Marielle Potvin, orthopédagogue / marielle.potvin@gmail.com


La Déséducation (dernière partie)
23 décembre 2010, 14:08
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Joyeux Noël Mathieu!

L’année 2010 aura été pour les gens d’éducation  celle de la publication de la partie la plus sombre de notre système éducatif, que tu dépeins dans « La Déséducation ».

Huit épisodes qui décrivent, parfois subjectivement , mais avec tellement d’intensité, le milieu scolaire québécois.

Il s’agit, à mon avis, de la réalisation la plus marquante de l’année 2010, celle qui a suscité le plus de débats, qui a , du moins, permis des discussions que nous n’aurions pas eues, si ce n’était de ces étincelles de départ.

Le travail et le courage qu’il t’a fallu pour l’ensemble de cette réalisation sont tout à ton honneur. Personnellement, je tiens à t’en remercier publiquement.

Ce dernier épisode m’interpelle d’une façon particulière. Le taux élevé de décrochage au Québec y est expliqué par les conditions de scolarisation et d’enseignement avec lesquelles tous, élèves et enseignants, doivent composer dans les écoles publiques.  Ces conditions, qui « fabriquent » littéralement le décrochage et « créent » les retards d’apprentissages, sous des prétextes administratifs.
Un bien mauvais calcul, comme on le sait.

Puisses-tu nous continuer de nous inspirer encore,  en 2011…

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



Matières à réflexion
15 décembre 2010, 00:10
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Viennent de paraître, les séquences complémentaires du 6e webisode de La Déséducation:

De quoi alimenter de bonnes discussions …

N’hésitez pas à laisser vos commentaires.  Il serait bien intéressant d’échanger sur le sujet. Il fait justement référence à un billet que j’ai publié sur ce blogue, tout récemment.

Bonnes réflexions !

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



La Déséducation Les parents
12 décembre 2010, 09:32
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Je boudais un peu ce projet depuis l’audition de la chanson parue sur le site de la Déséducation, il y a quelques temps.

Toute la culpabilité qui entoure le rôle parental m’avait fait l’effet d’une douche froide.
Comme si les parents ne faisaient pas leur gros possible !

L’affaire , c’est que je pars toujours de cette prémisse: Les parents font leur torpinouche de possible.

Même quand ce n’est pas parfait, même quand ce n’est pas suffisant. La dernière chose dont ils ont besoin, c’est de se faire culpabiliser. Je ne dis pas qu’ils font tout ce qu’il faut tout le temps, je dis qu’ils ont besoin qu’on les supporte plus que de quoi que ce soit d’autre.

D’autre part, s’ils en sont venus à ne pas faire équipe avec les enseignants,  à ne plus leur faire confiance, je me demande s’il n’y aurait pas un lien à faire avec la place qu’on leur permet de prendre, à l’école. Comme  ce qui est étranger fait peur, des fois,  et que nous en sommes venus à constituer deux camps opposés, les frictions ne peuvent manquer de se présenter.

En ce temps de l’année où  les enseignants remettent les  bulletins,  j’en ai  trop vu pleurer.

Se faire blâmer, accuser, exiger des justifications qui témoignent d’un manque de confiance manifeste. Des profs dévoués, passionnés, qui donnent leurs meilleures énergies pour leurs élèves. Ils reçoivent des courriels de reproches, des téléphones de menaces et même des mises en demeure.

Il doit y avoir un malentendu, non ?

Force est de constater que les deux parties sont maintenant plus éloignées que jamais.

Je propose donc de supporter les parents.  Dans un premier temps.
Une fois que l’harmonie sera redevenue possible, on pourrait leur faire une plus grande place au sein de l’école.

Mais comment?

On pourrait  leur présenter ce texte et à en discuter avec eux. Au besoin. En ce règne de l’enfant-roi, ce ne sera pas superflu, dans bien des cas…

La patinoire

Les règles du jeu dépendent du terrain. Ce ne sont pas les mêmes sur une patinoire et sur un terrain de football.

Chez vous, c’est pareil: vous n’aurez pas les mêmes règles si votre famille vit dans un appartement avec des voisins au-dessus et en dessous ou si vous vivez à la campagne où le plus proche voisin est à un kilomètre.

Si la vie dans la classe a des règles particulières, c’est parce que c’est un lieu particulier, avec des caractéristiques particulières. À preuve, les règles peuvent changer si l’on est au gymnase, au laboratoire, à la bibliothèque ou dans la cour.

Examinons un peu les caractéristiques de cette patinoire particulière qu’est une classe. Bien sûr, c’est d’abord un local, avec une porte, des fenêtres, un tableau, des bureaux et des chaises. Mais sur le plan social, quelle sorte de lieu est la classe?


La classe fait partie de l’école

Et donc, toutes les règles valables pour toute l’école s’appliquent en classe. Tout comme les lois valables pour toute la société s’appliquent aussi pour toute l’école.

De plus, il y a d’autres classes à côté ou en face: il faut vivre en bon voisinage et ne pas se déranger.

Finalement, il y a des services communs qui doivent être partagés entre toutes les classes: bibliothèque, cafétéria, cour de récréation, salle d’informatique, etc. Il faut planifier leur utilisation: les horaires et les règles particulières à ces locaux sont là pour ça.


La classe est un lieu sécuritaire

Vous confiez vos enfants à l’école et l’école s’en rend responsable. Vous devez avoir l’assurance que les risques d’accidents et de blessures sont réduits au minimum et que l’environnement dans lequel ils se trouvent est sain.

Voilà pourquoi il faut respecter des règles relatives à la propreté, aux déplacements, à la tenue vestimentaire. Quand on interdit, par exemple, à un élève de courir ou de lancer des objets ou quand on exige qu’il porte une tenue particulière au gymnase ou au laboratoire, quand on lui impose certaines procédures pour utiliser le matériel, ce n’est pas pour le brimer: c’est pour la santé et la sécurité de tout le monde.


La classe est un lieu civilisé

Un lieu civilisé, pour dire les choses simplement, c’est un lieu où les gens se respectent, dans leur personne et dans leur propriété.

La violence, verbale aussi bien que physique, n’a pas sa place dans un lieu civilisé. On a le droit, comme tout le monde, d’avoir des émotions, d’être frustré et même d’éprouver de la colère; mais on doit les exprimer de façon acceptable pour les autres.

Tout le monde comprendra qu’il y ait des règles contre le tiraillage, le harcèlement ou les bagarres. Mais le respect ne concerne pas seulement la personne physique: cela concerne aussi sa dignité. Et voilà pourquoi il y a des règles sur la politesse, le langage employé, les attitudes racistes, la vie privée.

Quant au respect de la propriété, cela signifie tout simplement qu’on ne se sert pas des choses des autres sans leur permission.


La classe est un lieu communautaire

Sauf pour les effets personnels de l’élève, la classe et les objets qui s’y trouvent servent à tout le monde.

La malpropreté, la négligence, le gaspillage (sans parler du vol ou du vandalisme) font que, nécessairement, quelqu’un d’autre ou tout le groupe sera privé d’un local, d’un livre, d’un appareil propre et en bon état.

Voilà pourquoi il y a des règles qui concernent le respect de l’environnement, le soin à apporter au matériel et, parfois, des procédures pour l’emprunter ou s’en servir.


La classe est un lieu organisé

Contrairement à une plage ou à un centre commercial, la classe n’est pas un lieu où chacun fait sa petite affaire sans se préoccuper des autres. C’est un lieu où l’on a des tâches à faire, un temps pour le faire, un rôle à jouer. À la fin d’une période, il ne suffit pas d’avoir passé le temps ou d’avoir eu du plaisir: il faut avoir obtenu des résultats.

Alors, il y a des directives, des échéances, des horaires, du matériel à avoir en sa possession, un climat de travail; on parle chacun à son tour et pas tout le monde ensemble et on respecte les consignes.

Sinon, la classe va ressembler à une plage ou à un centre commercial…


La classe est un lieu d’apprentissage

C’est même la raison d’être de la classe.

Alors, pas question de faire ce que l’on veut « à condition de ne pas déranger »… comme certains élèves aimeraient bien le faire. On doit faire ce qu’il faut pour apprendre: faire les travaux demandés, étudier ses leçons, écouter les explications, participer aux activités.

Et, bien sûr, tout le monde dans la classe doit apprendre. Alors l’élève qui bavarde, qui intervient à tort et à travers, qui fait du bruit…, non seulement cet élève n’apprend pas, mais il empêche les autres d’apprendre.

Si cet élève ne veut pas apprendre, on peut l’y pousser, mais on ne peut pas l’y forcer, bien sûr. Mais on peut l’empêcher d’empêcher les autres d’apprendre. Ça, il faut qu’il l’apprenne. Sinon, il se disqualifie de l’équipe.


La classe est un lieu de responsabilité

Se socialiser, c’est d’abord apprendre à se prendre en charge soi-même.

Pour cela, il faut s’organiser, planifier, s’imposer une discipline personnelle. Et ne pas toujours attendre les rappels à l’ordre ou, pire encore, les punitions.

Être responsable de sa santé, c’est faire de la prévention: ne pas attendre d’être malade avant de mener une vie saine. Être responsable de son apprentissage, c’est aussi faire de la prévention: organiser son temps et son espace, planifier son travail, régler ses problèmes à mesure, demander des explications quand on n’a pas compris (mais après avoir écouté!), respecter ses engagements.


On résume!

Les règles dépendent du contexte. Les règles de vie en classe découlent du fait que la classe est un lieu:

  • qui fait partie d’une école;
  • sécuritaire;
  • civilisé;
  • communautaire;
  • organisé;
  • d’apprentissage;
  • de responsabilité.

Les joueurs

En classe, les joueurs, ce sont, bien sûr, les élèves.

Ils sont tous différents, avec chacun leurs talents, leur caractère, leurs intérêts. Ce qui les réunit, l’espace d’une année scolaire, c’est qu’ils portent le chandail de la même équipe.

Il ne s’agit pas de les rendre tous pareils. Il s’agit de les faire travailler tous ensemble pour que tout le monde y trouve son compte et que l’équipe gagne.

Chaque élève a un rôle à jouer! Lequel?


Les quatre commandements

Essentiellement, on demande quatre choses à l’élève pour qu’il puisse trouver son compte au sein d’une classe qui fonctionne:

  • ne pas nuire au groupe (et donc respecter des règles et des exigences, qui ont été précisément définies pour que le groupe fonctionne);
  • ne pas être un fardeau pour le groupe (et donc apprendre à se prendre en charge, à s’aider soi-même et à ne pas demander plus que sa juste part des ressources de la classe);
  • apporter sa contribution au groupe (et donc participer aux activités et à la vie de la classe, pratiquer l’échange et l’entraide, prendre des responsabilités);
  • s’améliorer (et donc apprendre à mieux se connaître, à se fixer des objectifs et à faire ce qu’il faut pour les atteindre, à corriger ses erreurs, bref, à se donner les moyens d’être content de soi, d’avoir plus de contrôle sur sa vie, de réaliser ses projets et d’être plus heureux).

Tout un programme, n’est-ce pas?

En fait, ce sont les quatre étapes de l’apprentissage de la vie en société.

Et ces étapes ont ceci de particulier qu’elles sont hiérarchiques: on ne peut pas vraiment en maîtriser une tant qu’on n’a pas maîtrisé celles qui précèdent. Par exemple, on ne peut pas vraiment s’améliorer si on fait ses petites affaires tout seul dans son coin, si on prend toujours plus que l’on donne ou, pire encore, si on empêche les autres de travailler.

Voyons donc chacune de ces étapes dans l’ordre.


Ne pas nuire

Rares sont les élèves méchants qui veulent délibérément faire du tort. Quand des problèmes de comportement se posent, c’est habituellement que l’élève veut faire quelque chose qui lui tente (ou refuse de faire quelque chose qui ne lui tente pas) et qu’il n’est pas conscient des effets que cela a sur les autres.

Par exemple, s’il choisit de terminer une conversation dans la cour de récréation après le son de la cloche, il pense spontanément que ce n’est pas grave d’arriver en retard au cours: « y a rien là! ». S’il réalisait que ce retard donne du travail à la secrétaire qui devra lui faire un billet et va interrompre le cours de l’enseignant, il y réfléchirait davantage. Et s’il réalisait que, si tout le monde faisait comme lui, le cours ne pourrait jamais commencer, il comprendrait peut-être qu' »il y a quelque chose là ».

C’est à cela que servent les règles: à éliminer les comportements qui font du tort, même si on ne veut pas délibérément faire du tort.
On peut respecter les règles de façon aveugle (« la loi, c’est la loi ») ou par peur des punitions; mais on peut aussi les respecter de façon intelligente en se posant, avant de faire ce qui nous tente, les deux questions suivantes:

  • est-ce que ca dérange quelqu’un?
  • il arriverait quoi si tout le monde faisait pareil?

Le respect des règles, c’est la première étape vers la responsabilité.


Ne pas être un fardeau

Être un fardeau, c’est prendre plus que sa juste part. C’est imposer aux autres de faire pour nous ce que nous devrions faire nous-mêmes.

L’élève qui n’écoute pas les explications en classe ou ne lit pas les directives et qui, ensuite, demande à l’enseignant de le dépanner, cet élève ne « dérange » pas directement; mais il abuse du système. En fait, il demande un traitement de faveur.

L’enseignant n’a pas le temps de donner des explications privées à chacun: voilà pourquoi il donne un cours. Les explications privées, c’est pour ceux qui n’ont pas compris; pas pour ceux qui n’ont pas écouté.

Apprendre à ne pas être un fardeau, c’est d’abord faire ce que l’on a à faire, se prendre en charge, s’aider soi-même, devenir autonome.

On y parvient graduellement en se posant, avant de faire appel à d’autres, les questions suivantes:

  • qu’est-ce que j’ai fait moi-même d’abord pour régler mon problème?
  • est-ce que j’abuse du système en utilisant telle ressource?

L’autonomie, c’est la deuxième étape vers la responsabilité.


Apporter sa contribution

Vivre en société, c’est aussi échanger, se rendre utile, rendre service.

Bref, ne pas être simplement un consommateur passif de services, mais aussi un producteur actif. Faire sa part.

Quand on est un élève en classe, cela veut dire participer au travail de tout le monde, poser des questions, accepter des responsabilités, se porter volontaire pour une tâche, donner son opinion. Un entraîneur dirait: « passer la rondelle ».

Une classe, c’est comme l’économie: plus il y a d’échanges, plus chacun y trouve son compte. Quand chacun s’asseoit sur sa richesse, il n’y a que les banques qui en profitent.
Et surtout, quand on participe, on vient de se donner des droits. Les absents ont toujours tort.

L’élève apprend graduellement à participer en se posant les questions suivantes:

  • si personne ne le fait, il arrivera quoi?
  • qu’est-ce que je peux faire pour me rendre utile?

La participation, c’est la troisième étape vers la responsabilité.


S’améliorer

Finalement, la vie de la classe ne dure qu’un temps: le temps de l’année scolaire. C’est important qu’elle fonctionne bien le temps qu’elle dure. Mais ce qui compte vraiment, c’est ce que cette expérience de vie donne à l’élève pour plus tard. Sinon, c’est à recommencer chaque année.

Ce qui compte vraiment, ce n’est pas d’avoir tenu son agenda à jour ou d’avoir été choisi chef d’équipe. Ce qui compte vraiment, c’est de s’être servi de ces expériences pour développer de grandes habiletés sociales qui permettront à l’élève, toute sa vie, de fonctionner harmonieusement en société. Dans n’importe quelle classe, dans n’importe quelle équipe ou (plus tard) dans n’importe quelle entreprise.

Apprendre à travailler en équipe, à résoudre ses conflits, à se fixer des objectifs, à réaliser des projets collectifs, à prendre sa place, à respecter ses engagements, à s’entraider: voilà la vraie raison de la vie de la classe. Si on y parvient, on a non seulement une classe fonctionnelle; on a une classe éducative. Une équipe gagnante!

L’élève y parvient graduellement en se posant les questions suivantes:

  • qu’est-ce que cela m’a appris sur moi-même?
  • quelles leçons puis-je en tirer pour l’avenir?

Le souci de s’améliorer constamment, c’est la dernière étape de la responsabilité.


Aider votre enfant

Comment pouvez-vous aider votre enfant à mieux fonctionner en classe?

La réponse va peut-être vous surprendre: d’abord et avant tout en lui apprenant à bien fonctionner en famille.

Ce sont les mêmes habiletés sociales qui permettent de fonctionner dans une famille, dans une classe ou dans une entreprise.

Si l’enfant n’apprend pas, à la maison, à observer des règles, à respecter les autres, à ranger ses affaires, à faire sa part de tâches; s’il considère que tout lui est dû et qu’il peut faire tout ce qui lui plaît; si vous lui épargnez toujours les conséquences de ses actes, il va avoir l’impression, en arrivant en classe, de tomber sur une autre planète. Et sans combinaison spatiale!

La vie à la maison et la vie en classe sont, dans la pratique, bien différentes. Mais les principes, eux (les quatre commandements), sont exactement les mêmes:

  • ne dérange pas les autres;
  • fais tes affaires;
  • fais ta part;
  • cherche à t’améliorer.

En un mot: prends tes responsabilités.


Les règles du jeu

Contrairement au hockey, où un joueur a des partenaires et des adversaires, en classe, il n’y a pas d’adversaires contre qui gagner. Le but du jeu, c’est de n’avoir que des partenaires. La vie de la classe, c’est un jeu de coopération.

Au hockey, on gagne si l’on réussit à battre l’autre équipe. En classe, on gagne si l’on réussit à former une équipe. Au hockey, chaque bon coup de l’adversaire est une mauvaise affaire pour nous. Dans une classe qui fonctionne, chaque bon coup de n’importe qui est une bonne affaire pour tout le monde. Et un mauvais coup, c’est de ne penser qu’à soi sans se préoccuper des autres.

Imaginez un boyau d’arrosage: chaque trou dans le boyau réduit la pression à l’autre bout. Si chacun fait son petit trou, plus rien ne sort à l’autre bout. On a un boyau percé. C’est parfait pour envoyer de l’eau partout; mais pour atteindre une cible, pour viser un objectif, il faudra repasser!


Les deux règles de base

Chaque école a ses règlements; chaque classe a ses règles de fonctionnement; chaque enseignant a ses exigences. Nous n’entrerons pas dans le détail de celles qui s’appliquent à votre enfant dans sa classe: l’important, c’est qu’elles soient connues d’avance, claires, raisonnables et qu’elles s’appliquent de la même façon pour tout le monde.

Nous nous intéresserons plutôt aux deux règles générales qui sont valables dans n’importe quelle classe et dans la société en général:

  • on récolte ce que l’on sème;
  • coopérer est plus payant que de faire ses affaires tout seul

On récolte ce que l’on sème

Chaque acte que l’on fait a des conséquences (bonnes ou mauvaises): sinon, on ne le ferait pas. L’ennui, c’est que les conséquences ne viennent pas toujours tout de suite; on peut alors s’imaginer, pendant un certain temps, que l’on vit dans un monde magique où l’on peut tirer son épingle du jeu, l’échapper belle. Les jeunes disent: « s’en sauver », « ne pas se faire pogner ».

Mais les conséquences nous rattrappent un jour. Tout se paie… mais pas toujours aussi vite qu’on l’avait prévu ou de la façon dont on l’avait prévu.

Vous pouvez mal vous alimenter pendant des années, mener une vie de barreau de chaise, fumer comme une cheminée, boire comme une éponge. Mais un jour, ce sera votre tour. On peut emprunter, vivre à crédit… pendant un certain temps; mais un jour, il faut passer à la caisse!

En classe, c’est pareil: un élève peut bien faire faire son travail par les autres… pendant un certain temps; un jour, plus personne ne veut travailler en équipe avec lui. Il peut bien ne pas étudier ses leçons ou ne pas faire ses devoirs… pendant un certain temps; un jour (habituellement celui de l’examen), il va récolter ce qu’il aura semé. Il aura vécu à crédit; et il paiera… avec les intérêts!


Prévoir les conséquences

Pour prévoir les conséquences, il faut pouvoir se projeter dans l’avenir; nos parents disaient « voir plus loin que le bout de son nez ». L’ennui, c’est que le jeune (et l’enfant encore plus) vit spontanément et intensément dans le présent. L’avenir, c’est bien loin; on y verra plus tard!

À mesure qu’il vieillira, il apprendra graduellement à voir les liens entre maintenant et plus tard. On peut l’aider à faire cet apprentissage en le faisant fréquemment réfléchir à l’aide des deux questions suivantes:

  • qu’est-ce qui t’a amené là? (tu vis maintenant les conséquences de quelles causes?)
  • ça va te donner quoi? (quelles conséquences vas-tu causer?)

Mais surtout, on peut l’aider en faisant en sorte que les conséquences viennent vite. Chaque fois que l’on « donne une chance », que l’on dit « la prochaine fois… », que l’on ferme les yeux, qu’on laisser aller, on remet à plus tard; on l’encourage à emprunter. On ne lui rend pas service.

Mais il y a une situation particulière où les conséquences ne viennent pas: quand les autres assument à notre place les conséquences de nos actes. Et, pour un enfant, c’est bien tentant de miser là-dessus.


La tentation de la loto!

Avoir des bonnes notes sans étudier, arriver en retard sans faire de retenue, bavarder en classe sans me faire punir, laisser traîner les choses et que quelqu’un d’autre fasse le ménage, c’est évidemment le billet gagnant pour moi. Comme à la loto, c’est bien tentant: « Tout d’un coup… ». Mais à la loto, pour que je gagne, il faut que d’autres perdent. Si je joue ma vie en société comme à la loto, il faut que je me trouve des « bonnes poires » qui vont accepter de perdre pour que je gagne.

La loto, c’est un jeu où, dans l’ensemble, tout le monde perd: ceux qui gagnent le font au détriment des autres. Alors que dans la vie de la classe, on vise autre chose: que tout le monde gagne.

Chaque fois que l’on redonne des explications à un enfant qui n’a pas écouté, que l’on ramasse ses affaires, que l’on répare ses dégâts, qu’on livre la marchandise quand il ne la livre pas, on transforme la vie de la classe en tirage de loto. On ne rend service à personne.

Cela nous amène à notre deuxième grande règle de la vie en société: la réciprocité.


Coopérer

Un peu d’arithmétique.

Quand on fait chacun ses affaires dans son coin (ou pire, encore, en exploitant les autres) les résultats s’additionnent.

Si deux personnes se répartissent chacun 10 points, peu importe comment ils le font, le total donnera toujours 10:

10+0, 9+1, 8+2 , 7+3, 6+4, 5+5… le résultat est toujours le même.

Mais quand on coopère, les résultats se multiplient:

Examinons la série suivante, et on verra que les résultats ne sont pas toujours les mêmes:

10×0=0

9×1=9

8×2=16

7×3=21

6×4=24

5×5=25

Quelles conclusions peut-on en tirer?


Dans une équipe, coopérer, c’est payant!

10×0=0

Quand, dans une équipe, il y a un gagnant et un perdant, l’équipe perd.

5×5=25

Dans une équipe, même si chacun gagne moins, l’équipe est plus gagnante qu’un individu tout seul.

Et quand il y en a un des deux qui a plus que l’autre, l’équipe gagne moins, au total:

8×2=16

Coopérer, c’est payant. Mais ça ne marche qu’à une seule condition: que chacun y trouve son compte. Parce quand on multiplie, le sort de l’autre influence le nôtre. « Pour le meilleur et pour le pire ».


Les conditions de la coopération

Pour coopérer, il faut savoir compter intelligemment. Il ne faut pas seulement compter ce que je gagne, mais aussi ce que l’autre gagne, puisque les deux sont liés. Et chercher un équilibre entre les deux..

Il ne faut pas que je cherche à gagner: il faut que je cherche à avoir ma juste part, ni plus, ni moins. Pour cela, il faut sortir de soi-même; il faut pouvoir se mettre à la place des autres.

Cela n’est pas naturel, même pour les adultes; c’est encore bien moins naturel pour l’enfant. Spontanément, il ramène tout à sa précieuse personne, même si, à long terme, il travaille contre ses intérêts. Apprendre à coopérer (et donc à se décentrer de soi-même), c’est l’apprentissage de toute une vie. Mais l’enfant peut déja commencer à l’apprendre: c’est d’ailleurs le but essentiel de la socialisation.

Et on peut l’aider en le faisant fréquemment réfléchir sur les questions suivantes:

  • tu réagirais comment si tu étais à sa place?
  • tu réagirais comment s’il faisait la même chose?
  • qu’est-ce que tu as à offrir en échange?
  • tu t’engages à quoi en retour?

Vous l’avez deviné, sans doute: on en revient à la réciprocité, qui est la base de la vie en société: « Traite les autres comme tu voudrais qu’ils te traitent« . Ou, plus simplement, donnant-donnant.


Pour sortir de l’enfer

Vous connaissez peut-être cette vieille image de l’enfer: des gens attablés devant une soupe savoureuse, mais condamnés à essayer de la manger avec des cuillères d’un mètre de long.

Comment sortir de l’enfer?

En se donnant à manger les uns aux autres, tout simplement.

Donnant-donnant…


On résume!

  • L’èlève doit apprendre à prévoir et à assumer les conséquences de ses actes.
  • Il ne le fait pas naturellement; on l’aide en faisant en sorte que ces conséquences se produisent et qu’elles se produisent rapidement.
  • L’élève doit apprendre à coopérer avec les autres pour que tout le monde, y compris lui, ait sa juste part.
  • Il ne le fait pas naturellement; on l’aide en le plaçant dans des situations de réciprocité et en passant avec lui des contrats de type « Donnant-donnant ».
  • La vie de la classe vise essentiellement à développer chez lui deux attitudes:
    • penser plus loin que le bout de son nez;
    • se mettre à la place des autres.

L’entraîneur

L’enseignant, en classe, est souvent dans la situation injuste de l’entraîneur: quand le club gagne, c’est que les joueurs ont bien joué; quand le club perd, c’est de la faute de l’entraîneur!

En réalité, dans une classe, l’enseignant et le groupe d’élèves ont chacun un rôle précis à jouer. Ils se partagent un pouvoir: celui que la classe fonctionne. Si les pouvoirs coopèrent, la classe va fonctionner. S’ils s’opposent, si l’un des deux abuse de son pouvoir ou ne l’exerce pas, s’il essaie d’exercer le pouvoir à la place de l’autre, le club va se mettre à perdre.

Heureusement ou malheureusement, aucun enseignant n’a un pouvoir absolu sur sa classe. Et donc, l’enseignant ne peut pas être tenu responsable de tout ce qui se passe en classe.

Où commence et où s’arrête le pouvoir (et donc la responsabilité) de l’enseignant en classe?


Le pouvoir de l’enseignant

L’enseignant a, tout comme un gouvernement, deux types de pouvoir:

  • le législatif: celui d’établir des règles, de fixer des objectifs, de définir des tâches à accomplir; c’est un pouvoir d’initiative.
  • l’exécutif: celui de prendre des moyens pour que les règles soient respectées; c’est un pouvoir de contrôle.

L’élève a, tout comme le peuple, le pouvoir de participer ou pas, de payer ses impôts ou de travailler au noir, de voter pour ou de voter contre; c’est un pouvoir d’adhésion.

Un enseignant tout seul peut bien prendre toutes les initiatives et tous les moyens de contrôle qu’on voudra: si l’élève « ne veut rien savoir »… eh bien! c’est exactement ce qui va se passer: l’élève ne saura rien. Le dernier mot, c’est l’élève qui l’aura. Parce que le travail important à faire en classe (apprendre), c’est lui qui le fait. Ou pas. Pas l’enseignant. L’enseignant ne peut pas le faire pour lui.

Cela dit, l’enseignant a un travail important à faire pour créer des conditions propices.


Les conditions propices

Essentiellement, une classe qui fonctionne, c’est une classe qui est structurée et motivante.

Une classe structurée, c’est une classe où:

  • il y a des règles connues, claires, raisonnables, les mêmes pour tout le monde;
  • le travail à faire est réaliste, utile, bien organisé;
  • les règles sont appliquées avec justice;
  • les choses se passent comme on a dit qu’elles devaient se passer.

Une classe motivante, c’est une classe où:

  • tout le monde sent qu’il a sa place et se sent respecté tant qu’il respecte les autres;
  • le travail à faire est varié et intéressant;
  • le climat est détendu;
  • les bonnes actions donnent quelque chose et les mauvaises actions ne donnent rien.

Dans votre famille, si elle fonctionne, c’est probablement aussi de cette façon que ça se passe.


Une grosse famille

Tout comme vous, l’enseignant est un être humain avec ses qualités et ses défauts, son caractère, ses sensibilités, son style, ses lacunes et sa bonne volonté.

Mais, à la différence de vous, sa « famille », en classe, c’est une grosse famille monoparentale de 25 ou 30 élèves.

S’il veut être juste pour tout le monde, il doit consacrer d’abord son attention au groupe et partager ensuite ce qui reste entre chaque élève.

Il ne peut pas donner à un élève la même attention que vous donnez à votre enfant. S’il lui arrive de le faire, ce sera un « spécial », et pendant un court moment seulement. Tout comme le parent n’est pas un prof du soir, l’enseignant n’est pas un parent du jour…


Alors, que peut-on attendre d’un enseignant en classe?

Sur le plan de l’apprentissage, on s’attend qu’il connaisse sa matière, qu’il prépare bien ses cours, qu’il couvre son programme, qu’il donne des explications claires, qu’il aide l’élève à apprendre et que ses évaluations soient justes. Bref, qu’il « donne son cours ».

Mais, en ce qui concerne la vie de la classe (c’est-à-dire dans les activités et dans la discipline), on peut attendre de lui qu’il soit un éducateur qu’il « fasse la classe » (comme on disait autrefois!), c’est-à-dire:

  • qu’il dirige sa classe (qu’il la fasse aller dans le sens du travail à accomplir);
  • qu’il organise sa classe (qu’il définisse des règles du jeu et qu’il les fasse respecter);
  • qu’il soit responsable de sa classe (qu’il fasse passer les besoins du groupe avant ceux de tel ou tel élève en particulier);
  • qu’il respecte ses élèves (qu’il les considère comme des êtres humains qui ont des droits et une dignité);
  • qu’il soit juste (qu’il répartisse ses services et son attention entre tous ses élèves, sans avoir de préférences personnelles);
  • qu’il donne l’exemple (qu’il ne demande pas à ses élèves des choses qu’il ne pratique pas lui-même).

L’autorité

Jadis, le simple fait d’être parent donnait une autorité pratiquement absolue sur ses enfants. Les temps ont changé (vous en savez quelque chose): aujourd’hui, votre autorité de parent s’exerce à l’intérieur de certaines limites que la société considère comme raisonnables. Et c’est pareil pour toute autorité, y compris celle de l’enseignant.

Qu’est-ce qu’une autorité raisonnable? Le mot le dit: une autorité qui peut donner de bonnes raisons.

Autrefois, les raisons pouvaient parfois ressembler à:

  • C’est comme ça parce que c’est comme ça;
  • parce que je te le dis;
  • parce que c’est le règlement;
  • parce que ce n’est pas bien;
  • parce que ça ne se fait pas;
  • parce que…

Aujourd’hui, ce ne sont plus de bonnes raisons. Les bonnes raisons, ça ressemble plutôt à:

  • parce que tu n’accepterais pas de te faire faire la même chose;
  • parce que tu prives les autres de quelque chose à quoi ils ont droit;
  • parce que tu ne peux pas demander sans rien offrir en retour;
  • etc.

Éduquer, c’est socialiser!

Ce que ces bonnes raisons font ressortir, c’est que la classe (élèves et enseignants) forme un tout. Chaque partie a un petit pouvoir sur le tout et est responsable du tout.

D’où vient l’autorité de l’enseignant?

Non, ce n’est pas parce qu’il est un adulte ou parce qu’il est plus savant; et ce n’est pas non plus parce qu’il « a de l’autorité ». Son autorité ne lui vient pas de lui-même: elle lui est seulement prêtée. Elle lui vient du fait que, dans la classe, au point de départ, il représente un tout plus vaste (la société) alors que chaque élève ne représente que lui-même.

Son rôle d’éducateur consiste à amener graduellement chaque élève, s’il le veut, à représenter lui aussi plus que lui-même. À tenir compte des autres et du groupe pour que tout le monde y trouve son compte. Bref, à se socialiser. À se donner de l’autorité.

Tant qu’un élève ne se préoccupe que de lui-même, c’est l’enseignant qui doit se préoccuper du groupe.

Si tout le monde se préoccupe du groupe, l’enseignant aura alors plus de temps pour se préoccuper de chacun.


Mais l’enseignant ne peut pas tout faire

Un entraîneur, on l’a vu souvent, peut prendre des joueurs ordinaires et en faire une équipe gagnante. Mais à une condition: qu’ils jouent en équipe et pour l’équipe.

Inversement, des vedettes qui se chicanent, qui jouent chacun pour soi, qui ne suivent pas le plan de match feront une équipe perdante.

Que fera un bon entraîneur? Ça dépend de ses joueurs.

Que feront de bons joueurs? Ça dépend de leur entraîneur.

Que fera une bonne équipe? Elle va gagner!


Vous ne pouvez pas attendre de l’enseignant…

  • qu’il épargne à votre enfant les conséquences de ses actes;
  • qu’il fasse pour votre enfant quelque chose qu’il ne pourrait pas faire pour n’importe quel autre;
  • qu’il accepte de votre enfant des choses que vous n’accepteriez pas vous-même;
  • qu’il fasse des exceptions pour votre enfant sauf si la situation est clairement exceptionnelle;
  • qu’il tolère que votre enfant nuise au reste du groupe.

Et vous ne pouvez pas attendre non plus que l’enseignant soit parfait: c’est un être humain, lui aussi, avec son style, son caractère, ses défauts et ses qualités. Il peut faire des erreurs.

Vous pouvez seulement lui demander qu’il soit raisonnable. C’est déjà beaucoup…

Et, comme parent, vous pouvez aussi l’aider. Comment?


Vous pouvez aider l’enseignant…

  • en ne prenant pas systématiquement parti pour votre enfant; tant que vous ne savez pas ce qui s’est passé et que vous n’avez que la version de votre enfant, prudence!
  • en vous adressant d’abord à lui pour régler les problèmes quand ils se présentent; la direction, c’est seulement si vous avez d’abord discuté avec l’enseignant et que vous ne l’avez pas trouvé « raisonnable »;
  • en l’informant de situations particulières où peut se trouver votre enfant, si cela peut l’aider à mieux savoir « comment le prendre »;
  • en collaborant avec les mécanismes de contrôle qu’il met en place: signature, vérification d’agenda, appels téléphoniques, etc.;
  • en suggérant à votre enfant des moyens « raisonnables » pour régler les problèmes qu’il peut avoir en classe.

Pour qu’une classe fonctionne, il faut que tout le monde s’y mette.

Y compris vous!


Le banc des punitions

Coup de sifflet! INFRACTION!

Au hockey, quand une règle n’est pas respectée, la conséquence, c’est une punition. Si l’arbitre a vu l’infraction, bien sûr.

En classe, et dans la vie en général, ce n’est pas si simple. Heureusement!

Si l’élève n’a pas fait son devoir, ou s’il est arrivé en retard, ou s’il parle sans permission, peut-être qu’il a de bonnes raisons; peut-être que le dommage causé n’est pas trop grave et qu’un avertissement va suffire; peut-être que…

Et si on punit, est-ce que la punition est juste? est-ce qu’elle est éducative? est-ce qu’elle se compare aux punitions qu’on a déjà données pour ce genre d’infractions? Est-ce la première fois?

Ouf! Vous aurez compris que, quand l’enseignant donne une punition, c’est rarement automatique. Il doit se servir de son jugement.


Pourquoi des punitions?

Contrairement à ce que pensent souvent les élèves punis, le but de la punition n’est pas « d’écoeurer »! Une punition n’est jamais agréable, bien sûr; mais l’idée n’est pas de punir pour punir.

L’idée, essentiellement, c’est:

  • de réparer, si c’est possible, le tort que l’infraction a causé (réparation);
  • de montrer, à l’élève mais aussi aux autres, qu’un geste inacceptable est « inaccepté » (réprobation);
  • d’enlever à l’élève l’envie de recommencer et aux autres la tentation de l’imiter (dissuasion).

La réparation des torts

L’élève qui commet une infraction cause du tort. Parfois, la victime est facile à identifier: tel camarade qui s’est fait voler sa calculatrice; tel enseignant qui s’est fait insulter. Parfois, la victime est moins visible: la secrétaire qui doit prendre du temps pour faire un appel aux parents; le concierge qui doit repeindre un mur barbouillé de graffiti. Et parfois encore, la victime c’est personne et tout le monde: le climat qui est moins agréable; le cours qui prend du retard; l’environnement qui se dégrade.

Voilà pourquoi une punition éducative va essayer (ce n’est pas toujours possible) d’avoir un rapport avec le tort qui a été causé. Pourquoi est-ce plus éducatif?

Imaginons un élève qui a accumulé les retards. Si on l’envoie en retenue copier 500 fois « Je ne serai plus en retard », il ne voit qu’une chose: qu’on « l’écoeure »; mais si, à la place, on l’envoie pendant une journée pédagogique donner un coup de main à la secrétaire en collant des enveloppes (et si on lui explique le rapport), il comprendra beaucoup mieux les conséquences de ses actes. Même si ça « l’écoeure »!


Réparer n’est pas tout

S’il suffisait de réparer, on pourrait vous voler votre voiture… à condition de vous la remettre; vous insulter… à condition de s’excuser ensuite. Vous voyez où ça mène: à la tentation de recommencer si on a l’impression que le jeu en vaut la chandelle. Mais ça ne fonctionne pas ainsi.

Si l’automobiliste s’imagine qu’il achète le droit de rouler trop vite à condition de payer ses contraventions, il verra, un jour, son permis suspendu. Accumuler les infractions, c’est, à terme, s’exclure de la route. Pour l’élève, c’est pareil: le but n’est pas de le faire payer (c’est seulement un moyen); le but, c’est qu’il ne recommence pas.

Voilà pourquoi une punition doit aller plus loin que de simplement réparer. Quand on emprunte, il ne faut pas seulement rembourser; il faut aussi payer les intérêts.

Mais des intérêts raisonnables, évidemment. Nous allons en dire un mot.


Qu’est-ce qu’une punition raisonnable?

Si votre enfant est suspendu de l’école parce qu’il est arrivé en retard, ce n’est pas raisonnable… sauf si c’est la 37e fois et qu’il y a eu bien des étapes avant.

Vous voyez: ce petit exemple nous montre qu’avant de juger, il faut tenir compte:

  • de l’infraction: est-elle grave?
  • de la punition: est-elle exagérée par rapport à l’infraction?
  • du contexte: que s’est-il passé avant? l’a-t-il fait exprès? etc.

Mais il y a quand même quelques principes de base à respecter pour qu’une punition soit raisonnable; elle doit:

  • respecter les droits fondamentaux (intégrité physique, sécurité, dignité, droit de connaître les motifs, etc.);
  • être proportionnelle à l’infraction;
  • avoir si possible un lien avec l’infraction;
  • se comparer à d’autres punitions données pour des infractions similaires dans un contexte similaire;
  • être appliquée sereinement, sans colère ni vengeance.

En détail

Les droits fondamentaux

Une punition qui fait usage de violence (physique ou morale), qui ridiculise l’élève, qui met en péril sa santé ou sa sécurité est clairement inacceptable, peu importe le contexte. Quand on punit, on ne se venge pas: on éduque.

De même, si l’élève ne sait pas pourquoi il est puni, la punition est inacceptable. Ce n’est pas à l’élève de le deviner: c’est à l’enseignant de le lui dire.

Le rapport avec l’infraction

Nous avons déjà vu qu’une punition qui a un lien avec l’infraction est plus éducative qu’une autre. Mais le rapport doit aussi concerner la gravité. Le principe de base est le suivant: plus l’infraction met en cause des choses importantes, plus elle est grave et donc, plus la punition sera sévère. Nous y reviendrons.

La justice

La science nous dit qu’une loi est valide si, dans des conditions semblables, les mêmes expériences donnent les mêmes résultats. L’eau bout à 100 degrés; c’est vrai pour n’importe quelle eau.

Les règles qui entraînent des punitions disent la même chose: tel comportement, dans un même contexte, doit amener le même genre de punition; c’est vrai pour n’importe qui. Sinon, la punition n’est pas juste.

La gravité

« Bof! c’est pas grave!»

On ne peut pas dire ça de tout. Ça dépend. De quoi?

Est-ce plus grave de tricher à un examen ou de traiter un camarade de « maudit chien sale »?

Pas facile, n’est-ce pas?

Il n’y a pas de livre de recettes pour classer toutes les infractions qu’un élève peut commettre dans une classe. Heureusement, sinon la discipline pourrait se gérer par ordinateur. C’est une affaire de jugement.

Mais l’enseignant, en exerçant son jugement, se sert habituellement de la question suivante: qu’est-ce que cette infraction met en cause?

  • Une infraction criminelle (qui met en cause la loi) est la plus grave de toutes: vol, drogue, vandalisme, violence, etc.).
  • Viennent ensuite les infractions (non criminelles) qui mettent en cause les personnes: harcèlement, intimidation, insultes, comportements présentant un risque pour la santé ou la sécurité, etc.
  • Puis, celles qui mettent en cause les biens: abus du matériel, négligence, malpropreté, etc.
  • Ensuite, celles qui mettent en cause la bonne marche de la classe: bavardage, non respect des consignes, absences ou retards non motivés, etc.
  • Enfin, celles qui mettent en cause les valeurs du milieu. Évidemment, ces valeurs varient d’une école à l’autre. Mais, habituellement, elles sont connues et énoncées. Des infractions relatives à la tenue vestimentaire ou à la participation, par exemple, entrent dans cette catégorie.

L’intention

Un dernier élément qui doit entrer dans le jugement de l’enseignant qui applique une punition, c’est l’intention de l’élève au moment de l’infraction.

  • Casser une vitre sans faire exprès est évidemment moins grave que de lancer une pierre dedans.
  • Oublier de se présenter à une convocation est moins grave que refuser d’y aller.
  • Parler en classe sans permission par étourderie est moins grave que de le faire « pour niaiser le prof ».
  • Et ainsi de suite.

Ce n’est évidemment pas facile de juger des intentions. Au moment de la punition, l’élève va essayer de nous convaincre qu’il n’y a pas pensé ou qu’il ne l’a pas fait exprès. C’est humain: nous faisons pareil quand un policier nous colle une contravention!

Mais, quand l’enseignant peut se faire une idée raisonnable de l’intention de l’élève (ce n’est pas toujours possible), il se doit d’en tenir compte aussi. C’est l’une des choses qui distingue l’enseignant de l’ordinateur…


Et vous, comme parent?

Vous l’avez vu, l’enseignant qui doit punir un élève n’a pas la tâche facile: il doit tenir compte de tellement de choses!

Quand votre enfant a été puni à l’école, que pouvez-vous faire comme parent pour que cette punition soit éducative?

Si la punition vous paraît raisonnable (si elle vous semble respecter les principes que nous venons d’énoncer), laissez l’enseignant gérer le cas (sauf s’il vous demande explicitement votre collaboration) et ne vous en mêlez pas.

Mais cela ne vous empêche pas de discuter avec votre enfant pour le faire réfléchir, pour l’aider à comprendre le point de vue de l’enseignant, pour lui suggérer des moyens d’éviter ce genre de problèmes.

Et si la punition ne vous semble pas raisonnable ou si elle vous semble injuste?


Que faire?

D’abord, ne pas sauter aux conclusions.

Vous n’avez, au départ, que la version de votre enfant. Avant de prendre position ou d’intervenir en appelant à l’école, prenez le temps de vérifier et d’envisager que les choses aient pu se passer différemment. Votre enfant peut avoir embelli son rôle ou omis des détails simplement par peur de se faire disputer.

Mais il peut aussi avoir dit la vérité! Lui dire « Tu as sûrement fait quelque chose de pas correct pour avoir cette punition » est tout autant un préjugé que de dire « Ça ne se passera pas comme ça ». Si vous tenez absolument à prendre position tout de suite, prenez au moins la précaution d’ajouter: « Si les choses se sont vraiment passées comme tu le dis. »

Ensuite, suivre la filière.

Avant d’appeler les journaux, votre voisin le commissaire ou même la direction d’école, commencez par téléphoner à l’enseignant: c’est lui qui sait ce qui s’est passé. Les autres, s’ils le savent, ne le savent qu’indirectement.

En abordant l’enseignant, commencez par vérifier les faits; pas par juger. Comparez:

  • Ma fille me dit qu’elle doit faire une retenue d’une heure parce qu’elle mâchait de la gomme en classe. Est-ce que c’est exact?
  • Faut être malade pour donner une heure de retenue pour de la gomme, vous ne trouvez pas?

Ensuite, demandez à l’enseignant ses raisons: il y a peut-être un contexte que vous ignorez. Vous verrez ensuite comment il réagit à votre point de vue.

Et souvenez-vous: vous n’avez pas à être d’accord avec l’enseignant; vous avez seulement à vous demander s’il a été raisonnable. Si oui, il a fait son travail; laissez-le travailler en paix. Sinon, et sinon seulement, vous pourrez envisager de parler à la direction d’école.


Un dernier conseil en terminant…

Si, au lieu d’intervenir vous-même, vous pouvez conseiller à votre enfant dans une démarche raisonnable où il réglera lui-même son problème (en demandant rendez-vous à son prof, en proposant lui-même une alternative ou en allant lui-même voir le directeur, par exemple), vous aurez alors agi non pas en avocat, mais en éducateur. Vous l’aurez éduqué à la responsabilité.

Je termine en partageant avec vous le dernier-né des épisodes de La Déséducation. Vivement les solutions, parce que la lourdeur s’installe, à mon avis:

Note :  Le texte provient des archives de Discas.

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



La déséducation La société
7 décembre 2010, 18:07
Filed under: influences | Étiquettes: , ,

Et encore, et surtout, ces séquences complémentaires, dont les propos tenus par M. Pierre Demers, sont tout à fait pertinents, selon moi:

Bonne réflexion!

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



La Déséducation Les directions d’écoles
25 novembre 2010, 15:40
Filed under: ambiance | Étiquettes: ,

Le désormais démasqué Mathieu Côté-Desjardins en a commis un autre…
Cette fois, il nous amène à réfléchir sur le rôle des directions d’école en tant que leaders pédagogiques et soutien aux enseignants.
En regardant cette nouvelle vidéo,  certains souvenirs me sont revenus en  mémoire et avec eux, l’envie de les partager.
Il s’agit d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître…

En ce temps jadis, le rôle du ¨principal de l’école » était d’assurer la discipline dans  son établissement;  je me souviens, entre autres, d’un certain Monsieur Thétrault, du temps où Longueuil s’appelait Ville Jacques-Cartier.

Tous les vendredis, au retour du dîner, toute l’école était convoquée au gymnase pour le « Salut au drapeau ». Durant cette cérémonie, le directeur faisait les cent pas sur l’estrade en nous parlant des événements marquants de la semaine. Nos enseignantes, pendant ce temps, se tenaient à la droite du rang, toutes au garde à vous.

Avait-il reçu un appel d’un parent qui était au désespoir face au comportement de son enfant, un élève avait-il eu un accident, qu’il nous en faisait part dans les détails, tout cela, sans micro et devant toutes les classes alignées en rangs par ordre de grandeur, de la première année A jusqu’à la septième année B.
Certains s’étaient-ils chamaillés, que toute l’école en entendait parler, sans que jamais leurs noms ne soient prononcés. Ils étaient néanmoins couverts de honte, et tous savaient le châtiment qui leur avait été réservé.

Parfois, il s’agissait au contraire d’un honneur, et l’élève à qui il était décerné avait l’insigne privilège de monter sur l’estrade aux côtés de ce personnage que d’aucuns  craignaient mais que tous vénéraient. Il avait plus ou moins droit de vie ou de mort sur chacun de nous.

Ça pouvait durer comme ça une bonne demi-heure, sans qu’on entende une mouche voler. Si, d’occasion, un éternuement se faisait entendre, trois cent vingt quatre têtes se retournaient en signe de désapprobation…  Faut-il ajouter qu’il était un orateur hors pair, ce monsieur Thétrault.

Il nous faisait part de la vie de l’école et de celle de l’église d’à côté, qui y était intimement liée.   M. Le Curé venait parfois nous visiter, à cette occasion, nous informant du nombre de petits chinois vendus (c’est une longue histoire, mais pour 5 sous, il paraît qu’on pouvait en sauver un…),  de l’importance de se confesser avant la Première et toutes les autres communions qui suivraient.   Ah, si ce confessionnal pouvait parler, il dévoilerait tous les mensonges qu’on lui a conté!!

Quand, reprenant la parole, M. Le Principal nous exhortait à obéir à nos parents et à nos enseignantes, on croyait bien que ces mots provenaient directement du « Bon Dieu ».  Avec la peur qui s’y rattachait. Comme la fois où il nous avait confié qu’un élève de l’école avait visité une maison en construction et qu’un tuyau lui avait traversé le thorax quand il était tombé… C’était donc ça, l’hélicoptère qui avait survolé nos toits quelques jours auparavant.  Il était à Ste-Justine.  Allait-il s’en sortir?  Seulement si on priait pour lui et que par dessus tout, nos agissements étaient sans reproches en classe… Imaginez, à sept ou huit ans, se faire dire des affaires de même!!

Je n’ai jamais entendu dire que des parents avaient reçu un appel de M. Le Directeur. Si d’aventure c’était le cas, l’enfant, jamais ne s’en vantera. C’était l’époque où le moindre signe d’insubordination était puni en double à la maison.

Flanqué du drapeau canadien, il aura bien essayé d’influencer notre fibre patriotique, mais quand nous entonnions en chœur le Ô Canada, si je ressentais une grande joie, c’est que je savais que la cérémonie tirait à sa fin.  Il nous invitait à la prudence dans nos jeux, à être obéissant et studieux, et à la crainte de Dieu, n’hésitant pas à brandir le crucifix pour appuyer ses dires.
Puis, une classe à la fois, on finissait toujours par se retrancher dans nos locaux, en rangs et en silence. Les classes des filles, puis les classes des gars. Pendant qu’on faisait ensuite le ménage de nos pupitres et de notre classe, on avait tout le loisir de méditer les bonnes paroles de ce monsieur, qu’on ne reverrait plus jusqu’au vendredi suivant,
sauf en cas de force majeure. Comme le jour où il s’est pointé à la porte de notre classe, en plein cours de bienséance.
Il était accompagné d’une fillette de notre âge qui s’appelait Solange. Elle souffrait d’une quelconque malformation, et portait aux pieds des chaussures orthopédiques. Nous ne l’avons pas connue beaucoup.   M. Le Principal nous a tellement averti, ce matin là, de ne jamais au grand jamais se moquer de cette enfant que personne n’a osé lui parler du reste de l’année.

Comme vous verrez, les temps ont bien changé.  Vraiment ?

Je vous laisse regarder…

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



La Déséducation Les grands décideurs
18 novembre 2010, 15:55
Filed under: MELS | Étiquettes:

Cette fois, on prend connaissance des us et coutumes du Ministère,
d’ exemples de moyens utilisés pour prendre des décisions et des aspects politiques en jeux.

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com



La Déséducation L’inertie des profs
11 novembre 2010, 23:24
Filed under: motivation scolaire | Étiquettes:

Cette semaine, Mathieu nous convie à une réflexion au sujet de la motivation des enseignants, de leurs craintes de s’exprimer, de leur souci de ne pas déplaire et de bien d’autres choses …
Encore cette fois, je trouve que son travail est louable.

Bien sûr, il ne parle pas des enseignants passionnés, nous en connaissons tous au moins quelques uns. Ce n’est pas l’objet de son propos et je suis un peu contrariée de l’attitude de ceux qui, lorsque ce sujet est abordé, s’empressent d’ajouter que ce n’est pas tout le monde qui est blasé et désengagé!

On le sait, mais pouvons-nous, cette fois, et je dirais pour une fois, accepter de regarder ce côté de la médaille ?  On en connaît tous, encore plus nombreux,  qui attendent les prochaines vacances ou leur retraite en comptant les dodos. C’est pas mêlant, ils trouvent même le moyen de se gâcher les vacances en comptant combien les jours passent vite 😉

Marielle Potvin, orthopédagogue
marielle.potvin@gmail.com