Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


Des trous de larmes
29 janvier 2014, 21:45
Filed under: Non classé

trous

 

Le gamin me montre son cahier et m’explique:
-Là, j’avais 8 fautes. Là, c’est ma correction, trois fois chaque mot. Et là, ben là, c’est des trous de larmes.

Comme une naturelle éventualité, les trous de larmes sont revenus percer ses cahiers, à l’aube de sa 2e année.

Ce n’est qu’en novembre qu’il a commencé à refuser de faire certaines tâches qu’il trouvait trop difficiles. Comme paralysé, quand la difficulté lui semblait trop grande.  D’un commun accord, l’enseignante et la direction mettent en place un tableau d’évaluation, que l’élève garde avec lui et fait compléter quatre fois par jour, Des p’tits collants et des bravos, des encouragements et la récompense au bout de la semaine.
De bonnes intentions, sûrement.
De la confusion, certainement.

Si on pouvait ne pas nuire, au moins…

L’anxiété générée par cette évaluation systématique n’a en rien aidé cet élève à surmonter ses difficultés, elles ont empiré!
Elle est venue se superposer à celle d’échouer et maintenant, on dit de lui que c’est un enfant qui s’oppose.
Dans son cahier, on peut lire qu’il refuse de plus en plus souvent de faire le travail demandé, et c’est traité comme un trouble du comportement.

Dans son PIA (plan d’intervention adapté) il est écrit :
*que X doit se mettre au travail de façon autonome,
*qu’il doit faire le travail tel que demandé,etc.

Comme moyen pour y parvenir:
*un carnet d’évaluation

Comme moyen pour évaluer l’objectif:
*réussir au moins 80% du temps à se mettre au travail lorsque demandé.

Je m’inquiète pour cet élève.
À partir des 8 fautes, des mots copiés trois fois et des trous de larmes.
Mais surtout à partir de ce qui a suivi.

Marielle Potvin, orthopédagogue

Publicités

14 commentaires so far
Laisser un commentaire

Bonjour,

je trouve votre article très touchant. Effectivement, il arrive que certains enseignants ne comprennent pas qu’un système d’émulation pour un élève ou pour une classe est un fardeau de stress.
Je parle d’expérience, car mon garçon qui a un TDAH et qui est médicamenté depuis 2ans a vécu ce genre de carnet de route en maternelle et au 1er cycle. C’était un système de couleur et je n’ai vraiment pas aimé cela comme parent, car je voyais mon garçon « stressé » s’il avait eu un jaune ou un rouge pour une période.

Dans ma classe, je n’ai plus de système comme cela depuis maintenant 7 ans et je trouve cela tellement plus agréable!

Sophie

Commentaire par Sophie Desroches

Merci Mme Desroches.
Je vous propose de nous donner un aperçu des moyens que vous utilisez.
De mon côté, je fais maintenant un suivi avec cet élève afin d’identifier les situations durant lesquelles il commence à ressentir de l’anxiété, le discours intérieur qu’il commence à se faire (ses peurs et ses perceptions face à la tâche) et les moyens qu’il peut utiliser pour recadrer la situation.
J’ai même suggéré qu’il n’ait pas de notes inscrites sur sa feuille, pour un certain temps, et qu’il puisse utiliser un lézard lourd pour l’apaiser, entre autres mesures. C’est à suivre…

Commentaire par mariellepotvin

Bonjour Mme Potvin.

J’ai eu la chance de suivre dans mon cours de deuxième cycle de l’université de Sherbrooke quatre cours formidables: intelligence émotionnelle, attachement, stress et anxiété chez l’enfant et interventions positives. Dans ces cours, j’ai appris à travailler les émotions avec les élèves, à intervenir avec du positif auprès d’eux et surtout, de créer un lien hyper important avec eux. Avec mes élèves qui vivent un stress ou qui sont en difficulté, j’utilise les interventions positves, je leur demande de me nommer comment ils se sentent et je tente de les calmer par différents moyens.

Je crois qu’en tant qu’enseignant, il est de notre devoir de montrer aux élèves à reconnaître leurs émotions pour ensuite travailler avec eux des moyens concrets pour les aider.l

Sophie Desroches
31 janvier 2014

Commentaire par Sophie Desroches

Je suis maman d’un petit garçon dysgraphique . Lorsque je lis votre page, j’y retrouve presque l’histoire de mon petit garçon. En CE2 mon fils refuse de travailler surtout en géométrie et s’oppose à l’école et adopte des comportement d’automutilation et suicidaire à la maison. Suite à un dépistage des troubles de l’apprentissage il s’est avéré qu’il est haut potentiel intellectuel mais que sa dysgraphie et son TDA ne lui permettent pas d’apprendre et surtout de restituer correctement ces leçons. Grâce à ces évaluations le directeur a pu procéder aux aménagements nécessaires. Aujourd’hui mon fils a repris le chemin de l’école sereinement et a obtenu les félicitations ce trimestre. La solution est peut être de connaitre la cause du problème de cet enfant… le reste suivra
.

Commentaire par Elodie Venet

Connaître la cause du problème et y trouver des solutions appropriées.En effet, tout est là.
Merci de cet ajout.

Commentaire par mariellepotvin

Bonjour Marielle,

C’est avec intérêt que j’ai lu votre article. Cet enfant à peut-être une dyspraxie ou dysgraphie. La dyspraxie accompagne souvent le TDA/H. Comme elle est encore méconnue, bien des parents d’enfants TDA/H – et d’enseignants- mettent les difficultés de leurs enfants sur le dos du TDA/H. Pour cet enfant, je recommande une évaluation en ergothérapie. Aussi, je recommande qu’on ajoute au PI d’encourager cet enfant pour ses efforts et non pas pour ses résultats. Il vaudrait mieux l’encourager à utiliser l’ordinateur graduellement et exclusivement à compter de la troisième année comme le recommande Dr Caroline Huron, spécialiste de la dyspraxie.

Finalement, je vous invite à visiter la page Facebook de l’association québécoise des enfants dyspraxiques ainsi que le site internet afin d’aider les enfants qui souffrent de ces difficultés.
https://www.facebook.com/aqed.tac
http://www.dyspraxie-aqed.ca

Caroline Remillard
Personne ressource – Membre de l’AQED
Secteur de Québec

Commentaire par Caroline Remillard

Bonjour Mme Rémillard,
Je connais bien la dyspraxie. Enfin, je crois. J’ai diffusé des informations à cet effet lors d’un séminaire web donné en collaboration avec Succès Scolaire.
En voici le lien: http://bit.ly/187XFFb

Or, dans le cas qui nous occupe, vous verrez lors de mes prochains billets pourquoi je ne crois pas que ce soit le cas, et ce qui en est, selon moi.

Au plaisir d’échanger à nouveau 😉

Commentaire par mariellepotvin

Que de visages d enfants me viennent à l esprit en vous lisant … Elodie psychologue qui fait ce qu elle peut pour certains s en sortent

Commentaire par Saint lot

Moi je suis la maman de Natal qui est dyspraxique visuo-constructif…petit d’homme à qui on demande de recopier les mots sans faute alors que son geste graphique lui demande déjà tellement d’efforts et de concentration…Et je continue à me battre avec le corps enseignant pour qu’il cesse de lui ajouter de la peine à sa peine…sans grand succès parfois ! Le combat continue mais Natal progresse. Je parierai que ce jeune homme sera un homme heureux…très bientôt

Commentaire par Hédonis de Ronfort

Bonjour, moi ma fille est entrée a la maternelle et elle savait écrire ma liste d`épicerie compter en Français ,anglais et espagnol jusqu’à 20 et était très heureuse jusqu’à sa 2 ieme année la ou elle a eu une professeur qui était très rigide et bête a la limite.C`est a ce moment que tout est devenu difficile les notes on chuter et l`estime dèlle aussi.Pourtant cette petite la n`avait aucun probleme en maternelle et deuxieme année et surtout elle avait démontrer quèlle pouvais appredre très vite. Aujourd`hui `nous travaillons a lui remonter l`estime d`elle et de lui faire comprendre quèlle est capable d`^etre bonne a l`école comme quand elle a commencer et tout cela pour une prof qui a détruit sa confiance en elle!!!Ma fille fais maintenant beaucoup d`anxiété car elle veut réussir mais elle manque de confiance.

Commentaire par sophie

Et si on arrêtait tout simplement de faire pleurer les enfants à l’école ?

Commentaire par Christine Vaufrey

Si on arrêtait tout simplement de noter les réalisations des enfants à l’école?

Commentaire par Guillaume

Je crois tellement que ce serait la solution à bien des maux! Je cite ici l’exemple de la Finlande, un des pays ou le modèle éducatif en place sert d’inspiration au monde entier:
Qu’en est-il des notes en Finlande ? Comment ce pays évalue-t-il les élèves ? A-t-il
trouvé un moyen de réconcilier évaluation et motivation ?
Jusqu’à 9 ans les élèves ne sont absolument pas notés. Ce n’est qu’à cet âge qu’ils
sont évalués pour la première fois, de façon non chiffrée. Puis plus rien de nouveau jusqu’à
11 ans. C’est dire qu’au cours de l’équivalent de toute notre scolarité primaire les élèves ne
subissent qu’une seule évaluation. L’acquisition des savoir fondamentaux peut ainsi se faire
sans le stress des notes et des contrôles et sans la stigmatisation des élèves plus lents.
Chacun va pouvoir progresser à son rythme sans intérioriser, s’il ne suit pas au rythme
voulu par la norme académique, ce sentiment de déficience voire de « nullité » qui produira
tant d’échecs ultérieurs, cette image de soi si dégradée qui fait, pour beaucoup d’élèves, que
les premiers pas sur les chemins de la connaissance sont si souvent générateurs d’angoisse
et de souffrance. La Finlande a fait le choix de faire confiance à la curiosité et à la soif
naturelle d’apprendre des enfants. Les notes à ce stade ne seraient qu’un obstacle. Cela,
bien sûr, n’exclut pas d’informer les familles régulièrement des progrès de leurs enfants : à
l’école de Kanenvala des bulletins sont envoyés deux fois (à Noël et en mai) ; mais les notes
chiffrées n’apparaissent que la 6ème
année quand les enfants atteignent l’âge de 13 ans.

source: http://bit.ly/1eLmvwQ

Commentaire par mariellepotvin

En lisant ce post, j’ai l’impression que vous parlez de mon fils ! Il est diagnostiqué Haut potentiel et n’est pas dys à priori… et pourtant, il en est là… et ça ne fait qu’empirer avec les maitresses… les solutions proposées finissent par être pires et les instit ne veulent pas s’adapter plus que ça car elles pensent que mon fils n’est pas une priorité car vu son QI, il s’en sortira toujours… 😦

Commentaire par Virginie Kerdraon Levert




Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s



%d blogueurs aiment cette page :