Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


L’inaccessible livre
9 août 2009, 00:05
Filed under: Une fois c't'un élève... | Étiquettes: ,

C’était l’année de la parution des premiers romans de J.K. Rowling.  Il avait entendu dire que la bibliothèque de son école en avait reçu plusieurs exemplaires. Jean-Michel était en 3ème, vu son âge, mais était ce qu’on appelle un enfant doué.
Il savait bien que l’occasion se présenterait et qu’il pourrait enfin tourner la première page du fameux bouquin.

Le jour venu, tout se passa comme à l’habitude.  Au comptoir, cependant, la  maman bénévole refusa  d’enregistrer l’emprunt de Jean-Michel.  Ce livre ne fait pas partie de ceux que tu as le droit de prendre, lui dit-elle.

L’enseignante savait pourtant que Jean-Michel serait tout à fait capable d’apprécier cette lecture. Voyons voir, dit-elle.
Et Jean-Michel dut faire le test des cinq doigts. Il s’agit d’un  truc pour mesurer le degré de lisibilité d’un livre. L’élève  déposa donc sa main  ouverte au centre de l’ouvrage, de façon à ce que chaque doigt touche un mot.

Tu veux bien lire ce mot?  lui demanda-t-elle .
Propriétaire.   Tu en connais le sens ?      Jean-Michel expliqua.
De même pour les quatre autres mots:   manoir, champions, pouvoir et endurance.

En fait, il n’en aurait reconnu que quatre sur cinq que ça aurait fait l’affaire.

Pour ne pas faire d’histoires, l’enseignante enjoignit  donc Jean-Michel de trouver un autre livre, pour cette fois. Elle savait bien qu’elle pourrait, par quelque moyen, lui permettre de l’obtenir. Après tout, il avait réussi le test des cinq doigts !

Elle rencontra donc la bibliothécaire, en privé , mais celle-ci tenait mordicus à ce que les 3èmes empruntent les livres classés pour leur niveau seulement.
-Vous n’allez pas commencer à permettre aux élèves de prendre des livres dans les autres rayons , j’espère. C’est déjà assez compliqué de tout ranger…

-Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une maman bénévole, et qu’ il serait délicat de la contrarier… dit le directeur.

-Il aura bien le temps de le lire l’an prochain, d’ajouter certains professeurs.

J’aimerais bien vous dire que cette histoire a finalement connu un déroulement heureux, et que cette anecdote fut sans conséquences.

Mais je n’en suis pas si sûre.  Je me demande parfois si Jean-Michel, devenu grand,  lit encore aujourd’hui…

Certaines histoires sont faites pour endormir. D’autres pour se réveiller.

Marielle Potvin,  orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
438-886-8141

Publicités


Sagesse asiatique
8 août 2009, 23:21
Filed under: Une fois c't'un élève... | Étiquettes:

Bien sûr, je pourrais porter des bouchons aux oreilles. 
Tu as 16 fautes !
J’entends alors: faute, fautif, c’est mal, tu es coupable, un peu plus et tu iras en enfer ! 
Elle a de la misère; 
ben oui, en calvaire, la misère nouère, maudite affaire! 
Il est pas capable;
ben non, peut-être ne le sera-t-il jamais, après tout, à se faire dire des affaires de même…

Si, au départ, on entendait des félicitations pour avoir fait des erreurs, puisque ce sont celles-ci qui nous permettent d’apprendre;

Que la misère disparaîtrait de nos vies et serait remplacée par des difficultés, qu’après tout on peut surmonter;

Que le mot ‘encore’ viendrait se glisser entre pas et capable…
Me semble que ça donne de l’espoir, pas ENCORE capable.

Ne me dites pas que ce ne sont que des mots. Ce sont des armes  qui peuvent donner des ailes ou tuer dans l’oeuf les meilleures motivations.

C’est un élève asiatique qui m’a appris que dans sa culture, le concept d’ erreur et  d’opportunité sont exprimés par le même pictogramme.  Il y a donc quelque chose de culturel dans la façon d’aborder les erreurs. Au Québec, ça fait 374 ans cette année qu’on les aborde de la même façon…

On pourra pas rester encore longtemps la tête sous l’eau.

Marielle Potvin,  orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com