Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Caroline, Linda, Sylvie et les autres…

Lors du trajet de retour, je me suis demandée… Est-ce que j’ai oublié quelque chose d’important, est-ce que j’ai trop tenté de les influencer, est-ce que je leur ai donné suffisamment de pistes …

Cet examen de conscience faisait suite à une rencontre que j’ai eue cet après-midi avec une équipe-école de Asbestos.
Un aller simple qui dure deux heures et demie.  Faut vouloir…

Mais c’est ce que je veux.  Accompagner des enseignants, là où ils sont, à trouver leurs propres solutions.

Aujourd’hui, la rencontre portait sur l’épineuse question des devoirs et des leçons.
Ceux qui me lisent régulièrement savent ce que j’en pense.
J’ai essayé de ne pas trop le montrer, mais je ne suis pas certaine d’y être arrivée 😉

Toujours est-il qu’on a fait le tour, je pense. L’apprentissage,  l’évaluation,  la gestion du temps de classe, et j’en passe, tout a  été abordé. En une heure et demie, on ne peut que mettre la table, avec un sujet comme celui-là.  Par la suite, l’équipe va faire son bout, et fera les choix qui lui convient.

À la radio, Isabelle Maréchal échangeait avec Pauline Marois au sujet des mesures à mettre en place pour favoriser la réussite de nos jeunes. On parle de réduire le nombre d’élèves par classe; un ou deux, quelle différence ?  On parle d’embaucher plus de profs masculins, de hausser leur salaire, de les évaluer, d’ajouter plus de spécialistes dans les écoles et quoi encore… 
Des voeux pieux, si vous voulez mon avis. 

Les enseignants, pour se développer professionnellement, ont besoin  de beaucoup plus que ce dont ils disposent, présentement.
Ils ont besoin  d’une formation initiale plus solide que ce qu’ils recoivent . Celle-ci  ne les prépare pas assez bien à ce qui les attend. 
Ils tombent comme des mouches, dans le premier cinq ans.

Ils ont besoin  d’aide immédiate lorsqu’un problème survient. Pas dans trois mois quand finalement, leur demande de formation continue en lien avec tel ou tel sujet sera  dispensée lors d’une journée pédagogique, à la va-vite.

Une aide immédiate, sur mesure.  Des ressources à portée de main, ou d’un clic .
Avec Allô Prof, on fournit  cette aide aux enfants. Pourquoi pas aussi pour les grands?

 
Bon, me voilà  presque à la maison.

Nathalie, Line, Mélanie et toute l’équipe, je vous dis merci. 
Ce fut une bien belle journée 😉

Marielle Potvin, orthopédagogue

 

 

 

 



Triste jour.
14 octobre 2010, 20:05
Filed under: Non classé | Étiquettes: , ,

Je me suis levée ce matin en me rappelant qu’il y a un an, jour pour jour, j’écrivais ici un billet dont je suis encore satisfaite, contre vents et marées.

Je ne me doutais pas que quelques jours plus tard, un huissier sonnerait chez moi pour me remettre une mise en demeure, que je recevrais en étant fière de n’avoir pas eu peur et d’avoir osé écrire.

Ah, il en a suscité des réactions, c’est parfois ce qui arrive quand on ne fait pas dans la guimauve.

On aimerait croire qu’on peut faire confiance, que l’école donnera à nos enfants le minimum de services dont ils ont besoin pour leur réussite.

On aimerait croire…

On aimerait penser que ces services vont de soi, que tout est mis en œuvre pour apporter à chacun les meilleures chances.

On aimerait le penser.

Mais on sait, quand on frôle de près la situation, que telle n’est pas la réalité. Les parents qui ont un enfant en difficulté le savent, en tous cas;
et personnellement, il me serait bien difficile de penser différemment.

Ils sont nombreux, à offrir à leur enfant des services (dont les miens) qu’ils devraient recevoir à l’école.

Plusieurs échangent deux demi-heures/semaine d’orthopédagogie à l’école, en groupe de trois ou quatre enfants, contre une heure/semaine de consultation et d’intervention orthopédagogique avec moi ou avec un autre professionnel. À leur frais. Quand ils en ont les moyens.

Ce matin, j’ai eu une pensée pour eux. Ils devaient se sentir bien seuls, quand ils ont appris que les droits de leurs enfants étaient encore une fois bafoués, que leur désarroi était encore une fois ignoré.

Parmi les 30 % de décrocheurs que nous avons au Québec, je me demande parfois combien ils sont, ces enfants dont le succès scolaire est irrémédiablement mal parti.

Je commémore tristement la parution de ce billet, que j’aurais bien préféré ne jamais avoir eu à écrire.

Marielle Potvin, orthopédagogue



Alouette, gentille alouette
6 juillet 2010, 22:54
Filed under: motivation scolaire, persévérance scolaire | Étiquettes:

À la télé, gros plan sur Étienne Boulay.

Maraudeur pour les Alouettes de Montréal, celui-ci explique en quoi consiste le programme CN Adoptez un Alouette. Ce programme permet aux joueurs de rencontrer les jeunes en classe, pour leur parler de l’importance de terminer leurs études et d’autres sujets qui touchent les adolescents de près.

J’ignorais l’existence de ce programme. Pourtant, chaque année, celui-ci, par lequel un joueur des Alouettes est jumelé à chacune des écoles inscrites, rejoint annuellement près de 60 000 jeunes, plus particulièrement les élèves de secondaires 1, 2 et 3.

Les joueurs qui participent à ce programme parlent aux jeunes et leur avouent qu’il n’est pas toujours facile de réussir à l’école, mais qu’avec beaucoup de persévérance, il est possible d’atteindre ses buts.Étienne Boulay a fait son secondaire à Jean-Eudes, un environnement qui n’a rien, mais vraiment rien à voir avec certaines polyvalentes qui comptent jusqu’à 85% de décrochage.

Je suis certaine que l’intention est bonne. Que dans plusieurs cas, cet encouragement peut être bénéfique. Que les sportifs, en général, sont d’excellents modèles pour nos garçons, qui en ont un grand besoin.
Comme on l’entend souvent, lâche pas, mon ti-gars !

Chaque fois, ça me fait le même effet.

Pourquoi nous faut-il mettre autant d’énergie et de ressources pour motiver les jeunes à poursuivre leurs études?

S’il fallait chercher ailleurs les vraies raisons qui poussent 30% de nos jeunes à abandonner avant de terminer une 5ème secondaire? Ce n’est quand même pas parce qu’ils sont tous des paresseux !  Je dirais même qu’ils sont plus motivés qu’on pense, bien souvent.

On les voit, à cinq ans, faire leur entrée à la maternelle en pépiant de joie.

Ils ne s’attendent pas à ce qui les attend.

Si certains s’y adaptent bien, étant plus faciles à piloter que d’autres et n’éprouvant que peu de difficultés,  d’autres, que je reçois à la Clinique d’orthopédagogie, et qui font partie de ces 10% d’élèves avec une difficulté d’apprentissage, ne trouveront pas beaucoup de ressources pour les aider, mis à part les encouragements.Il se trouve aussi bien des parents, qui avaient mis leur confiance dans l’école pour dépister et pour intervenir auprès de leur enfant en cas de besoin, qui réalisent, souvent très tard, que le système scolaire promeut une belle illusion à l’égard des élèves en difficulté.

Récemment, la Commission des Droits de la personne et des Droits de la jeunesse a blâmé une Commission scolaire pour n’avoir pas reconnu et donc apporté l’aide nécessaire à une élève qui avait pourtant, et depuis des années, un diagnostic de trouble d’apprentissage mixte.Vanessa n’a pas décroché, mais il s’en est fallu de très peu. Ses parents avaient le courage et la détermination.
Elle avait la persévérance.

Si nous devions passer de l’intention à l’action, ne faudrait-il pas beaucoup plus que des encouragements ?

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



Pour le meilleur et contre le pire.
21 juin 2010, 20:31
Filed under: santé mentale | Étiquettes: ,

En faisant le bilan de l’année scolaire qui s’achève, je revois plein de beaux souvenirs d’élèves, mais aussi de collègues et de personnes inspirantes. Tous ces gens avec lesquels j’ai pu échanger, que ce soit dans des écoles, des congrès, dans les réseaux sociaux.

Des gens qui m’ont aidés à grandir, qu’ils soient grands ou petits.
Des exemples de détermination et de courage.

Je revois des parents, leur sentiment d’impuissance, parfois.
Le parcours que nous avons fait ensemble.  Tous, la même mission, le même but …

Ça, c’est le meilleur.
S’il n’y avait que le meilleur…

Hier encore, un enseignant (Pierre Poulin) me faisait parvenir un commentaire, à la suite d’ un dernier billet.  Il y relate des situations proprement  odieuses, qui se rencontrent malheureusement beaucoup trop souvent dans nos écoles.  Ça m’a décidé.

Le pire souvenir que je garde de cette dernière année scolaire est sans conteste celui qui me ramène à cet après-midi où j’avais été invitée par des parents  à participer à la réévaluation du plan d’intervention de leur fils.

J’avais rencontré ce jeune à quelques reprises. Un dossier épais comme ça!
Des problèmes de santé mentale si complexes que les parents, en désespoir de cause, avaient dû se résoudre à demander un placement volontaire en centre d’accueil.  Je le rencontrais les vendredis, quand les parents allaient le chercher pour la fin de semaine. On travaillait ensemble et j’ai appris à la connaître et à m’y attacher. Il me parlait de plus en plus souvent de ce qu’il vivait en classe…

Il avait beau me dire que les enseignants semblaient le traquer pour qu’au moindre écart de sa part, on le retourne à l’unité, je ne pouvais croire cela.
Il avait beau m’assurer qu’il devait accumuler des dizaines de points pour bénéficier du siège ergonomique qui l’aidait à se concentrer (la faible concentration étant un de ses problèmes), j’avais encore du mal à le croire.

source :http://j.mp/9WuRfd

Malgré mes demandes, et celles de ses parents, il ne m’avait pas été permis de visiter la classe de cet élève, et de constater comment il agissait en contexte de groupe. J’en avais pourtant vu d’autres, j’avais été titulaire de classes TC, quand même… Mais sous prétexte que voyez-vous, certains élèves se désorganisent au moindre changement… et bla bla bla…

Quand vint le moment, donc, de me présenter à cette rencontre, je le fis tout de même avec l’espoir de pouvoir échanger avec les intervenants en place.  Je ne trouve même pas les mots pour vous décrire le climat. Carcéral, vous dites ?

Si je prenais pour acquis que les enseignants, de prime abord, faisaient tout , ou essayaient de tout faire pour favoriser la réussite et protéger l’estime de soi des jeunes, j’étais à la bonne place pour me détromper. Autour de la table, on parlait tous le même langage, en principe, mais dans les faits, nous étions à des années-lumière. Si je croyais qu’on pouvait échanger, oubliez ça. Le plan était déjà fait, et on devait  le perpétuer, à quelques virgules près.

Perpétuer un modèle d’intervention dépassé. J’ai osé soulever qu’il serait peut-être plus approprié d’adopter une logique axée sur les apprentissages plutôt que sur la production. Parce que c’est de cela qu’il s’agit. Faire compléter des feuilles d’exerciseurs à longueur de journée sous la menace, sans faire d’apprentissages véritables.
Non seulement ils m’ont alors perçue comme une menace, mais après de brefs échanges, il a fallu que je me rende à l’évidence: nous ne pourrions échanger ensemble.

Comment échanger avec une enseignante de français qui prétend être d’accord avec le fait que donner le choix de l’activité à l’élève se résume à lui donner le choix entre deux feuilles d’exerciseurs ? Ça faisait partie du  plan d’intervention du jeune, de pouvoir, de temps en temps, exercer un choix… Voilà qui était fait. Misère !

Comment partager quoi que ce soit avec les deux enseignants qui s’échangeaient des clins d’oeil complices, se moquant de certains tics d’un autre élève de la classe, sous le regard de la direction, qui a feint de ne rien voir…

Comment apporter la moindre contribution quand le plan se résume à ce que doit faire l’élève, mais que l’approche pédagogique n’est en rien adaptée à celui-ci?
Il était inscrit que l’on ferait usage des TIC, pour encourager l’élève à progresser dans certains apprentissages.
Il avait 14 ans, le gamin. On lui faisait faire de l’ADIBOU!     Merde. De L’ADIBOU !!! On n’avait rien trouvé de mieux.

L’élève m’avait pourtant dit que ça l’humiliait.  Mais comment ne pouvaient-ils pas s’en rendre compte ?
Et le directeur, bien oui, de me dire que des milliers de dollars avaient été consacrés récemment à l’achat de logiciels adaptés. Big deal!  Il était incapable de m’en nommer qu’un seul.

Longtemps, je me suis demandée si c’était moi…

Mais en cette fin d’année, en ayant pris du recul, je peux affirmer que certaines situations existantes sont proprement indignes de la profession.

Je connaissais depuis longtemps les écoles-usines.

Cette année, j’ai fait la connaissance d’une école-prison.

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181



Un cadeau d’ Europe !

                                        

On n’imagine pas toujours jusqu’où peut aller la magie de l’Internet.
L’autre jour, je reçois dans mon courriel un message : 

Décembre est le mois de Noël…. et celui des cadeaux …. 

En collaboration avec Marie-Hélène Lafond, auteur amateur qui en a imaginé l’histoire, 

je vous propose de découvrir et de télécharger librement un récit de Noël 

aux couleurs de facilecture et de facilalire, outils d’aide à l’apprentissage de la lecture. 

                  Il a pour titre :    Le costume du père Noël. 

Le livre à fabriquer pas à page permettra à vos élèves, à vos enfants, 

de découvrir une histoire originale en réalisant page à page un petit livre pour Noël, 

et de colorier les illustrations enfantines qu’il contient, imaginées par Adèle, 13 ans. 

Soyez donc la première au Québec et au Canada à le mettre en ligne sur votre blogue. 

Bien cordialement, Francis Ribano 

Je ne connaissais pas cet auteur. Je me rends donc sur son site

On peut y lire, en avant-propos: 

L’accompagnement d’élèves en difficulté dans l’apprentissage de la lecture a régulièrement suscité en moi la réflexion suivante : 

Ils sont perdus dans la jungle des lettres et n’arrivent pas à trouver leur chemin dans ce labyrinthe. Ils cherchent, tournent en rond, s’épuisent et abandonnent. 

Pourtant la clef est là, sous leurs yeux, dissimulée dans cette jungle de lettres, mais ils ne la voient pas. 

Comment les aider à la voir ?J’en suis arrivé à me poser la problématique suivante : comment, sans modifier la structure même de la langue écrite, introduire en elle -dans son corps même- des indices visuellement perceptibles qui permettraient d’aider un apprenant à saisir le code de fonctionnement de la langue et partir à sa conquête ? 

Si l’on pouvait de manière simple signaler visuellement à l’apprenant la valeur sonore des graphèmes dans un texte, sa tâche en serait facilitée. 

Comment l’aider à « voir les sons » ? Après bien des recherches, tâtonnements, expérimentations, je suis parvenu progressivement à mettre au point un procédé et un outil répondant à l’objectif que je m’étais fixé. 

Ce procédé, je l’ai nommé facilecture. 

Comme son nom voudrait le signifier il a pour objectif de faciliter l’apprentissage de la lecture. 

Je continue ma visite pour apprendre que M. Ribano a mis au point un procédé d’apprentissage de la lecture digne d’intérêt. 

Voilà une belle  raison d’apprécier ce beau cadeau, qui m’est arrivé, comme ça, me proposant une belle découverte. 

À mon tour maintenant de vous en faire profiter. 

Mais oui, allez-y, vous pouvez le déballer  dès aujourd’hui ! 

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181 



Yes you can !

C’est en ratissant les feuilles, cet après-midi, que me sont venues ces pensées.  En novembre dernier, la mère d’un de mes élèves a dû être hospitalisée. Tommy s’est présenté à son rendez-vous habituel accompagné de son père.  8 ans, le p’tit gars.  Trouble d’apprentissage en écriture, selon ce qu’on m’a dit.  Je le voyais pour la troisième fois, et après avoir appris la nouvelle, j’ai pensé lui proposer de faire une carte pour sa maman.

Moi :  Qu’est-ce que tu aimerais lui dire ?
Lui: Je ne sais pas, Madame.
Moi: As-tu le goût de la voir guérir vite ?
Lui:  C’est sûr.
Moi: Alors, dis-lui…
Lui: Je ne peux pas.
Moi: Pourquoi donc ?
Lui: Parce que je peux pas écrire tous les mots.
Moi: Il y a des mots que tu ne peux pas écrire?   (Ici, feindre l’innocence… 😉
Lui: Oui, ceux que la maîtresse m’a pas encore montrés.

J’observais, et pas pour la première fois, qu’ un élève n’avait pour tout bagage que les mots que son enseignante lui avait donné à apprendre. Il ne lui viendrait pas à l’esprit d’écrire quelque chose qui n’était pas inclus dans les listes hebdomadaires de mots à apprendre. (C’est pas fort, si on tient compte que ces mots ne sont, pour la plupart, qu’enregistrés dans la mémoire de travail, et donc envolés comme feuilles au vent dès la prochaine liste de mots à apprendre. )
Le risque de faire une faute, vous comprenez. J’ai vérifié. Plutôt que de risquer, il s’abstient.
Même aujourd’hui, alors qu’il aimerait bien souhaiter à sa maman de guérir rapidement.

Tommy, comme tant d’autres, se trouve tout à fait démuni quand vient le temps d’écrire un message de son cru.
Il faut absolument défaire le discours intérieur que se fait cet enfant. Lisez qu’il n’a le droit que d’écrire des mots qui lui sont donnés en dictée ou qui lui ont été prescrits.
Si c’est pas du nivellement par le bas, ça …

Un peu jeune encore, il n’a pas encore fait connaissance avec Le Petit Robert.  C’est pas grave.

Je lui présente  le dictionnaire EurékaSi je n’avais qu’un seul outil à suggérer pour le développement des compétences à écrire, ce serait celui-là.

Son papa, qui assiste à la rencontre,  se rend compte que son fils a accès, en moins de 30 secondes (ça viendra avec un minimum d’entraînement), à 10 000 mots.
J’ai pas dit la définition de 10 000 mots. Il n’a pas besoin de savoir ce que signifie le verbe souhaiter. Il a besoin de savoir l’orthographier.
Alors qu’on le laisse tranquille avec les impératifs de chercher dans le dictionnaire pour trouver l’orthographe d’un mot. Une bien bonne façon de décourager n’importe quel élève.

Laissez-moi partager avec vous un petit morceau de mon expérience d’enseignante:
Hélicoptère….   MadaAammm…  Yé pas dans le dictionnaire…
Pharmacie…..    MadaAammm…  Yé pas dans le dictionnaire…
Ben non, ces mots-là sont pas là … (!!!)   Regardant au-dessus de leur épaule, un cherchait Hélicoptère dans la section E, et l’autre le mot Pharmacie dans les F.

Tommy a reçu un diagnostic de dysorthographie, en mai de l’année précédente. Ce diagnostic a été émis suite à une batterie de tests passés en neuropsychologie.
Son enseignante est au courant de ce diagnostic, et Tommy obtient les services d’une orthopédagogue, à l’école.
Pourtant, il n’avait jamais été mis au courant de l’existence de l’Eurêka et bien sûr, n’avait pas appris à s’en servir.

On commence donc à structurer oralement la phrase qu’il aimerait écrire en premier. Je souhaite que tu guérisses vite.
Vous devinez que le mot « souhaite » va poser une difficulté. On s’y attend, même chez un enfant sans trouble d’apprentissage.
Or, avec ce dictionnaire, qui fonctionne de manière phonétique, l’élève cherche le mot à partir de la façon la plus simple d’écrire le son.
S-OU-È-T   et vous arrivez directement à souhaite.
Le seul pré-requis nécessaire est de posséder une conscience phonologique minimale. La conscience des sons et de l’ordre des sons dans les mots, si vous voulez.
Si ce n’est pas le cas, on peut travailler cet aspect avec un logiciel très efficace à ce niveau: Le Phono-Quizz. 

En moins d’une heure, ils sont repartis. Le papa avec un Eurêka sous le bras et Tommy, une nouvelle confiance en lui.
Quand il sera plus grand, il pourra accéder au dictionnaire Eurêka pour le secondaire. 30 000 mots, celui-là. Ça lui laissera plus de temps pour chercher les définitions des mots dont il ne connaît pas le sens, plutôt que de perdre son temps à en chercher l’orthographe.

Je continue de ratisser quand tout à coup je fais le lien. C’est bien à cette période, l’an passé , que Barack Obama  nous avait tous épatés.
Un slogan puissant:  Yes we can.

Des mots qui parlent de la dignité et du pouvoir de chacun.  Des mots qui permettent de s’exprimer, peu importe ce qui était prévu au programme cette semaine. Des mots que je souhaite à Tommy.

En mettant les gros sacs au bord du chemin, j’aurais bien aimé y mettre aussi toutes ces fausses idées qui persistent,  au sujet du processus d’apprentissage de l’écriture. Et y donner quelques bons coups de pied !

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



Coming out (3ème partie)
23 octobre 2009, 22:40
Filed under: je me présente, orthopédagogie, plaisir de lire | Étiquettes:

 

J’étais ce matin dans la classe de M. Pierre Poulin, en visite dans l’hyperclasse .  Belle expérience d’une rencontre avec des élèves d’une classe unique en son genre, et leur enseignant.  

 M. Poulin proposait aux élèves un choix entre deux sujets de recherche, soit les Jeux Olympiques et l’Expo 67.  Images à l’appui,  je me suis instantanément souvenue de cet été ’69 , que j’ai en grande partie passé au Pavillon de la France de cette même Exposition.  Le Pavillon de la France, MMMadamme !!!!!   C’était, pour l’époque, une des plus intéressantes bibliothèques qu’il m’ait été donné de fréquenter. Et sûrement la plus belle collection de BD au monde !  Tout y était, et j’y ai tout parcouru. Gaston LaGaffe, Astérix, Tintin, Achille Talon, Bécassine, nommez-les, ils y étaient.

Je m’étais débrouillée pour obtenir un passeport pour mon anniversaire, à l’été de mes 12 ans. J’avais de bons arguments:  je descends au métro Île Ste-Hélène et je me voilà rendue. Partout, des guides peuvent m’indiquer mon chemin sans que j’aie l’air perdue. C’était normal d’avoir l’air perdue, à cette exposition 😉

Mme Louise avait si bien fait son travail que je pouvais maintenant lire presque couramment. D’exercices de suites séquentielles en activités de conscience phonologique, d’activités de discrimination entre le u et le n, le b et le d , les accents aigus et graves, un monde venait de s’ouvrir à moi.  Elle avait même eu l’ingéniosité de me faire dessiner des lettres géantes au tableau noir, avec une guenille mouillée, trempée dans un seau.  Mme Louise savait que le corps se souvient.

Je n’étais pas la seule à détenir un passeport, cet été là.  Il est arrivé à quelques reprises qu’on m’aborde pour me demander une information. Me voyant toujours au même endroit, chaque fois qu’ils y venaient, certaines personnes ont cru que j’y travaillais, malgré mon jeune âge.  Je m’étais fait comme un nid, un endroit de prédilection près d’une grande baie vitrée d’où le soleil ne tapait jamais trop fort, qu’on soit à 10h du matin ou à 4h de l’après-midi. C’est ça, je devais bien y lire six heures par jour.

Au début, je me souviens que je m’attardais surtout aux bandes dessinées. Comme dépannage, je me servais des images.  Graduellement, je me suis mise à dévorer toute la Bibliothèque Rose, Bleue et Or,  et les classiques de la Comtesse de Ségur. Puis, d’autres romans ont suivi, en particulier ceux de la collection « J’ai lu ». Probablement avec un peu de butinage ici et là, j’en vins à la fin de l’été à m’y promener en ayant l’impression d’avoir à peu près tout lu.
Au moins d’avoir parcouru.

Forte de cette nouvelle habileté, j’allais aborder le secondaire avec autant (sinon plus) de culture livresque que la moyenne des élèves de mon âge. Il était temps, car je faisais partie de la première cohorte, au Québec, à passer de la 6ème année directement au secondaire. Avec un tas d’amis, mais toujours en solitaire.

Je venais d’acquérir le bien qui me serait le plus précieux . Et l’impression de l’avoir échappé belle.  Je suis passée, en septembre de cette année-là, d’une grande pas-de-talent à une des élèves les plus cultivées de mon âge, je crois. 

À douze ans, on ne pense pas à dire merci. Ma route s’est poursuivie sans que je n’aie  jamais tenté de revoir Mme Louise.  J’avais tellement de chats à fouetter au secondaire, avec mes plans A et mes plans B !

Ce n’est que quelques années plus tard, quand vint le moment d’effectuer un choix de carrière, que j’ai repensé à elle.

Mme Louise avait tracé le chemin que je suivrais toute ma vie.

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com
450 687-8181