’ai trouvé ça intéressant ce qu’il raconte. « 

Rentré de cours, je le rappelle en fin d’après midi

Moi (méfiant) :  salut papa,  alors t’as vu quoi à la télé ?

Lui : Bien c’est un prof qui s’appelle Brighelli et qui était interviewé ce matin sur France 2 aux quatre vérités. Il a écrit un bouquin sur l’école où il dit qu’elle fabrique aujourd’hui des crétins et que le niveau baisse. J’étais assez d’accord avec ce qu’il dit c’est pour ça que je voudrais savoir ce que tu en penses, toi qui travaille dans la pédagogie (sic)

Moi : je n’ai pas lu ce livre mais j’en ai entendu parler. En revanche, je connais un peu ce prof car il a été au lycée de Montgeron quand j’y étais. Je n’en garde pas un bon souvenir. Humainement ce n’est pas quelqu’un de très sympathique et j’ai le souvenir de quelqu’un qui méprisait les élèves.
Pour moi c’est un critère rédhibitoire. Alors ça ne me donne pas un a priori très favorable.

Mon père : Oui d’accord mais sur ce qu’il dit. Tu vas pas me dire que
l’école va bien quand même. Et le niveau ? Tu crois pas que le niveau baisse ?

Moi (remonté comme une pendule) : écoute Papa, pour aller vite c’est simple.
Si tu veux comprendre les idées du CRAP tu prends l’exact contrepied de ce que dit ce triste sire. Sur le niveau, je te rappelle que c’est un discours vieux comme le monde. On peut trouver des grecs et des romains qui se lamentaient déjà de la baisse du niveau…

Si c’est ça, on doit avoir touché le fond depuis très longtemps !
Quand on regarde les évaluations, on s’aperçoit que ce n’est pas aussi simple. Les compétences des élèves d’aujourd’hui sont différentes et sur bien des points supérieures à autrefois. En plus il faut tenir compte du fait que l’on scolarise plus d’élèves qu’autrefois.

Mon père : peut-être mais moi j’ai quitté l’école à 14 ans et je ne fais pas de fautes d’orthographe !

Moi : peut-être en effet, pour l’orthographe. Mais quand on regarde ce qu’on demande aux élèves d’aujourd’hui (argumenter, comparer, faire preuve d’imagination, etc…) on voit bien aussi que les compétences sont plus grandes sur d’autres points.

Mon père : et l’autorité ? T’en fais quoi de l’autorité ? Les élèves
aujourd’hui ne respectent plus les profs! On n’ose plus sanctionner.

Moi : La société a changé. On ne peut plus aujourd’hui être dans le même mode de relation avec les jeunes  qu’autrefois. Et d’ailleurs est-ce que tu acceptais cet autoritarisme de ton époque?  Toi même, est-ce que tu te comportes comme ça avec tes petits enfants ?

Il faut réinventer l’autorité (sur la négociation, la coopération,…) pas la « restaurer ». Toi qui es de gauche, comment tu peux accepter un tel discours réactionnaire ?
Quant aux sanctions, il n’y en a malheureusement jamais eu autant. Tu ne lis pas ma revue de presse ?

Mon père : Et est-ce que tu penses qu’on peut enseigner à tout le monde ? On voit bien qu’il y a des élèves qui ne sont pas faits pour l’école… L’élève au centre, pour eux ça ne marche pas : on ne peut pas leur demander de découvrir tout seul ce qu’on ferait mieux de leur enseigner…

Moi : Ce que tu viens de dire c’est ce que dit Brighelli ?

Mon père : ben oui, c’est ce que j’ai compris. Il n’a pas l’air de beaucoup aimer les pédagogistes.

Moi (de plus en plus énervé et attristé) :  Si tu veux énerver un pédagogue, traite le de « pédagogiste » ! De toutes façons, ça ne m’étonne pas de quelqu’un qui était invité à l’université d’été de « Sauver les lettres ».

Tu te rends compte de tout ce qu’il y a derrière ces propos : l’idée
d’inégalité naturelle, la résignation plutôt que l’action. C’est proprement réactionnaire et vraiment loin de tes propres idées…

Moi, je crois – et c’est un principe qui guide mon action (comme on disait aux Cemea) –  à l’éducabilité. Tout être humain a la capacité de progresser et d’apprendre s’il en a le désir et si on lui en donne les moyens.

La pédagogie ce n’est certainement pas mettre l’élève au centre et le
laisser se démerder. C’est créer les conditions de l’apprentissage :
susciter le désir d’apprendre et lui donner les moyens d’y parvenir. Parce qu’on apprend mieux quand est actif et encore plus acteur dans la construction de son savoir. Tout l’inverse de ce que dit Brighelli !

Mon père (un peu secoué par ce flot de paroles et par ma véhémence) :
Peut-être bien mais n’empêche que c’est lui qui passe à la télé et qui a écrit un bouquin !

T’as qu’à en écrire un de bouquin toi aussi !!!

Je n’ai pas su quoi répondre…

Publié par Philippe Watrelot, le jeudi, 15 septembre 2005

Vous voyez? Tellement universel et intemporel…
Le mieux, bien sûr, sera de prendre ça avec un grain de sel!

Marielle Potvin, orthopédagogue

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