Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Matières à réflexion
15 décembre 2010, 00:10
Filed under: discipline scolaire, influences | Étiquettes: ,

Viennent de paraître, les séquences complémentaires du 6e webisode de La Déséducation:

De quoi alimenter de bonnes discussions …

N’hésitez pas à laisser vos commentaires.  Il serait bien intéressant d’échanger sur le sujet. Il fait justement référence à un billet que j’ai publié sur ce blogue, tout récemment.

Bonnes réflexions !

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com

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By the book
12 octobre 2009, 20:41
Filed under: discipline scolaire, influences, une école pour la vie

policier_dos_2
Il est de ces situations, en éducation comme en tout autre domaine, où le discernement pourrait régner davantage. Le problème, avec certains événements, est qu’on a tellement peur de créer un précédent, que de différencier nos interventions ressemble à un défi impossible à relever…

C’était un  froid matin de  novembre. Les élèves de cette école primaire avaient commencé à jouer au hockey durant les récrés. Olivier était le gardien de but de notre classe.
Il était un jeune garçon de 3ème année, atteint d’un trouble neurologique affectant grandement sa capacité à écrire. Depuis septembre, je m’étais attachée  à cet élève.  Je voyais qu’il faisait de son mieux, même si  certains jours, l ‘intérieur de ses mains devenait si couvert d’eczema qu’ écrire devenait très difficile.  C »était encore pire quand il ne les protégeait pas du froid, ou quand il était très stressé .

J’avais une entente avec sa mère concernant les travaux à faire à la maison. Elle lui faisait construire des phrases à l’oral et les écrivait pour lui, entre autres moyens. Je n’y voyais aucun problème et nous entourions Olivier de notre belle complicité. 

Au retour de la récré,  Olivier s’est présenté en classe le dernier,  les larmes aux yeux, tenant ce qu’on appelait alors un billet de contravention. Il avait peut-être tardé à rentrer après le son de la cloche, me dis-je. C’était sa première contravention de l’année.  J’en pris connaissance et je m’empressai de le rassurer. T’en fais pas, ça va s’arranger. Je vais parler à Mme Monique et on va ajuster tout ça…

Mme Monique lui avait donné cette contravention parce qu’après être sorti sur la cour, il s’est empressé de retourner dans l’école y chercher ses gants. L’équipe l’attendait, il n’a fait ni un ni deux (les minutes sont précieuses, à la récré)  et est ressorti quelques minutes plus tard en arborant ses gants de gardien.  Mais l’enseignante qui surveillait sur la cour ne l’a pas vu du même oeil. Olivier était entré dans l’école sans permission, ce qui lui méritait une copie X 10 du règlement. Pour le lendemain. 

Il me fallait prendre une décision. Je n’avais pas revu Mme Monique cette journée-là, alors j’ai écrit dans l’agenda d’Olivier qu’entre 3 et 5 fois conviendrait, pour la copie. 

Or, être solidaire dans l’application des règlements fait partie des obligations, dans une école.  Quand Olivier a remis la copie incomplète à Mme Monique, le lendemain, celle-ci l’a doublée. J’ai profité de la pause suivante pour aller la voir, convaincue qu’on en arriverait facilement à une entente. Nenni !   Ton élève connait le règlement comme tout le monde, me dit-elle.  C’est vrai, et il l’avait enfreint.
Mais on pourrait peut-être ajuster la conséquence, vu que… 
Pas question. Ce serait injuste. On commencera pas à faire du cas par cas, et puis, me dit-elle, ce n’est pas de l’aider que de le surprotéger.

Très bien. Olivier se mit donc à la copie,  et comme il y avait rencontre de parents ce soir-là, c’est son frère  jumeau (qui était dans la classe de Mme Monique) qui a fait en grande partie la copie d’Olivier 😉    C’est pas terminé. Et c’est pas si drôle…   La mère d’Olivier a bien vu, par mes réponses qui, même si elles se voulaient diplomates, étaient trahies par l’expression de mon visage, que je n’endossais pas totalement la décision de ma collègue.  Et comme elle la rencontrait quelques minutes plus tard … elle lui a fait savoir ce qu’elle en pensait aussi.

J’ai eu droit à la montagne de sermon (ne dit-on pas sermon sur la montagne, enfin…) le lendemain.  J’avais trahi la loi de la soidarité. J’allais avoir droit à toute la gamme des représailles, et il faut savoir (et j’ose le dire)  qu’un groupe de femmes n’a pas son pareil quand il s’agit de faire comprendre une semblable leçon.

Et quand Mme Monique s’est aperçue que la copie venait… en deux copies…ben elle a pas trouvé mieux que de la…doubler. Pour le lendemain.
On parle ici de faire écrire un enfant de 8 ans durant près de deux heures,
comme conséquence à ce qui a été décrit plus haut.  Il l’a fait.  Je m’en sens encore coupable.

Et en tombant sur cet article, aujourd’hui, j’ai secrètement souhaité qu’Olivier ne soit pas devenu policier…

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181